PETITS DETAILS ET GRA^DS PRINCIPES
Guillaume do Champeaux à Rome. — Coneile de l^lran : quelqitoo déitale ; le pape Pascal il se jusliüe de nouveau du soupçon d'hér^^ie. — Ilelour de Guillaume de Cliampeaui i Châlons. — Travail de réfonnation. — Guillaume de Champeaux au concile de Beauvais. — l’ne canonisalion en IPft). — Les privili^es et le droit commun. — Couvents et paroisses.— nontc et genérosiu^ de Guillaume de Champeaux. — Sa mort à Chftioiis. Sa sépulture à Üairvaux.
Guillaume de Champeaux n'ctail pas seulement préoccupé des grands intércLs de l’Eglise et de sa pacification avec l'État, il était encore plein de sollicitude pour tout ce qui touchait au bien de son diocèse et de sa province, et malgré les soins qu’il donnait à la philosophie et à In théologie, il savait aussi entrer dans les détails les plus minutieux qui relevaient de son administration. Nous ne tairons aucun de ceux que nous avons pu recueillir, soit dans les histoires connues, soit dans les manuscrits inédits, parce que, pour les yeux qui savent voir, tous contiennent sous la simplicité de leurs dehors des vérités précieuses.
Vers la lin de l'année HI5 il se rendit à Rome, probablement pour connaître la pensée de Pascal II, dans cette grande question des investitures qui occupait si vivement les esprits on France. Il assista au concile (|uc le pape ouvrit
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lu G mars 11 IG, à l'ûglise de Latran. Dans ce concile, qui est qualifié d’universel, il se produisit plusieurs incidents qui nous montrent quel était l'esprit d'alors. A la troisième .séance, l’évcque de Lucqucsse plaignit de ce que les Pisans avaient usurpé des terres de son Église; l’évcque de Fisc, à son tour, défendit scs diocésains; ce qui produisit une longue contestation. Alors un évêque se leva du milieu de rassemblée etdit: notreS. P. le pape doit se souvenir pourquoi ce concile si nombreux a été réuni avec tant de périls par terre et par mer, et considérer qu'au lieu des aDaircs ecclesiastiques on y en traite de séculières. Il faut avant tout expédier le principal sujet qui nous assemble, afin que nous sachions quel est le sentiment du pape et ce que nous devons à notre retour enseigner dans nos églises.
Alors le pape, faisant allusion à cette concession des investitures qu'il avait faite à l'Empereur , et qui l'avait mis dans la nécessité de se justiGer lui-même, devant les pères du précédent concile de Latran en 1112, du soupçon d’hérésie que plusieurs évêques faisaient peser .'^ur lui, parla en ces termes : Après que le Seigneur eut fait de moi ce qu’il voulut et m’eut livré avec le peuple romain entre les mains du roi, je voyais commettre tous les joui-s des pillages, des incendies, desmeurtres et des adultères. C'est pour délivrer de ces maux l’Église et le peuple de Dieu que j’ai fait ce que j’ai fait. Je l’ai fait comme homme, parce que je ne suis que poudre et cendre. J’avoue que j’ai failli ; mais je vous prie tous de demander à Dieu qu’il me le pardonne. Quant à ce maudit écrit qui a été fait dans le camp, je le condamne sous un anathème perpétuel, afin que la mémoire en soit à jamais odieuse et je vous prie d’agir de même.
Aussitôt tous s’écrièrent : Ain.si soit-il .
Brunon, évêque de Segni, dit ensuite : Rendons grâce a
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Dieu de ce (juc nous avons cnlondu le pape condamner de sa propre bouche ce privilège qu’il avait accordé et qui contient une hérésie. — Si ce privilège contientunc hérésie, ajouta quehpi’un, celui qui l'a accordé est hérétique. — Qu'appelez-vous héré.sie? s’écria avec chaleur Jean, évêque de Vullurne. — Oui, hérésie, répondit avec insistance l'évêquc de Segui. — Apprenez, répliqua Jean, que l'hérésie suppose une volonté libre de la part de celui qui eu est l’auteur, et que le privilège accordé par le pajjc n’est dû qu'à la force et à la contrainte. L’écrit qu’il a faitn'est donc pas une hérésie, il n'est (|ue mauvais. — A quoi un autre •ajouta: On ne doit pas même l’appeler mauvais, puisqu'il a été fait pour un bien, la délivrance du peuple de Dieu.
— C'est le pape lui-mèaïc qui fit terminer la discussion. Il se déclara innocent de l’hérésie, car, dit-il, l’Eglise de Rome n’en avait jamais été entachée'.
De retour à Châlons, Guillaume de Champeaux s’occupa activement de l'administration de son diocèse. Il travailla, comme nous l’avons vu, à la réforme de la vie religieuse, à l’instruction et à la sanctification de son clergé, et par là au développement de la vie chrélienue dans son peuple. En HI8, il donna l’autel de Courtizou à Odon, abbé de Sainl-Remi de Reims, et fonda avec saint Bernard l’abhaycdcTrois-I’ontaines. En 1119, outre scs grands travaux dans les affaires de Strasbourg, de Mouson et du concile de Reims, il termina, sur la demande que depuis plusieurs années Yves de Chartres lui avait faite lui-même en le prenant pour arbitre, la pacification des chanoines de Saint- Jean de Chartres et des moines de Maymonstier’.
‘ Ap. tjlili., Conçu., t. X, p. 800. — Üictionn. île» concile», art. hilran.
— Klcury. Hi»l., I. LXVI, n. 5, i'i ol 37.
* < Subsci'ipsil concordiiu iiiile inter canonicos sancli Joanniii Carnotciiais
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En 1120, il assista au cuncilc que le légat Conun, à suii retour d'Allemagne, tint à Beauvais, du 18 jusqu'au 20 octobre. C’est dans les actes de ce concile que Lisiard, évêque de Soissons, le surnomma la Colonne des docteurs. On s'y octupa principalement de la canonisation de saint Arnold. Ce saint, au moment où la gloire (pi’il s’etait acquise dans les armes, jointe à l’éclat de sa naissance, semblait lui promettre la plus brillante fortune, avait embrasse la vie religieuse, an monastère du IVultembourg dans le diocèse de Tournai, et y avait vécu dans une ferveur extraordinaire. Chargé du gouvernement de son monastère, il l’avait dirigé vers la perfection plus encore par ses exemples que par scs instructions. Mais refusant d’autoriser la coutume qu’avaient la pliqiart des abbés d’aller à l’armée avec leurs vassaux, quand le roi le leur ordonnait, il avait quitté sa dignité et profité de l’humilité de sa retraite, pour s’abandonner à son amour de la pénitence. Peu après, devenu évêque de Soissons,- il s’était montré le modèle des jiasteurs, comme aujiaravant il s’était montré le modèle des religieux. Mais bientôt, succombant à la douleurquc lui causait la vue des maux de l’Eglise, affligé surtout de sentirle zèleet lecourage des autres évêques s’affaiblir de plus en plus, il était retourné dans sa retraite, où la mort l’avait frappé, étendu sur la cendre et couvert d’un cilicc.
Des prodiges honorèrent son tombeau. Lisiard, évêque de Soissons, frap[)c de ce que publiait la renommée, alla constater les guérisons miraculeuses, en fit écrire le récit iiulbciitiquc, et demanda que les ossements du serviteur de Dieu fussent tirés du sein de la terre et exposés à la vénération dn peuple chrétien. Mais Lambert, évêque du lieu,
Cl inonacho« Majuris nionnslerii. » Cf. Yvon. CamnL, "208. ~ Quelques «tulcur» dunncnl ù celte paciiicaliou In date de 1117.
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qui avait à ce sujet l’esprit flottant, n’osait prendre cetlc détermination sans l’approbation du légat et l’on profita du concile de Beauvais pour faire décider solennellement cette affaire. Il s’y trouvait douze évêques : celui de Châlons, Guillaume de Champeaux, Geoffroy de Chartres,' Henri d’Orléans, Gilbert de Paris, Pierre de Beauvais, Enguerrand d’Amiens, Robert d’Arras, Jean de Thérouaiic, Lambert de Tournai, Bouchard de Cambrai, Barlbélemy de Laon, Lisiard de Soissons. Les arcbevcqiies de Reims et de Tours y assistaient également; celui de Sens avaitdù s’en abstenir pour cause de maladie, .\rnou1, abbé du monastère de Wuttembourg , était aussi présent, et tenait entre ses mains le livre qui contenait le récit de la vie cl des miracles du saint. L'évêque de Soissons le prit cl le présenta ouvert aux évêques, en disant : Seigneurs, voil.i le livre que j’ai fait écrire de sa vie; je rends témoignage de la vérité de ce qui y est raconté. Quant aux miracles, j’ai ici cl ailleurs des témoins dignes de foi. Je vous prie d’examiner ce livre soigneusement, afin de savoir à quoi nous en tenir. Pour moi, je certilic que si les restes de ce saint évêque appartenaient à mon diocèse, il y a longtemps qu’ils ne seraient plus en terre.
Alors Guillaume de Champeaux prit le livre; et Payant parcouru, il dit à l’évêque de Tournai ; Que demandezvous de plus? Le témoignage de l’évêque de Soissons cl de l’abbé de Wuttembourg ne vous suffit-il pas? L’évêque de Chartres insista à son tour dans un style qui nous révèle comment s’exerçait alors le droit de canonisation : En vélilé, dit-il, je vous déclare que si le Seigneur avait fait un de ces miracles pour un de mes prédécesseurs, je ne consulterais ni pape, ni légal, ni archevêque. Quelques autres docteurs prirent aussi le livre, en parcoururent quelques