mmf» i4iy, Arch* nai., X*» 479^. M, a6, r
éprouvé la feinte douceur de Guillaume, Michel Marsot allait bientôt connaître sa violence aiguë.
En efifet Flavy rencontrant Marsot à Amiens (en 1439)*, il s'emporta et se laissa aller aux plus graves menaces, déclarant qu'il ne quitterait Amiens sans avoir fait une transaction : Marsot se réfugia même dans une église pour jouir du droit d'asile*. Il dut signer un traité par lequel il renonçait à toute la succession de Guyot pour i 100 livres tournois^. Marsot confirmait ainsi le pacte de Boulogne. Le pauvre homme n'osait sortir de chez lui, toujours tremblant, ni quitter la ville, Guillaume lui ayant en effet fait dire par le seigneur de Saveuses que « la dicte ville ne le sauveroit point » *.
1 . Les récits de ces deux scènes ont été brouillés dans la suite par les avocats. Les menaces et les violences de Flavy doivent se rapporter à l'entrevue d'Amiens, puisque Guillaume de Flavy était malade en 1436, à Boulogne. Sous cette réserve nous transportons à Amien^ ce que Tavocat Michon dit pour Charles de Gaucourt contre Blanche d'Overbreuc le i«f décembre 1472. (Arch. nat., X*" 4814, fol. i38, v», P. J. xciv.)
2. a Et icelui estant en ladicte église fut dit que l'église ne le sauveroit et qu'il seroit mis hors et que pensast de chevir avec ledit Flavy autrement lui en prendroit mal. Et que quand Flavy l'auroit tué qu'il en seroit quicte pour un cheval, et pour moins. » (Arch. nat., X** 4814, fol. 1 3, v», P. J. xciv.)
3. « Après ledit Flavy le manda à sa seurté et quand ledit Marsot fut devers lui fut contrainct de signer certain appoinctement que Flavy avoit fait faire par lequel ledit Marsot quictoit le droit qu'il avoit en la succession de feu Guiot pour la somme de xjc*' 1. et autres. 9 (Arch. nat.,X^*48i4,
fol. l3, VO, P. J. XCIV.)
4. Arch. nat., Xi«48i4,fol, i3, vo,P. J. xciv; X«» 4798, fol. 57, v«, P J. lx.) — Nous ne pouvons que résumer ici les longues procédures dont les héritages de Guyot La Personne furent l'objet. Pour sortir d'embarras, Michel Marsot eut l'idée de s'adjoindre Raoul, seigneur de Gaucourt, dès le 8 mars 1446 (Arch. nat., Xi»48oi, fol. 68, r») : celui-ci devait J'aider de son crédit. Le 8 mars 1435 (Arch. nat., X*» 84, fol. 81, v*), un arrêt de la cour maintenait Blanche d'Overbreuc en possession de tous les biens de la succession de Guyot La Personne : Charles de Gaucourt et Robert Marsot reprirent alors le procès au pétitoire. Au temps de sa faveur, Pierre Puy, maître des requêtes de l'hôtel, et troisième mari de Blanche, obtint une lettre d'état (23 oct. 1467, Arch. nat., Z^F 28, fol. ig5) en faveur de Blanche d'Overbreuc. En revanche, Charles de Gaucourt fit expédier au Parlement, par le roi Louis XI, une lettre missive ordonnant de terminer les procès pendants depuis quarante ans entre les seigneurs de Gaucourt, Pierre Puy et sa femme (Xi»93i8, n» 24, 7 août 1479). L'arrêt du 3o novembre 1483, qui termina cette longue affaire adjugeait par moitié la succession de Guyot La Personne à Michel Marsot et Charles de Gaucourt, l'autre à Blanche d'Overbreuc et Pierre Puy : elle condamnait moralement les Overbreuc par la
.UWtl DE FLAVY ET OLANCHE d'oVERBREUC 87
Des difficultés devaient naturellement s'élever entre Guillaume de Flavy et ses beaux-parents au sujet de la rente viagère de 3oo livres dont il ne versait parait-il rien*. Des disputes naquirent au sujet de leurs beaux héritages, abandonnés à Guillaume, dont celui-ci trafiquait à sa guise, les vendant pour s*en faire de bonnes rentes •- Des paroles, Guillaume de Flavy en vînt facilement aux mauvais traitements Les gens de sa maison ne les respectaient pas plus que lui \
Anne de Francières tomba malade, peut-être à la suite de privations, mais bien plutôt de chagrins*. Seulement dans la phase extrême de sa maladie^ Guillaume de Flavy la fit soigner par le médecin Yves Philippe : mais elle mourut %
Le pauvre Robert était désespéré, car Guillaume lui faisait la vie très dure.
Perdant la létc, il résolut de se plaindre au roi, à celui qui était pour les simples^ la justice vivante. Il rédigea donc un rôle
rtttittittoD de tous tes prufît& depuis 1457» et aux frais du procès. (A.rch, nau, X»» 1 18, fol. 6, v*. fol. 16, v«0
t. 9 Dont riens ne leur tint, rnitis leur mena dure vie. • (Arch. oat» X«» 35, R J, LXJLxvin.)
f . ff A vendu de leurs hcritaigcs jusqu'à xvj* escus, A vendu plus de lij" Irvrcs de rente, qu «in auroit pas pour cent cinquante mil escus,.. • (Arch, nal., X*» 53* '^ mui 1463) ; n dit que en lieu de ce que feu Guillaume de rUvy dcvuit et avoit promis acquicter les succcjîsions desdits La Personne il ea a vendu pour plus de Ix" escui. » (Arch. nat», X** 33, 3 mai 1463.)
J, t Et si dit que quant les parcns d'elle [Blanche] la venoicnt veoirjes •erviteura dudit de/unct les desboutuicnt et leur disoiem pluaieun obprobes et viJieDics. » (Arch, nat., X** 25, P. J. txxxvm.)
4< t Et de dcsplaisance ladicte mère cheut en maladie. i> (Arch. oat., X»» j5, p. J, Lxixvni.)
S. a Elestott ladicte mère dangereuse de plusieurs maladies secrètes qui Itti ettoient survenues pour les gruns nécessiter qu'elle avoit eues. Et pour la pesuier et la faire guérir dut venir ung notable medidn nommé maistrc Vtet Philipe et finablcmcnt elle mourut. 1» ^Arch.nat., X** aS, P. J» Lixxrx.) « Priât (Guillaume] la mère et la dctint en ung chastel* ■ (Arch. nat., X*» 33* 3 mai 14Ô3*) — Yves Philippe était un médecin connu de l'époque. U n^sidaiii en 1441, à Noyon^ ainii que le témoigne la mention suivante : a A Ktrc Yves Philipe, cirurgieUt pf^ur ung petit ponchon de vin contenant Mtiers rrî tout, lequel fut présenté à Mons* le duc d'Orléans le ix* jour i»),i (Arch, Cil m. de Noy«tn,t.X 42) ;à partir de 1448^ il figure i lur la liste des pensions royales « M, Yves Philipes^ cyrurgien i, 1. pour sa pension ». (Bibl. nat,, fr. 33Sio, fol* lat, v« [Extriiti ^ te de Xaincoin*. de i44>>. par IhifoLirnylJ
de ses infortunes qu'il lui devait adresser ainsi qu*à la justice de Parlement. Cet écrit tomba entre les mains de Guillaume de Flavy. Il y eut entre eux une scène violente. Guillaume s'emporta et le battit. Il le fit ensuite transporter au château de Pernant où, chargé d'une grosse chaîne scellée au mur, on l'entendait crier à la faim. Il mourut ayant dévoré les semelles de ses souliers et ses déjections ^
Au milieu de ces difficultés, malgré ses maladies, Guillaume de Flavy n'avait pas renoncé aux courses et aux exactions * où il fit sa fortune. En 1437, lui où ses* gens étaient autour de Reims et appâtissaient la ville': il n'est donc pas sans ironie de voir Guillaume de Flavy recevoir, avec d'autres capitaines, le
1. a Pourquoy fist ung roole contenant ses complaintes qu'il vouloit envoyer devers le roy en la court de céans pour avoir provision. Lequel vint es mains de Guillaume, etc. A ceste occasion eurent paroles ensemble et le bâtit Guillaume très énormément et puis le fist mectre prisonnier et de lui donnoit que manger, ains crioit à la fain et mangea partie de ses souliers. Et finablement mourut de fain esdictes prisons, sans avoir les sacrements de Saincte Église. » (Arch. nat., X** 25, P. J. lxxxviii.) « Print aussi le père et le détint où chastel de Pernant où par rage de fin Ta fait morir. Le tenoit enchesné et par rage de fin manga ses souliers, voire sa fiante, d (Arch. nat., X^* 32, P. J. cm.) — Il se pourrait que dans ces détails cruels il y eut une certaine exagération. Blanche tenait en effet ces détails du bâtard d*Orbandas, l'homme de confiance de son amant Pierre de Louyain. Blanche en fit part à son avocat Poupaincourt qui plaidait devant le Parlement pour obtenir Tentérinement de sa rémission. Ces détails furent niés par les Flavy : Robert serait mort de maladie, assisté d'un prêtre nommé messire Adam Brûlé. (Arch. nat., X^* 2 5, P. J. lxxxix.) Les documents ne nous permettent pas de trancher la question.
Il paraît d'autre part certain que Robert d'Overbreuc fut requis par Guillaume de Flavy de l'aider dans une guerre privée contre Guy de Royc. ^Arch. nat., X«* 25, P. J. Lxxxviri) ; et d'après un texte analysé par H. de Lépinois il aurait même eu une certaine part à l'administration de la ville de Compiègne, durant la destitution de Guillaume de Flavy par le connétable de Richemont. {Bibliothèque de V École des chartes, t. XXIV, p. 492.) Il vivait encore le 28 mars 1440. (Bibl. nat., Dom Grenier, vol. XXI, fol. i63.)
2. Démêlés de Guillaume de Flavy avec un tabellion de Soissons, en i4'36 au sujet d'une rente. (Arch. nat., JJ176, n^ 635); Courses en 1437 des gens de Le Bourc de La Hire, malgré la paix d'Arras autour de Péronne, Roye, Montdidier. « Si avoit avec lui gens de plusieurs garnisons, tant de Mortemer, appartenant à Guillaume de Flavy, comme d'aultres forteresces. > {Monstrelet, t. V, p. 290.)
3. 12 juillet 1437. (Archives municipales de Reims, Reg. des comptes municipaux, P. J. lxii.)
FLAVY KT BLANCHE U^OVRRBREUC Sç
^mars 1438, Tordre de délivrer la Champagne des larrons et des routiers*.
En 1441,1! obtenait, un pcuavanila venueduroi à Compiègne» une lettre de rc^missîon pour Taffaire do Pierre de Ricux séquestré' ; en retour, il prenait part à rexpcdition de Ponioise et son frère Charles prêtait au roi de belles sommes ^. En 1443, pour le siège de Dieppe, Guillaume de Flavy avançait 6000 écus pour l'expédition *.
Quelle place tint la petite Blanche dans cette existence, si remplie de soucis d'attalres et de brigandages? on peut assurer qu*elle fut d'abord médiocre et bien effacée.
Guillaume de Flavy paraissait seulement très préoccupé de se saisir de ses biens propres. Il se faisait délivrer des procurations par Blanche % pour trafiquer ainsi des revenus qu'il n'aurait pu posséder autrement. Les ventes qu1l lui faisait faire étaient considérables, puisque nous voyons qu'il for^a Blanche à vendre en une fois à André de Lavât, seigneur de Lohéac et à Blanchefort des terres qui valaient de 16 à 20000 écus*.
Blanche résidait habituellement à Compiègne. C'était au quin-
^srième siècle une belle ville et des plus fréquentées du Valois,
sage habituel de France en Picardie bourguignonne des
ibassades, des grands seigneurs, des gens de guerre, des mar-
I* Arch. com. de ChdlonSi AA*, P. J* i.xiv, 1, Arch. «at,, U 446, foL 83, P. J. liviï.
« Guillaume de Flavy, c&cincr, cnptuinc de Compiencnc tf l.sur l'iriene« Charles de FlavVt escuicr^ pour certaine âominc prestéc au rtiy 'it^l, et uij*l. et c. L de la rcccpic cvimmujie, Charles de Ftiivy, c^cuicr^ ij»L*iir SoissQus et c. L Guiltaunic de Fhivy^ cn|>itaiiic de Compicngnc, ij*l, pour partie de ^es gngcs âup le passage de Compiègne. w (Bîbl. nat., fr., 5i5n» fol. 64, r« (Extraits du compte d*Ant. Raguicr, 1441, par tJufouniyl)— Sur Charles de Fla\7ii Poîitôisc^ Chronique mArtiiiienHe^ éàU lion Vérard» fol. ccUxxvij (BibL nat., Réscr\^c, G 354)1 Guillaume de Flavy flttctuirge de faire expédier une bastille de bnis. {Monstretet, t, Vî, p* 1 1}.
4. • Et etivi>ya au siège de Pontoi^ deux de ses frères, et bailla l'anilledc du roy, qui a'au&t pa* tnut eu pour vint mil c&cui. Et presto au n»y six mil c*«:ux puur le siège de Dieppe. « (Arch. nat., X** 34, P, J. uxxr)
5. ^'HiCuraiion de G. de Flavy, comme bail de Blanche d'Ovcrbrcuc pour icué en Poitou et Stimongef 11 juin 1437. [Collection de M. de
"6. a Lui in\ vendre de %es terres à Monseigneur l'admiraî et à Blanchefort |toique« à la somme de Kcîte à vingt mil cscu/, h (Arch. nat.« X>« aS, P. J. usât, lxxsviik)
chands *. Blanche prenait probablement part à ces réceptions où le capitaine de Compiègne avait sa place officielle, puisque nous la voyons présider le banquet des confrères Saint-Crépin en 1440*.
Mais il n'y eut jamais rien de commun entre cette frêle et toute jeune fille et le vieux et gros captaine*.
Elle était en effet bien enfant quand Flavy l'épousa et il ne pouvait songer à lui donner l'administration de sa maison. Elle le servait à table*, selon la coutume ancienne, mais elle n'avait la garde ni du boire ni du manger. Un « notable écuyer >, Simon d'Aubigny ^, gouvernait la maison à sa place : il avait les clefs du trésor de Guillaume et la gérance de ses biens. Il était également chargé de réprimander* Blanche sur ses espiègleries et sa gourmandise^. Elle n'avait à sa suite qu'une unique servante, mariée à Jean Le Clerc, « pouvre femme de labour à qui l'on avait baillé atour de damoiselle^ ». Quand Blanche allait à Tofirande à l'église, elle devait demander de l'argent au redoutable garde du trésor®.
1. Peu de registres de comptes municipaux offrent, dans les rubriques A/essageries et Pots de vin des mentions aussi fréquentes de ces passages que ceux de Compiègne. (P. J. lix.)
2. (( Le jour S. Crespin 1440, Mlle, femme de Guillaume de Flavy capitaine de Compiègne, assista à la feste et au festin des confrères de S.* Crespin. f (Bibl. nat., Dom Grenier, t. XX bis, fol. 189, r% P. J. lix.)