‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au 12e siècleChapitre 8 sur 162 · SES PREMIERES ÉTUDES ET SOS PROFESSORAT · texte numérisé non relu

SES PREMIERES ÉTUDES ET SOS PROFESSORAT

se rassembler de toutes parts, pour entendre les leçons îles deux frères Anselme et Raoul. Il en vint d'Italie, d’Espagne, d’Allemagne, d’Angleterre, des extrémités du Nord1. » On vit en effet, parmi ses principaux disciples, Angelramne de Couci, évéqucde Laon, Raoul le Verd, arelicvèquede Reims, Mathieu, cardinal-évêque d’Albane, Albérie de Reims, archevêque de Bourges, Guillaume de Corbeil, archevêque de Cantorbéry, Hugues d’Amiens, archevêque de Rouen, Agard , évêque de Coulancc, Gilbert de la Porrée, évêque de Poitiers, Bernard d'Utrccht, Hugues Melel, le B. Vicelin, apôtre des Vandales et des Bohémiens ’, etc.

Anselme avait acquis une intelligence singulière de l'Ecriture sainte, tliviiise / etjis perHissimus *. Des auteurs contemporains l’ont regardé comme un flambeau qui éclairait non-seulement la ville de Laon et la France entière, mais encore toute l’Église latine : lotius urbis lucenia, vir totius Franciw, imo La Uni orbis lumen*. On croyait ne rien savoir si on n'avait fréquenté son école*. — Guillaume alla donc à Laon, où il étudia, probablement pendant plusieurs années, l'Écriture sainte et la patrologie". C’est là, sans

1 Histoire littéraire de la France, l. X, p. 170, etc.

* llelmode, en effet, rapporte du B. Vicelin qu'oprès avoir gouverné pendant plusieurs années l'école de Bresnie, sous l'archevêque Frédéric, il passa en France avec son disciple Thiclmar, pour y recevoir des leçons d'Anselme et de Raoul qui étaient alors, dit cet auteur, les plus fameux pour l’explication de l'Écriture sainte, et qu’ils étudièrent trois ans sous eux, évitant les questions curieuses et superflues. Cf. Hist. littFr. de la France, t. X, p. 170; Philip, abb. Bonæ Spei, Hist. Slat'.. apud Boil., 17 Maii, c. 58, p. 42, 43.

* Voir, parmi ses principaux ouvrages, Enarrutiones in Canlica, in Psalmos. in Maltlurum, in Epistolas Pauli, in Apocalypsim. — Cf. D Ceillier, Histoire générale des auteurs ecclésiastiques, t. XIV, p. 183-184.

* Cf. V. Guiberli Ahhatis B. Mariæ de Norigento opéra. Paris. — Histoire littéraire de la France, t. VIT, p. 89-90.

s Histoire littéraire de la France, t. X, p. 170, etc.

* a Guillaume de Champeaux était déjà fort avancé en âge (relativement

aucun doute, qu'il se fit ce sens théologique qu il conserva toujours si pur et si délicat au milieu des controverses les plus variées et les plus agitées. La prudence timide d Anselme contrastait singulièrement avec la hardiesse téméraire de Roscclin : Guillaume les corrigea l'une par l'autre, et profilant ainsi non-seulement des qualités, mais même des défautsdeses maîtres, il arriva à équilibrer son esprit et à lui imposer une marche également éloignée et de la routine ignorante cl de la nouveauté erronée. L’esprit de Roscclin le sauvegardait contre l'obscurantisme, et celui d’Anselme contre l’hérésie. Le premier lui avait appris que, si la vérité comprise donne la vie, la vérité sur laquelle on ne réfléchit pas laisse morts les esprits où elle habite. Le second l’avait pénétré de cet enseignement que Bûchez a si bien traduit dans celte phrase : « Toute tentative qui brise avec la tradition ou qui ne s'y rattache pas est une tentative nulle et toujours absurde ; il faut la conserver religieusement, se bornant à faire le travail qui doit séparer le vrai du faux, le bien du mal'. »

Telles sont les trois phases que traversa Guillaume de Champeaux dans son éducation. Il sut les compléter toutes les trois, en prenant dans chacune ce que Dieu y avait mis de vrai et de juste.

Or, l'évêque qui gouvernait alors l’Église de Paris se nommait Foulques I" (1102-1 104). Élevésurce siège éminent par suite de l'activité intelligente avec laquelle il avait administré les affaires du diocèse pendant le voyage de son prédécesseur, Guillaume de Monlfort, à Rome et à Jérusa-

à l'âge ordinaire des étudiants) et avait enseigné la philosophie à l’aria avec applaudissement, lorsqu'il alla à Laon ae mettre au nombre îles disciples d'Anselme. » Ibid. — Cf. Morin, de Pœnit., c. 22, n° 8.

1 Bûchez, Traih! complet de philosophie, préface, p. xtv.

SES PREMIÈRES ÉTUDES ET SON PROFESSORAT. Si

iein Foulques était doué d’un grand esprit de discernement et d’une profonde connaissance du clergé de son diocèse. Il avait déjà apprécié Guillaume avant son départ pour l'école de Laon. Dès qu’il le revit à son retour, il fut frappé de ses progrès considérables et de l’universalité de sa science, et, non content de le nommer au premier archidiaconé du diocèse, il le mit encore à la tète de toutes les écoles de Paris5. C’était au commencement de l’année H0.'\ A partir de ce moment, sous l’activité féconde de Guillaume de Champeaux, tout grandit dans les écoles. La métaphysique surtout prend un développement considérable, qu’il importe souverainement de suivre pas à pas avec la plus grande exactitude ; car rien de ce qui touche à la métaphysique n’est indifférent au progrès de l'esprit humain. Quand la métaphysique disparaît, les idées élevées s’abaissent, l’habitude de prendre la vie par les principes cesse, et les caractères abâtardis ne savent plus regarder qu'au travers des jouissances. « Pour les esprits frivoles, disait Emile Saisset, la métaphysique obscurcit toutes les questions; mais c’est elle au fond qui les éclaire *. »

Pour comprendre toute l’étendue du rôle philosophique de Guillaume de Champeaux, il faut distinguer son système et sa méthode. Par système, on entend le corps même de la doctrine; par méthode, l’ensemble des procédés employés pour résoudre les questions, plus encore que l’ordre dans

* Cf. Gall. C.hrUtliana, t. Vit, col. 53-59.

* « Sub Ansclrno Guillclmus magnos cum fecisset progressas, Ecdesiæ Pari- Mensis crealus est archidiaconus. t» Cf. (Sait. Christiana. — Pierre Garnier pense que c'est l’évoque Galon qui lui contera r.mliidiacom'.

3 Voir la Chronique de Landulpho. — M. llnurénu, ouïr . cité , t. I, p. 225.

* Estais de philosophie et de religion au dic-neuvième siècle, p. 93 ; Paris, »*d»t. Charpentier, 18i5.

GUILLAUME DF. CHAJIPEACX.

lequel on range ses pensées, et nullement tel ou tel de ces procédés expéditifs, soit pour connaître soit pour enseigner, dont on a la passion aujourd’hui et qu’on ose décorer du nom de méthodes.

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