I.E RÉALISME
n'oserions l’aflirmcr ; mais ce qu’on peut assurer, c’est que les êtres issus de ce principe iiilermédinire entre les deux règnes se perfectionnent suivant deux directions contraires. La plante devient un arbre durable et résistant, l’animal s'élève dans l’homme au plus haut point de .spontanéité et do mobilité. » Darwin, ou le sait déjà , pense ici comme Tiedemann et comme Sœthe. Enfin Isidore Geoffroy Saint- Ililairc, résumant sa pensée, s’exprime ainsi : « L'animalité et la végétalité nous apparaissent donc, au terme de cette longue étude de leurs caractères essentiels , comme des formes distinctes de l’organisation et de la vie'. »
Les naturalistes modernes vont encore plus loin, quoique timidement. Plusieurs d'entre eux ne voient dans les trois règnes qu’un triple règne , c’est-à-dire trois formes d'un règne matériellement unique : tria régna, triplex regnum. — « Gœtiic, dit M. Caro, dans ses belles études sur ce poète ])hilbsophe, va plus loin que M. Darwin ; non -seulement il fait dériver toutes les espèces de chaque règne d’un genre supérieur qui les contient tous, mais il ramène, par une hypothèse qui lui semble infiniment vraisemblable, les deux règnes eux -mêmes, animal et végétal, à n’étre que les transformations du point vital, selon la double cl contraire influence de la lumière et de l’obscurité. Le commencement de tout organisme, le principe de toute vie est la cellule. Elle est la même pour les deux règnes, pour tous les genres et toutes les espèces des deux règnes. I.a métamorphose suffit à tout expliquer. Et la cellule elle-même ne devrat-elle pas sa naissance équivoque à quelque affinité chimique qui reliera entre eux les deux mondes, organique et inorganique, et qui fera le passage entre la mort et la vie’? »
' Ouïr, dit!, I. Il, p. 101.
* liefiie di’j Deux Mondes, 1”' novenilire 18C.’>, p. 1S2.
ET LES .SCIENCES MODEItNES.
Écoutons encore Isidore Geoffroy Saint-Hilaire: «Il n’y a donc pas, dit-il, commeon l'a si longtemps enseigne, comme on l'enseigne encore dans quelques écoles, des lois particulières aux corps bruts, d'autres aux corps organisés et vivants; une physique inorganiqueet une physique organique, profondément séparées... Il n’y a pas, à vrai dire, de matière organique ou vivante, de matière propre aux êtres organisés, à plus forte raison à tel être organisé en particulier, mais une matière commune à tous les règnes, dont les éléments, aptes à jouer dans la nature les rôles les plus variés, forment, par leurs combinaisons les plus complexes, ce que nous appelons les composés organiques... De même que les êtres organisés sont soumis, dans des conditions spéciales, à l’empire des lois générales de la nature, de même ils sont composés de la matière commune, engagée toutefois dans des combinaisons d’un ordre spécial; et, comme où est la même matière sont nécessairement les mêmes propriétés, après avoir dit : Il nj a qu’une physique, nous sommes en droit d’ajouter, tout en tenant compte de l’activité propre des êtres organisés : Il n’y a non plus qu’une chimie '. »
L’application que Guillaume de Champeaux fit de son réalisme à la physique, à la chimie, à la botanique et à la zoologie, est donc vraiment originale et hardie. Quoiqu’elle ne soit pas encore démontrée par la science, elle est conforme à sa tendance la plus manifeste. Attendons de l’avenir ce qui nous manque ; les ombres du présent sont encore trop épaisses. C’est l’avenir qui sera le juge du passé. Pour lui faciliter cette grande tâche, ne soyons exclusifs ni dans le vrai ni dans le bien. Le douzième siècle procédait trop par la seule spéculation ; aussi n'cnfantait-il que des * Omit, cité, l. II, p, 70, 78-80.