Somme, arrondissement d'Amiens
11. Testament de Jean La Personne et codiciles des 3o novembre 1392,
26 septembre 1402 et 4 juin 1403. (Arch. nat., X*» 4807, fol. 140, v« ; arrêt du
27 août 1483 (Arch. nat., Xi» 118, fol. 6, ro.)
12. Bibl. nsLt., Pièces originales, 1162, P. J. lxviii.— Le nom d*Overbreuc est formé de deux mots flamands, over: sur, bretici marais. Il a pris, sous la plume des scribes de TIle-de-France du quinzième siècle les formes les plus diverses: Aurebruec, Aurebreucq, Auvrebuch, Awrebruche, Daurebrug, Dovrebruec, Eaurebruech, Hauverbreuch,Ovrebreuc,Ovrebruich,etc. M. de Beaucourt a adopté la forme adoucie à'^Aurebruche, mais assez énigmatique. Devant cette multitude de graphies, nous n'avons pas hésité à adopter la forme étymologique plus rare, dans les documents contemporains treizième siècle, Overbroec cité par l'abbé Haigneré d'après une charte du trésor d'Artois). Ce nom n'existe plus aujourd'hui en France : Ovcrbreuc est en effet le nom ancien du colombier de Wissant, en partie sur Audembert, et fut changé au dix-septième siècle. C'est aujourd'hui le Colombier. Cf. Dictionnaire topo graphique de la France,,, arrondissement de Boulogne-sur- Mer, par l'abbé D. Haigneré (Boulogne-sur-Mer, 1881, in-8).
i3. «Dit que feu messire d'Ovrebreuc, père de ladicte Blanche, estoit natif
Ro
GtiLLAUME DE KLAVY ET UL\NCHE u'uVERBRiaTC 79
Parlement, dans la suiie^ d'assez fâcheuses histoires sur son mariage. Sa première femme eût été fille d*un vigneron •.La seconde, Anne de Francières, mère de Blanche, étaîi noble •, Robert la rencontra dans la maison du seigneur de Saint-Venant Boulonnais. C'est là qu'ils se fiancèrent et furent mariés [deux jours après*. Que faut-il retenir de ces commérages^ sinon que la famille d'Overbreuc ctait fort mêlée, Rîen de plus commun d*ailk'urs que cette situation des familles au quinzièmesiècle. I Malgré le décor féodal, les noms illustres, Targént, comme aujourd'hui, décidait seul du genre de vie. De nombreux enfants, les bâtards vivant avec la famille légitime, déjà trop lourde, causaient ces mariages mixtes, tl n'était pas rare de voir à la suite des guerres ruineuses, un noble prendre un métier ou ^labourer la terre dont il recevait jadis Thommage : en revanche, 1'^^ lettres de rémission attestent que bien des gens de métier abandonnèrent leur travail pour suivre les compagtiies, où |k quelques-uns acquirent la fortune, et la noblesse par surcroît, H En quittant le Boulonnais, après son rapide mariage, le ménage d^Overbreuc habita une métairie appartenant aux rcU- ■i;ieiix de Saint-Denis en France, près de Reims*,
dQ payt de Boutennoys; ne scet sHl estoit gentilhomme ou non. Mais une
Ifoïi FUvy e&tiint de par le roy, où dit pays de Boutennoys» s*en enquist et trouvA cjuc 5c» parens estoient cordouaniers^ cousturicrs et autres gens de ha* esmt. •{Arch. nat.,Xï«35,P, J. i.xxxvir.). — « D'Ouvrcbrucch est parti du Boutongnobcmn'HVi'it xi. livres de rente. i>(.Vrch.nat«,Xi^ 33, 11 mai 1454.) !• • Et fut marié deux (ou. Et esiott sa première femme (tlle d'tin vigneron; et la secoadc Anne de Francières, mère de ladictc Blanche, estoit gentilfemmc* « (Arch. nat., X«« aS, P. L lxxxvik) 9« Iji fjimille de« Fr.incièrcs était en effet noble. Elte parait originaire tltt village de ce num^ dans le canton d'AiUy-lc-Haut-Clochcr (Somme). Cette famille étoit éteinte au dixscptième siècle, cf. Nobiliaire de Poitthicu et Je Vimeu pat le marquis de Belle val ^ 2* édition (Paris, 1876)* Elle ne doit pas étr iiic avec le famille de Francièrcs de nic-dc-Francc»
{Commune a nnt-Denis, Oise).
t Et A uDc î\>u kuu mcs$ire Robert estant oudit hostcl Sainct Venant, OQ icii demanda »e il se vouloit marier; et après soupper lui fcist on àtnccr Udicte Anne de Frinsieres; et environ deux jours après furent ^^ Diaries coscrablc. »
H ?. Arch. nat.» X^* j>. P. J. Lxxxvti.
^B 4< • Et après iccuJi messire Robert et sa femme s'en allèrent demeurer m une mestairie pre$ Reims appartenant aux religieux de Saint Denis en France. • t^r.-h r .« xu 7^^ p j, lxxxvii*)
8o VIE DE GUILLAUME DE FLAVY
Au milieu de la forêt, les Overbreuc faisaient le charbon * et le menaient vendre à la ville : mais quand vinrent les guerres et la famine de 143 1, ils durent se retirer à Reims', dans l'hôtel d'Ogier Dominique. Là, ils firent une dette de 600 écus ^.
En 1435, la famille d*Overbreuc, de condition plus que modeste, devint subitement riche. Robert d'Overbreuc venait de recueillir en effet l'héritage de Guyot La Personne, dernier vicomte d'Acy, décédé au mois de novembre 1435*. Cet héritage était également revendiqué par les familles Marsot et d'Ordre*.
Robert d'Overbreuc eut un trait de lumière, une idée de paysan qui a longtemps mesuré de problématiques héritages. De ses mains gourdes et violentes d'écuyer équivoque, avec l'audace de ceux qui n'ont rien à perdre et tout à gagner, il édifia un monument de ruse qui devait surprendre la justice pendant près de cinquante ans. Il assurait ainsi à sa fille Blanche la possession litigieuse, mais aussi lucrative d'héritages considérables, l'apparence de la fortune.
Dès la mort de Guyot La Personne, avant que l'on eût le loisir de débrouiller cette succession délicate, Robert se présentait partout, acquittait les droits de mutation, rendait les devoirs féodaux. A défaut de la propriété, il avait la possession des biens du dernier vicomte d'Acy ^
1. a A ce que Poignant a dit que messire Robert estoit charbonnier, et non noble, etc., dit que oncques ne dist qu'il feust charbonnier, mais bien a dit qu'il faisoit le charbon et le portoit vendre à Reins. Si dit qu'il estoit chevalier, mais ne scavoit s'il estoit noble ou non. Et au regard dé la mère de Blanche a tousjoursdit qu'elle estoit de noble lignée. » (Arch. nat., X^*
2. « Et pour la guerre se retrairent en la ville de Reims. » (Arch. nat., X«»25, P.J. Lxxivii.)— Sur la famine à Reims, accrue de la population rurale, la lettre close de Charles VII à la municipalité de Reims du 24 avril 143 1. (Archives municipales de Reims, P. J. li.)
3. < Et paya [Guillaume de Flavy] plusieurs grosses sommes de deniers et mesmemcnt vj cens cscuz qui estoient deuz audit Dominique pour les despens faiz en son hostel par les père et mère de Blanche. »(Arch. nat.,X»» 25,
4. Pour les droits à la succession des familles Marsot et d'Ordre. Cf. Appendices, 11, et le tableau généalogique, Appendices, m.
3. a Messire Robert s'en porta héritier et se mist en possession. > (Arch. nat., X*» 4803, fol. i3, v*. P. J. xciv.) a Et combien que parties adverses n'y ait que voir néantmoins, de fait, ils se boutèrent aux forteresses et tiennent
GUILLAUME UK KLAVY ET 0L4NCHR ll'oVERBREUC 8l
C'est ainsi que Blanche parut une riche hcriiière et un bien avantageux parti. Avant la demande de Guillaume de Flav)% Robert d^Overbreuc avait déjà reçu des proposiiions. Un certain JacoiÎD de Bdthunc, Anglo-Bourguignon qui combaitait sous la bannière de Jean de Luxembourg, aurait bien voulu être admis à faire la cour à sa fillette Blanche ^ Ce fut Guillaume de Flavy qui devait remporter, soit que Guillaume lui promît son concours dans la liquidation de cet héritage où Robert aurait bientôt épuisé toutes ses ressources, soit que lui-même fût pris aux verbiage$ du beau-père. Toujours est-il que Guillaume de Flavy, avec la violence qui le caractérisait, devait aider puissamment Robert h faire entrer dans une phase d'obscurité et de terreur cette succession embrouillée.
tout. 9(Areh., n«t., X<» 4798, foJ 26, r«, P. J. lxv.) « Ipsc ctiam Robcrtu» Patou, dictus d'Ausrrebruch, cujtis dtcta Blaiichia Alium &c diccbat, absque Ciiusa posi deccssum dicti Guioti, de facto et per portum dicti de Fiavy, feodom de Novo Castro relcvnverat et dcnaria coram officiariis comitis Saacti Pauli prcstiterai ne posscssioncm alterius fcodi, vocatt de Tilloy, aC4pepci'aC et îMam per vim a longue tempore occu p avéra t « (Ârch. nat., X^* 118, fol. ta.)<iCui Qtanchîa, per dcces&uin dicti sui patris, omnia hère- Ji(agia que pcrunuerant dicto Guidoni et &ibi obvcnerant ex laicrc dictî Jrihannis la Personne, vicecomi lis d'Acy compccierant et speciavcram, iicc noTi ip9a dominis a quibus tenebantur et movcbantf iidcni et homagiuni pre&titerat ac jura et denarîa &oUcrai« vjuibtis tituUs et mcdiis endem Btan* chU dictis terris usa et gavisa fuerat. (Arch, nat., X** ïi8» fol, 20, v*,) I, «i £t s^t accorda flavy par ce que uug Angloi/, nommé Jacotin^ qui se tenoH f(vçc feu mcssirc Jehan de Luxembourg, la vouloit avoir en mariage. Et V qui inconvénient en advenist» se les places d'îceUe
BIm' ^ »is mains dudit Angloii, » tArch. nai.,X*» sS, P. J. lx&xvii.)
— En t4ig, Jflconn de Béthune tenait garnison a Ham et lit une course sur U% geas du duc de Bourgogne qui venaient y lever un tmpût 9 en disant i|U'il eutendoit que ce fussent les tlscorcheurs, c^est assavoir les geus du rf7)r Charles. » {sMonstreUt^ 1. V, p, 385.) Jean de Luxembourg s'excusa auprès de Philippe le Bon, mais refusa de livrer Jacotin. Celui-ci fut néau moins fait
"" ' r — r le duc de Ii4>urgognc qui en garda rancune à Jean de Luxcm-
^e/tff, t.V,p. j'99.)Cf. une lettre de Hugues de Lannoy et J. de «in ÏL*an de Luxembourg, faisant le récit de leur entrevue avec le
du^ jgne au sujet de cette affaire (Bibl. nat., anc. fonds fr,» 1278,
f'>U îy.^,; Jacùtïn de Bcthunc Hgura au siège de Dieppe avec ses frère* {M«mAtr<lfit »♦ VI, p. H, et Arch, com. de Noyon, GC 43 [présentation de vin k i5 septembre 1441, au retour du siège]), où il fut fait prisonnier (Mf^tuirtUf, i» Vï, p. «o,) En septembre 1442, on le retrouve encore avec (^•niCCfi de La Croti appétissant le pays de Laon* (Arch» com. de LaoUf ce nj
Au mois d'avril 1436, Guillaume de Flavy et Blanche d'Overbreuc, vicomtesse d'Acy, furent fiancés : Blanche faisait son entrée à Compiègne le 7 avril, aux côtés du redoutable gouverneur. On lui fit les présents d'usage et on lui donna une belle fête où fut sans doute représenté le Jeu de la Résurrection^ ,
Comme Blanche avait dix ans, Guillaume de Flavy avait bien promis de ne l'épouser que dans trois années : l'ayant trouvée désirable, ill'épousait trois mois après, au mois de juillet*.
De ce mariage on dressa trois contrats : le dernier seul avait paraît-il quelque valeur'. Mais il se pourrait bien que les autres ne fussent pas non plus sans effet. Guillaume et Robert devaient, à l'occasion, savoir en user. Le dernier contrat nous renseigne d'une façon bien exacte sur le genre de marchandage dont Blanche fut l'objet entre les mains subtiles de Robert et violentes de Guillaume.
Flavy s'engageait à acquitter tous les arrérages et les droits des héritages de Guyot La Personne,qui devenaient alors son propre; dans un avenir incertain, Robert d'Overbreuc promettait de rembourser Guillaume de ses frais ^. Il lui cédait immédiatement les
1. « Présents faicts de par la ville de Compiègne, le 7 avril 1436, à mademoiselle Blanche d'Ovrebruec, fiancée de Guillaume de Flavy, capitaine de Compiègne. Jean Coquerel, prevost forain de Compiègne et Harnet, clerc de la prevosté, commis à faire la despense du Jeu de la Résurrection. » [Copie du compte perdu de Jean Gueguet, receveur de Compiègne.] (Bibl. nat., Dom Grenier, t. XX bis, fol. 187, P. J. lix.)
2. « Et Tan xxxvj en juillet feu Guillaume espousa la dicte Blanche. (Arch.nat.,X*» 4803, fol. i3, v». P.J.xciv.)«Car n'avoit que dixans quand elle fut mariée avec son dit feu mary. Lequel, pour l'avoir, feist venir à Compiègne les père et mère d'elle et ot la possession de leurs places. Et combien que pour son jeune aage il eust promis de ne l'épouser de troys ans ensuivans, néantmoins troys mois après l'espousa. » (Arch. nat., X^" 25, P. J.lxxxvui.) «Car elle n'avoit lors que IX ans, mais ce non obstant il l'espousa trois mois après. » (Arch. nat.,X** 32, P. J. cm.)
3. Les trois contrats furent dressés les 24 mars 1435-1436, 21 juillet et 2 août 1436. a Les dictes lectres sont diverses et contiennent diverses choses contraires.» (Arch. nat., X*" 33, 5 mai 1463.) a A ce qu'il y a eu trois contraictz de mariage, dit qu'il est vray, mais n'y a que le derrenier qui tiengneet corrompt les autres. » (Arch. nat., X^a 32, 12 mai 1463.)
4. a Et par icellui est dit que toutes les terres de la succession des viscontes d'Acy que Guillaume de Flavy acquitcroit, seroit son propre. Aussi autrement n'eust jamais mis son argent à l'avanturc. Mais par tous les trois contraictz est dit que de tout l'argent que Guillaume de Flavy bail-
GVlLLkVMK DE FLA\^' ET BLAN<:HE d'oVERBREDC 8?
quelques biens qu'il possédait en Boulonnais, 3oo livres de renre sur le vîdame d'Amiens'. Céiaii là toute sa fortune ; a Mcssirc Robert n'estoit gucres argcntcux*. n
Le mariage consommé, Guillaume de Flavy fit venir à Compiègne les parents de Blanche, Robert d'Overbreuc et Anne de Francîères^
La succession de Guyot La Pcrsonncétait chargée d'arrérages*» Il fallait prendre sur elle t5oo livres tournois de rente, ducs à Jeanne de Nesie, de son douaire de Guy La Personne ^ Guyot ayant été fait prisonnier pendant la guerre de Vaudémoni et mis à rançon par le seigneur de Croy, 435 000 écus étaient encore dus à son décès**
Guillaume de Flavy paya les 4 000 écus au seigneur de Croy pour recouvrer Nesles et 4 000 écus à Jean de Luxembourg pour
■ Tilloy* « Car messire Robert n'avoit de quoy ^, » Mais» comme en juillet 1436 mourut Jeanne de NesIe» léguant son douaire à Robert d'Overbreuc et ses droits sur Nesles, Tilloy, Chaleranges, Robert transporta encore cet héritage à son gendre Guillaume de Flavy .^
leroii pour ncquester lesdictes terres, il seroit remboursé et re&titué. * (Ârch. ii«t., X-« ?3, ji mat 1463.)
t. t Et lui furent données !cs terres que avoii { messire Robert] en Bouleaoott et iijc. i. de rente sur le vidnme d'Amiens, » {Arch, n«t, X*» 4803, f<>l- i3,v\ P. J.xr.iv.) Une pièce publiée dans Ueauvillë, Recueii de Documoits iniéiit cote fntatit ta Picardie^ t. !II, p. 379» confirme ces detniU. Le 3$)tiin 1437, Robert d'Overbreuc et Anne de Fruncièrcs donnent à Blanche, leur fille, en «vancemeni d'hoirie, à cause de son mariage avec Gurllaumc de FUrv^dcui nef^ tenus & Ptcquigny et 3oo livres parisis de rente à prendre sur U ptm% de Picquigny.
j. Arch, n»t,, X»*48o3, fol, i3, v% p, J. xqv.