‹ Guillaume de Flavy, capitaine de Compiègne; contribution à l'histoire de Jeanne d'Arc et à l'étude de la vie militaire et privée au XVe siècleChapitre 1 sur 115 · MARCEL SCHWOB · texte numérisé non relu

MARCEL SCHWOB

INTRODUCTION

Icelluy Guillaime en son temps avoit esté toujours vailliant homme de guerre; mais le plus tyran et faisant plus de tyrannie et horrible crisrae que on polroit faire : prendre fille malgré tous ccuIk qui en volioient parler, les yioler, faire morir sans pitié et les noyer.

(Jacques Duclercq, Mémoires^ éd. de Reiffenberg, t. I, p. 419.)

Un autre de pervers semblant, Guillaume de Flavy, vis-je affuir droit ci pareillement lequel imputant sa mort à fa femme, en partie accusoit soy mesme avoir esté digne de muvaise fin par la perversité de sa vie.

(Le Temple de Bocace, dans les Œuvres de Georges Chastellain, publiées par le baron Kervyn de I-ettenhove, t. VII, p. 95.)

Nous nous proposons de retracer l'existence et la fin tragique de Guillaume de Flavy, écuyer picard, capitaine de gens d'armes et de trait, à Compiègne, au temps du roi Charles VII.

Nous espérons que cette vie, minutieusement reconstituée à l'aide de documents d'archives et en particulier de pièces de procédure, sera, pour un tableau de la société féodale dans la première partie du quinzième siècle, une contribution de quelque intérêt : elle nous permettra, en outre, de préciser plusieurs faits importants de l'histoire militaire et diplomatique de cette période.

Guillaume de Flavy n'est pas d'ailleurs un inconnu. Tous ceux qui se sont occupés de la merveilleuse aventure de Jeanne d'Arc savent qu'elle fut prise devant Compiègne, au mois de mai 1430, Flavy étant capitaine de cette place.

Du rude soldat, de l'exécrable pillard, de sa vie magnifique et d'une fin pitoyable, cet équivoque souvenir est seul demeuré. Si quelques chroniques locales parlèrent de Flavy avec un certain détail, son souvenir s'est en effet rapide-

VIII INTRODUCTION

ment perdu. Le poète et indiciaire bourguignon, Georges Ghastellain*, le nomme une fois : Brantôme, en passant,fait allusion à sa fin malheureuse^.

Mais, si la vie de Guillaume de Flavy a laissé peu de traces dans les œuvres des historiographes contemporains, s'il n'a fait jusqu'à présent l'objet spécial d'aucun travail d'érudition, il convient de citer tout d'abord les recherches de Jules Quicherat et du marquis de Beaucourt qui parlèrent avant nous de ce personnage 3.

Jules Quicherat, à qui l'histoire du quinzième siècle est redevable de tant d'aperçus ingénieux et de recherches profondes, avait découvert et a publié une pièce du Cabinet d'Hozier, résumant la longue suite des procès criminels dont le Parlement de Paris demeura saisi, jusque dans les premières années du seizième siècle, à l'occasion du meurtre de Guillaume de Flavy par sa femme Blanche d'Overbreuc^ Jules Quicherat ajoutait : « Des recherches à la section judi-

I. Temple de Bocace^ dans les Œuvres de Georges Chasteliain, édition Kcrvyn de Lcttcnhovc, t. VII, p. gS.

3. Des Dames,., « Discours sur les dames qui font Tamour et leurs maris cocus », édition Lalanne, t. IX, p. 73-76. Brantôme parle diaprés les Annales d'Aquitaine de Jean Bouchet.

3. Mme de Bawr, auteur de Souvenirs sur les personnages de la Restauration, a publié, dans la série de ses romans historiques, les Flavy, roman du quinpème siècle (Paris*, i838, 2 vol. in-8). C'est un ouvrage de pure imagination où les noms seuls des Flavy sont historiques et empruntés, sans doute, aux Mémoires de Jacques Duclercq, édités par Buchon cette même année. — M. A. Ledieu, dans les Esquisses militaires de la guerre de Cent ans.,. La Hire et Xaintrailles, les Flavy (Lille, 1887, in-8), utilise les seules recherches de M. de Beaucourt.

4. Extrait d'un Mémoire à consulter sur Guillaume de Flavy dans le Procès de Jeanne d'Arc, t. V, p. 173-177 (Paris, 1841-49, 5 vol. in-8); Suite du Mémoire à consulter sur Guillaume de Flavy, t. V, p. 368-373. Quicherat a commis une inexactitude en datant ce factum du temps de Henri II. Ce brouillon, conservé à la Bibliothèque nationale (Cabinet d'Ho:{ier, 141), fait partie d'une généalogie de la famille de Flavy poursuivie jusqu'à Louis, marquis d'Humières, maréchal de France, et qui atteint l'année 1622. Ce mémoire est devenu inutile, la plupart des pièces auxquelles il fait allusion ayant été retrouvées.

INTRODUCTION IX

cîaîre des Archives du Royaume ne m'ont fait retrouver aucun de ces actes. A leur défaut, je m'estime encore heureux de pouvoir produire quelque chose du factum qui les résume^ » Dans les Aperçus nouveauxy il fixait, avec une verve et une vigueur de pensée peu communes, ce qu'avait été la sortie de mai 1430*.

M. de Beaucourt devait être beaucoup plus heureux dans ses investigations. En i863, il publiait un court mémoire sur Blanche d'Overbreuc^, et, peu de temps après, éditant 1© chroniqueur picard Mathieu d'Escouchy, il donnait dans un recueil de pièces qui forme le tome III de cette chronique, d'intéressants extraits du Parlement criminel relatifs à cette cause célèbre*.

Il nous faut maintenant dire quelques mots des sources d'où nous avons tiré le récit de la vie de Guillaume de Flavy : nous chercherons ensuite quel est le sens spécial de cette activité, dans son temps et dans son milieu, déterminant ainsi la valeur et la portée historique de cette description d'un homme.

Deux chroniqueurs ont parlé avec quelque détail de l'affaire qui nous occupe, Mathieu d'Escouchy et Jacques Duclercq.

Mathieu d'Escouchy fut très au courant de la vie et de la fin de Guillaume de Flavy : tous les membres de celle maison lui sont également familiers. Le fait n'a rien que de très naturel. Mathieu d'Escouchy était picard et vécut

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