SES PREMIÈRES ÉTUDES ET SON PROFESSORAT
île sa doctrine philosophique à la théologie. Bref, il étai devenu le grand homme du jour'. Aussi affluait-on à ton cours. Odon de Cambrai y était venu d’Orléans, sa ville natale. Guillaume, lui aussi, s’y rendit. Riche déjà des trésors de l’érudition allemande, il voulut y ajouter ceux delà science française, et, apres avoir touché avec Manégoid à tous les ordres de choses, approfondir avec Roscelin la question spéciale que celui-ci étudiait pour émanciper la philosophie et la faire sortir des langes de la dialectique. Ün ignore le temps que Guillaume resta à Compiègne. Mais il est certain qu’il n’y fut pas d’accord avec Roscelin, et que, s’il consentit à être son élève, il refusa d’être son disciple. Celte opposition qu'il lit à la doctrine de Roscelin et à ses partisans, dut le mettre dans la nécessité de réfléchir sérieusement sur les diverses parties de la question des universaux, de répondre à tous les arguments dont s’appuyait le nominalisme, et conséquemment de se faire sur toutes ces matières des idées très- précises. Il dut donc, à ce contact de Roscelin, faire des progrès immenses, et puiser, dans ces discussions journalières que la condamnation de Roscelin rendait encore plus vives, une grande activité d’intelligence, l’habitude de ne pas se suffire avec un texte des Pères, l’esprit d’examen et de critique, la pratique du raisonnement et de l’analyse, le besoin de s'affirmer avec indépendance, et l’avantage considérable d’avoir, pour concentrer les efforts de sa pensée, un sujet à la fois vastect défini. A son retour à Paris, probablement vers 1095, il mérita d'être nommé professeur de dialectique
1 a II y avait lors, dit un historien, un piccepteur grandement renommé en cette discipline (philosophie:, qui s'appelait Jean ftozelin, natif aussi de Brctaigne, qui avait une grande réputation entre les csludiants. » D’Argentré, Histoire de Bretaigne, loi. 186, édit. 1588.
à la Cathédrale, et s'acquitta de cette charge avec applaudissement.
Toutefois il y avait une lacune dans la science de Guillaume. Sous Manégold il avait parcouru un programme à peu près universel, mais trop général pour être profond. Sous Roscelin il avait étudié spécialement la philosophie, et dans la philosophie la question des universaux. Restait donc à étudier spécialement aussi la théologie. Guillaume le comprit, et, dans son désir de perfectionner la lumière de sa raison par la lumière de l'Écriture sainte, peut-être même dans la crainte de s’égarer comme Roscelin qui s’était vu condamner au concile de Soissous en 1092, et qui avait dû quelque temps après chercher un refuge en Angleterre, il n’hésita pas à interrompre son enseignement et à redevenir disciple.
Or, à ce moment même où la gloire de Roscelin s’en allait déclinant, grandissait un ancien élève de saint Anselme à l’ahbayc du Bec, dont le pape Eugène 11! dit plus tard qu’il avait fait revivre l’intelligence des Écritures1. C’était Anselme de l.aon. Dès 1076, Anselme avait enseigné à Paris avec Manégold, et peut-être même s’y était-il fait apprécier par Guillaume de Champeaux, avant le départ de celui-ci pour. Compïègne*. Quoi qu'il en soit, Anselme fut rappelé à Laon vers 1089 pour y enseigner à l’école de la Cathédrale*. « L’école de Laon, sous un chef si accompli, devint en peu de temps la plus célèbre de l'Europe. Ou y vit bientôt, comme autrefois dans le lycée, les beaux esprits
1 « Eugenius 111 de co dixissc fertur |>er eum revi lisse liitcralis scient iodecus < t intclligenlinrn Scriplurnriim. • Mai lot, MetropMcni., t.lI,p.285-28G
5 « Adolescent sub Ansclmo Itlleris opérant dcdil, <|ui tiiin per Fraudant celeherrinitis habeUtlur, postea vero baiiduncnsi» cccl«iæ decano.» O fial/itt Christian a.
3 Cf. Du Boulay, Hist. unir. Paris., ad ami. 1080.