DES MALADIES REGNANTES
Milte mali spccies , mille salutis erunt. Ovide , de Arte Amandi, lib. II.
Pour lant de maladies diverses il est aussi divers remèdes.
Une des plus utiles institutions de la médecine moderne est , sans contredit , celle des cours de clinique. On ne devine pas la nature , il faut la prendre sur le fait ; c'est au chevet du lit des malades , en suivant , pour ainsi dire , de l'œil les progrès , la marche , les déviations de la maladie , qu'on acquiert cette expérience des faits , que ne remplacera jamais l'étude des livres , et qui compose , à mon avis , la plus grande partie de la science des médecins : on
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en peut dire autant de la science des moralistes : elle est également le fruit ^e l'expérience et de l'observation; les maladies du cœur de l'homme ne sont ni moins nombreuses , ni moins cachées que celles de son corps , et les médecins des âmes ont le grand désavantage de ne pouvoir obtenir d'aveux de leurs malades. Il faut surprendre à ceux-ci le secret d'un mal qu'ils ont intérêt de cacher , et dont ils n'ont pas l'envie de guérir.
Le plus ancien docteur de cette faculté est Thëophraste ; il n'est pas, comme Hippocrate , le dieu ni même le chef de 9*>ti école ; Montaigne, La Bruyère et Addison en sont les véritables lumières. Le docteur La Bruyère s'csit moins occupé de l'espèce que de<i individus ; il a circonscrit sa pratique dans le cercle borné des maladies du grand monde , dont il tious a laissé un traité complet. Il est très-probable quil a employé le tems qu'il a passé à la cour à toute autre chose qu'à enseigner l'histoire à M. le Duc. Son livre est celui de sa vie entière. On peut, avec plus ou moins de facilité, concevoir et exécuter à tout âge un ouvrage d'esprit , de métaphysique ou d'érudition ; mais les
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Caractères exigeaient, indépendamment du génie, seul capable de les produire , une masse d'observations qui ne pouvaient être que le produit du tems et d'une longue étude des hommes. Aussi La Bruyère commence-t-il son livre en disant : Je rends au public ce ijuil m\i prêté ; le public a reçu cette dette comme un présent.
On pourrait croire que c'est une chose facile que d'observer , quoiqu'il ne s'agit que de regarder et de bien voir ; cependant très-peu d'hommes sont doués de cette faculté : cela ne viendrait-il pas de ce qu'on aime mieux attirer les yeux sur soi que de les fixer sur les autres ? L'amour-propre ne s'arrange pas d'une étude qui appelle sans cesse notre attention hors de nous-mêmes.
De tous les hommes d'esprit que j'ai connus, le marquis de Céderont est celui qui m'a paru réunir à un plus haut degré les qualités dont se compose le talent du moraliste observateur. Je l'avais connu en Provence dans ma jeunesse , et je l'ai rencontré la semaine dernière à Paris.
Cet homme pénètre tout ce qu'il regarde ; il interroge votre pensée , il répond à votre silence. Aucun vide , aucun défaut , aucun ridicule n'é-
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chappe à sa pénëtralion ; mais son coup-d'œil a cela de malneurenx et de particulier , qu'il ne se porte jamais que sur le mauvais côté de l'objet qu'il envisage : c'est cependant un excellent homme. Je-le trouvai , il ya plusieurs jours, dans l'antichambre d'un ministre ; assis tout seul dans un coin , il roulait en clignotant ses petits yeux ronds autour de lui , et pinçait de tems en tems ses lèvres minces , de manière à donner à sa figure une expression d'ironie et de malignité qui me le fit aussitôt reconnaître. Je courus à lui , et, après les premiers coraplimens, je m'informai du motif qui l'amenait dans des lieux pour lesquels je lui avais toujours connu beaucoup de répugnance : « Je suis médecin , me dit-il ; vous ne devez pas vous étonner de me trouver dans un hôpital. » Comme il vit que je n'entendais pas, il continua : <• Vous savez que depuis vingt ans je m'occupe d'un traité des maladies morales qui affligent l'espèce humaine , particulièrement en France : j'en suis au chapitre des maladies régnantes , et je viens au foyer pour les observer mieux. Je me suis fait solliciteur, afin de me donner une contenance , et j'ai d'abord demandé la croix de Saint-Louis ,
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comme tout le monde ; j'espérais bien que cela traînerait quelque tems , car je n'ai que des droits ; je réclame aussi une pension de retraite , et comme je laisse passer les plus pressés , je suis bien sûr d'avoir achevé mon travail avant d'avoir obtenu ma pension. »
Nous sortîmes ensemble après l'audience : le marquis me communiqua ses notes sur les maladies régnantes , et me permit d'en extraire quelques-unes au profit de mes lecteurs :
Fragmens d'un ouvrage inédit^ iniilulé : « Pathologie morale. Obsen^aiious pour l'année 18 14- Troisième trimestre . » — Tems superbe, quoiqu'un peu lourd; atmosphère chargée de vapeurs électriques qui se consument en éclairs. Vents du nord. Le thermomètre variant de plusieurs degrés dans un jour d'un quartier de la ville à l'autre. » Invasion de plusieurs maladies nouvelles , dont quelques-unes ont offert des diagnostiques d'un caractère tout particulier.
» Un grand personnage , d'une constitution très-faible , après avoir été affecté pendant dix ans d'une paralysie sur la langue , avait toutà-coup recouvré la parole comme par un miracle r on remarquait bien encore un grand embarras
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dans Torgane de la voix , mais on espérait quil se dissiperait à force d'exercice; malheureusement le malade vient d'être atteint d'un mal étranger , connu sous le nom de croup ministériel , qui rend son état actuel pire que celui dont le Ciell'avait tiré.
» La fièvre pamphlétaire ^ qui s'est propagée depuis quelques mois avec une incroyable rapidité , semblait devoir céder aux remèdes lénitifs indiqués par un médecin habile. * La Faculté en corps a décidé qu'il fallait couper cette fièvre au premier accès ; je ne répondrais pas qu'il n'en résultât de graves accidens.
» Beaucoup de gens , pour avoir passé trop brusquement dune température à une autre , sont attaqués dune espèce de fluxion qu'on appelle arrogance , et qui se manifeste par la position élevée de la tête et des épaules , par la roideur du col et de l'épine dorsale , qui ne s'inclinent qu'avec une peine extrême ; le malade éprouve une convulsion habituelle de la lèvre supérieure , qui donne à sa physionomie l'expression de l'insolence et du dédain : cette ma-
* RappoH sur la fièpre pamphlétaire.
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ladie se termine ordinairement par un saignement de nez.
» La première quinzaine d'avril a été remarquable par la guérison d'un grand nombre de convulsionnaires , parmi lesquels on compte des épileptiques , dont le premier accès date de la prise de la Bastille. On assure que cette cure merveilleuse s'opère par la vertu anti-spasmodique d'une plante de la famille des liliacées.
» L'organe de la mémoire a été lésé chez certainespersonnes d'une manière bien étrange ; elles ont complètement oublié leur pays , dont elles ne veulent reconnaître ni les mœurs, ni les goûts , ni les usages ; elles font tout venir d'Angleterre , jusqu'à leurs enfans.
» Depuis une vingtaine d'années , les grandes commotions avaient prodigieusement multiplié en France les maladies du cerveau ; la manie , la démence , la frénésie , ont eu chacune leur époque ; la tendance est maintenant vers l'imbécillité ; j'ai traité plusieurs sujets arrivés à ce période , et j'en ai guéri quelques-uns à force de cordiaux. Chez la plupart , le mal est incurable , parce qu'il est aggravé par les charlatans qui le traitent.
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» Beaucoup de vieillards ont été pris au printems d'une fièvre juvénile , d'un caractère tout parliculier. Pendant l'accès , ils oublient leur âge , affectent les airs et les goûts de la jeunesse. Cette fièvre est épidémique ; mais les femmes se sont préservées de la contagion.
»> J'ai été appelé en consultation dans une maison particulière , où se réunissent des hommes atteints d'une mélancolie dont les effets sont assez remarquables : ces messieurs ont , comme Perrin-Dandin , la fureur de juger ; la cause dont ils s'occupent a pour objet un pupille qui s'est émancipé , et qu'ils voudraient remettre en tutelle. J'avais prescrit des remèdes tendans à rétablir l'équilibre dans les humeurs ; ils ont protesté contre mon ordonnance.
j> Parmi les maladies régnantes , il en est une dont les symptômes et le caractère sont si variables , qu'on ne lui a pas encore donné de nom : ceux qu'elle afflige ont la démarche incertaine , le regard équivoque ; ce qu'ils demandent est rarement ce qu'ils veulent ; ce qu'ils expriment est rarement ce qu'ils sentent; ils marchent vers un but et en désignent un autre ;
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confondant sans cesse le rnal qu'ils éprouvent avee celui qu'ils craignent , ils altèrent leur santé par des remèdes , au lieu de la rétablir par le régime.
M En général , la santé des femmes a moins souffert que celle des hommes. Les palpitations et les maux de nerfs , qui ont repris leur ancien nom de sapeurs ^ sont toujours les indispositions à la mode ; quelques femmes ont éprouvé des vertiges , dont l'effet le plus commun a été d'éveiller et de réveiller chez elles des idées mystiques , dont leurs maris auront seuls à souffrir.
» Une maladie presque universelle , et qui a tous les caractères d'une véritable épidémie , c'est* la fièvre de l'ambition : chaque jour la contagion fait de nouveaux progrès, et s'élend de proche en proche à toutes les classes de la société : celte fièvre , chez certains individus , a des redoublemens accompagnés de délire ; les malades , pendant la crise , ne rêvent qu'armoiries , rubans , croix et cordons : pour peu qu'on les perde de vue , ils s'échappent , et vont courir les antichambres , en demandant des places , des honneurs , des dignités : celuici fait valoir les services que %(ts pères ont
rendus ; celui-là , les services qu'il aurait pu rendre ; l'un veut qu'on lui tienne compte du mal qu'il a fait à bonnes intentions; l'autre conclut , de ce qu'il n"a jamais rien été , qu'il a des droits incontestables à être qnehjue cbose. L'intrigue, la flatterie, la bassesse , caractérisent les difTérens paroxisraes de cette maladie , qui acquiert un tel degré d'intensité chez quelques individus , qu'on les prendrait pour de vrais démoniaques ; on ne délivre pas ces possédés , mais on s'en délivre à la cour avec de l'eau bénite , dont il s'y fait depuis quelques mois une grande consommation. »
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N° XVI. — 27 août 18 14.
Pracipuum jam inde a teneris impende laborem, ViRC, Georg.y Hb. III.
Sur-taut veillez sur eus dès leur plus tendre enfaoc<r-
T^imis uncis ,
Narièus indulges. . . .
Pkrse, &at. 2.
C'est aussi pousser le jeu trop loin.
» Monsieur, quelqu'un vous demande. — Que me veut-on ? Vous savez que je ne reçois personne avant trois heures. — Cette demoiselle dit qu'il faut absolument qu'elle vous parle. — Ah , c'est une demoiselle ! — Oui , Monsieur , nue jolie petite femme -de-chambre qui ne veut parler qu'à vous, et qui s'est informée si Madame n'était pas là. — Diable ! faites entrer. »
« Ma maîtresse m'a chargée de remettre ce
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billet à 31. Guillaume , à lui seul. — C'est moi, JMademoiselle ; donnez.
Le billet était conçu en ces termes :
« Quelqu'un que vous ne connaissez pas , )> Monsieur , et qui n'en a pas moins pour vous » le plus tendre attachement, a besoin devons i> voir aujourd'hui même , et de vous confier w un secret et un dépôt d'où dépend le bonheur jt> de sa vie. »
<f Cette lettre n'est pas signée ; de qui estelle ? — D'une dame que je sers depuis très-peu de tems , et que je ne connais encore que sous le nom de Juliette. — Elle est jeune? — Je ne crois pas qu'elle ait dix-huit ans. — Et jolie ? — Une figure , une grâce angéliques. — Estelle mariée ? — Je le présume. — Mais que veut-elle de moi ? — Je l'ignore. — Laissezmoi son adresse , et dites , ma belle enfant , que je me rendrai , entre sept et huit heures du soir , au rendez-vous qu'on m'assigne. "
Resté seul , je me mis à réfléchir sur une aventure qui me parut d'abord un peu trop gaie pour mon caractère et pour mon âge : cependant , en me rappelant l'air modeste de la femme-de-chambre , en examinant la forme et
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récriture distinguées du billet , j'en vins à des conjectures plus honorables pour la personne qui l'avait écrit , et , s'il faut tout dire , plus flatteuses pour mon amour-propre. Je n'osais pas m'avouer hautement l'espoir un peu ridicule qui me passait par la tête ; mais je m'habillai avec plus de recherche qu'à l'ordinaire , et , en arrangeant mes cheveux , je faisais disparaître tous ceux dont la couleur argentée pouvait dénoncer mes quarante- cinq ans révolus. Je sortis sans en prévenir ma femme , et je m'acheminai , en fiacre , par la grande allée des Champslilysées, vers la grande rue de Chaillot. Je reconnus la maison qui m'était indiquée , et j'entrai mystérieusement , comme le portaient mes instructions , par la petite porte verte du jardin. La femme-de-chambre , qui m'y attendait , me conduisit, en passant sous une treille à l'italienne , dans un pavillon isolé du corpsde-logis principal ; elle me pria d'attendre un moment dans un salle basse, et me quitta pour aller prévenir sa maîtresse de mon arrivée.
La fatuité n'a jamais été mon défaut , même dans l'âge des illusions qui l'excusent; cependant , comment douter d'une bonne fortune si
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clairement annoncée ? Je n'en doutais plus , et tous les efforts de ma raison ne tendaient qu'à prémunir mon coeur contre les séductions auxquelles je me voyais déjà exposé.
La jeune messagère revint ; nous montâmes ensemble un petit escalier recouvert en tapis de iBoquette, et , après avoir traversé une antichambre et un salon plus proprement que richement meublés , je fus introduit dans une chambre à coucher qu'éclairait faiblement une lampe de nuit.
Au moment oh j'entrai , une grosse femme, qui tenait à la main une jatte d'argent , sortit avec la femme-de-chambre , et je restai dans une situation singulière que j'éprouverais quel- -qu'embarras de décrire. J'étais debout contre la -cheminée , essayant de distinguer les objets , lorsqu'une petite voix d'une douceur extrême , qui partait du fond d'une alcôve , m'adressa timidement ces mots :
« Vous devez trouver bien étonnant, Monsieur ,que , n'ayant pas l'honneur d'être connue de AOiis , j'aie pris la liberté de vous inviter à passerchez moi .'' — — Madame ( répondis-je avec ^îmotiàn , en m'approchant du lit et en dé-
couvrant une figure charmante dont la pâleur rendait encore les traits plus touchans ) , une pareille invitation , quelqu 'imprévue qu'elle soit, est faite pour causer plus de plaisir que de sur- ! prise. — Je vais augmenter beaucoup la vôtre en m'expliquant sur le service que j'ose réclamer de vos bontés et de votre indulgence. — Ah ! parlez ^ Madame , ou permettez-moi de deviner , dans un pareil aveu , ce qui pourrait embarrasser votre modestie. — Je suis étrangère dans cette ville : l'événement qui m'y a conduite , et qui m'y retient , m'a déjà coûté bien des larmes ; il doit faire ma destinée , et vous en êtes l'arbitre. — Que puis-je faire pour vous , ma belle enfant ? ( repris-je avec vivacité, et en m'emparant d'une petite main bien blanche que l'on m'abandonnait , et qui tremblait en serrant doucement la mienne ). — Sans exiger , en ce moment , une confidence que je ne me sens ni la force ni le courage de vous faire dans l'état oii je suis , promettez-moi ( il y va de ce que j'ai de plus cher au monde ) de ne point me refuser la grâce que je voudrais pouvoir vous demander à genoux. — Je vous le promets. — Ainsi, vous consentez à rete-
voir un dépôt sacré pour mon cœur, qui doit rêtre aussi pour le vôtre, et que je vais remettre entre vos mains ? » Ces derniers mots , le ton dont ils étaient prononcés, les larmes qui les accompagnaient , dérangeaient toutes mes idées, et je n'imaginais plus quel service on pouvait attendre de moi. Je n'en réitérai pas moins la promesse par laquelle je m'étais engagé. Dans ce moment , la jeune dame tira deux fois le cordon de sa sonnette , prit ma main, qu'elle baisa, et sur laquelle je sentis couler ses pleurs, et me dit, en sanglotant: « Vous connaîtrez , en montant dans votre voiture, la nature de l'engagement que vous venez de contracter avec moi; mais c'est d'un autre que vous apprendrez à quel titre j'ai pris la liberté d'avoir recours à vous. »
Je sortis, après avoir embrassé la jolie malade, et, sans rien concevoir à tout ce que je venais de voir et d'entendre , je regagnai ma voiture par le même chemin que j'avais pris en arrivant; et, comme j'y montais, la grosse femme que j'avais aperçue en entrant dans la chambre à coucher, me mit une espèce de corbeille sur les genoux, et ferma aussitôt la por-
tière , en me disant : « Sur- tout , Monsieur, ayez-en bien soin ; elle est jolie comme un ange. »
Le cocher part : il faisait nuit, et j'avais placé sur la banquette devant moi la corbeille mystérieuse, couverte d'un voile de taffetas. Je cherchais à deviner ce qu'elle pouvait contenir, lorsqu'à mon extrême surprise mon oreille est frappée du cri d'un enfant. J'hésite un moment pour savoir le parti que je prendrais : continuerai-je ma route i' retournerai-je sur mes pas? Je me figure, d'un côté, la honte et le chagrin de la petite dame ; de l'autre, la scène qui m'attend chez moi : mais enfin j'avais promis solennellement, je ne me croyais plus le maître de reculer; et, tout en réfléchissant sur la bizarrerie de cette aventure , tout en riant d'assez mauvaise grâce de ma dernière bonne fortune , j'arrivai au logis.
J'allai droit à l'appartement de ma femme; elle était seule : « Voici, ma chère, lui dis-je, en lui présentant la barcelonneiie couverte , un présent que je vous apporte. — Que signifie cette mauvaise plaisanterie? me répondit-elle. — J.a plaisanterie est meilleure que vous ne
LE BUREAU DES NOURRICES. lyf) croyez ( continuai-je en levant le petit rideau de taffetas vert , et exposant aux yeux de M-"^ Guillaume la jolie petite créature que le berceau contenait). »
Tout ce que la tête d'une femme peut renfermer de sentimens violens se peignit à-la-fois dans les yeux de la mienne : « Un enfant ! s'écria-t-elle ; un enfant chez moi ! dans ma maison ! A qui appartient-il ? Parlerez-vous , Monsieur.? » Je vis, au regard qu'elle me lança, qu'il n'y avait pas de tems à perdre pour lui raconter de point en point mon aventure, qu'elle écoutait sans avoir l'air d'y ajouter foi , et sans détourner les yeux de dessus l'enfant, qu'elle avait placé sur un sopha. « Prétendez- vous , reprit-elle, lorsque j'eus fini de parler, que j'ajoute foi à ce roman de nouvelle fabrique ?'et ne pouviez-vous trouver une fable qui s'accordât mieux avec l'impertinente ressemblance que cette petite fille apporte au monde.?— Comment, 3Iadame, vous croiriez ? Croire!
non. Monsieur, je suis sûre. A moins d'être aveugle , comment ne pas être frappée ?. . . C'est une honte , une indignité , vous dis-je » ( et elle se mit à pleurer en s'asseyant près du berceau ).
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« Ma chère amie ! lui dis-je du ton le plus solennel que je pus trouver , je vous proteste que vos soupçons n'ont pas le plus léger fondement , et si vous voulez prendre la peine de réfléchir un peu et de m'écouter un moment, vous rougirez bientôt de les avoir conçus. » Quelques mots d'explication , la vue du billet que la jeune dame m'avait écrit le matin , et que je communiquai à M""^ Guillaume , calmèrent ses inquiétudes sans les détruire. Pendant ce débat conjugal, l'enfant se mit à crier : rien, en toute autre circonstance , ne m'eût paru si plaisant que de voir ma femme se livrer tour-à-tour , ou même tout à-la-fois , aux sentimens opposés qui bouleversaient sa tête et son cœur; passer d'un accès de colère à un élan de sensibilité; bercer l'enfant sur ses genoux, le regarder avec tendresse, et me lancer des regards furieux; lui adresser des mots pleins de douceur , et à moi des reproches pleins de dépit et d'amertume.
Pour terminer cette querelle, je pris un parti qui pouvait seul me justifier à ses yeux, et lever tous ses doutes : je lui proposai de ra'accompagncr le lendemain à Chaillot , et de s'assurer par elle-niême de la vérité des faits, dont elle
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s'obstinait à douter encore. Celte preuve de confiance fit une révolution subite dans ses idées, et , dès ce moment , M'"* Guillaume ne s'occupa plus que de la petite créature qui nous avait été confiée ; elle la prenait dans ses bras , l'embrassait comme une mère, et ne pouvait se lasser d'admirer la grâce, la délicatesse de ses traits et le charme de son premier sourire.
« Et vite ! et vite ! 31. Guillaume, sonnez ma femme-de-chambre , et prenez garde que ma fille n'entre ici ! car vous sentez bien — Suzanne , prenez cette enfant , portez-la dans
votre chambre Vous voilà bien surprise ; je
ne le suis pas moins que vous — îS^'est-elle pas jolie comme l'Amour ? Je vais la monter moimême ; courez chercher du lait , du miel ; cela suffira pour la nuit : demain, nous aurons une nourrice ; j'irai moi-même au bureau pour la choisir. Il n'y a rien de tel que le lait d'une mère ; j'en sais quelque chose ; car Dieu merci , j'ai nourri tous mes enfans : c'est un devoir ; mais on n'est pas toujours maîtresse de le remplir. » Tout en parlant, M™^ Guillaume, qui avait pris l'enfant dans ses bras, le transportait chez sa femme-de-chambre , et moi, j'admirais
igS LE EUKEAU DES NOURRICES.
la mobilité des senlimens d'une femme , en voyant la mienne passer , en quelques minutes , de rhumeur à la colère , de la colère au mépris , du mépris à Tindignation , à l'attendrissement , à la pitié, et, finalement, de la pitié à la tendresse la plus vive.
En Turquie , après la mort d'un père de famille , on lève trois pour cent dans tous les biens du défunt, et l'on fait sept lots du reste : deux pour la veuve , trois pour les enfans mâles , et deux pour les filles ; mais si la veuve a allaité ses enfans , elle a de plus le tiers des cinq derniers lots. Cette loi d'un pays qui passe pour n'en point avoir serait très - bonne à adopter chez certains peuples où les lois abondent et iicîent , quoi qu'en dise le proverbe.
L'usage où étaient les mères , de quelque condition qu'elles pusseut être, d'allaiter leurs enfans , a duré très-long-tems en France ; les reines elles-mêmes ne croyaient pas alors que leur rang les dispensât de remplir un devoir que la nature prescrit , et qu'elle récompense par de si doux plaisirs.
Vers la fin du seizième siècle , les femmes de la cour commencèrent à s'en dispenser , et le
funeste exemple qu'elles donnèrent ne tarda pas à être généralement suivi.
Le livre à.' Emile fit , à cet égard , une heureuse révolution dans les mœurs , et l'éloquence de Rousseau réveilla dans le cœur des mères un sentiment, ou plutôt un besoin trop longlems assoupi : on ne fit pas attention que l'accomplissement de ce devoir suppose l'exercice de plusieurs autres, et plus d'une femme , en prenant l'engagement de nourrir, sans rien changer à la vie dissipée dont elle avait pris l'habitude , en négligeant les précautions qu'exigeait son nouvel état , eut à se repentir d'avoir trop inconsidérément cédé au vœu de la nature et aux conseils de son éloquent interprète.
iJans l'état actuel de la société , toutes les femmes ne sont point appelées au bonheur de nourrir leurs enfans; la vie trop mondaine ou trop laborieuse à laquelle les unes sont condamnées , la faiblesse de la constitution d'un grand nombre , leur interdisent cette douce prérogative de la maternité. Je sais que cette raison n'en est pas une aux yeux de ces hommes absolus qui réduisent tout en système , et qui
ne veulent point d'exception à la règle générale qu'ils ont une fois posée ; mais tous les paradoxes du monde , sous quelque forme brillante qu'ils soient présentés , ne me feront jamais entendre que le lait d'une mère débile , d'une santé trop délicate , ou détruite par quelque cause que ce puisse être , soit jamais préféra-' ble pour son enfant à celui d'une femme étrangère, jeune , saine et bien portante.
Ma femme , qui ne raisonne jamais qu'avec son cœur , et qui croit penser juste quand elle sent vivement , n'était guère moins exclusive dans son opinion : « Il est dans la nature de nourrir ses enfans ! >> répétait - elle sans cesse ; et, sans vouloir entendre que tout ce qui est dans la nature n'est pas toujours dans la société , sans prendre garde que mes objections ne portaient pas sur le principe , mais sur les conséquences forcées qu'on voulait en déduire , elle insistait ( pour me convaincre de tout ce dont je convenais avec elle ) sur les inconvéniens sans nombre résultant de l'envoi des enfans en nourrice.
« Voyez ( continuait -elle en achevant de s'habiller pour sortir avec moi , tandis que je
jetais sur le papier les premières lignes de cet article) ; voyez , jMonsieur, le beau fruit de vos institutions sociales ! A peine un enfant est-il venu au monde , qu'il est remis aux mains d'une étrangère qui lui vend le lait maternel , comme une laitière , à tant la pinte ; les premiers mots qu'il bégaie , les premières caresses qu'il prodigue , sont pour une autre que celle qui lui donna le jour , et son premier attachement est pour une famille à laquelle il n'appartient pas; rentré dans la sienne , la première leçon qu'il reçoit est une leçon d'ingratitude : tous les soins de ceux qui l'entourent ont pour but de lui faire oublier cette nourrice qui lui a tenu lieu de mère , ce père adoptif qui le caressait au retour du travail , ces frères de lait qui jouaient autour de son berceau ; et ce n'est qu'à force de tems et de travail que l'éducation parvient à déraciner de si douces affections , à les transplanter sur le sol paternel , et , si j'ose ra'exprimer ainsi , à greffer dans son cœur l'amour filial. »
M™^ Guillaume ne s'arrête pas volontiers , quand elle parle de ce qui l'intéresse ; et , comme l'expression de ses scntimens réveillait
des pensées dont j'avais besoin d'occuper mon esprit , je l'écoutai sans linterrompre jusqu'au moment où nous arrivâmes au Bureau des Nourrices.
Cette belle institution est un des derniers bienfaits du plus long et du plus beau règne dont s'honorent nos annales : ce fut en lyiS que Louis XIV, pour arrêter les abus et les désordres dont l'afiluence des nourrices dans la capitale était devenue la source , rendit l'ordonnance qui portait création de cet établissement , sous le nom de Bureaux des nourrices et de la Recommanderesse . Ces bureaux , séparés autrefois , sont maintenant réunis dans un même hôtel de la rue Sainte-Apolline. En entrant dans la cour , nous fûmes aussitôt entourés par une troupe de femmes d'habits et de patois difTérens , qui vinrent nous offrir leurs services : M™^ Guillaume , plus au fait que moi des usages et des personnes , ne s'arrêta pas long-teras à les écouter : « Ces nourrices , me dit - elle , sont du nombre de celles qui spéculent trop long-tems sur leur ancienne fécondité : presque toutes sont dans un âge oii elles n'ont plus guère d'autre moyen de renouveler leur lait
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qu'en renouvelant leurs nourrissons : ce n'est pas là ce qu'il nous faut. »
Nous entraînes dans la salle dite des Locations ^ où se rassemblent, pour l'ordinaire, les plus jeunes nourrices , parmi lesquelles un cinquième , pour le moins , ne sont ni veuves ni mariées. Si Ion voulait en conclure que les mœurs sont moins pures en France que dans tel ou tel autre pays de l'Europe , je répondrais par ce fait, que je puis appuyer de preuves administratives ; c'est que l'ancien déparlement du Léman , si voisin de la Suisse ( de ce pays si renommé par l'innocence de ses mœurs patriarchales ) , compte annuellement dans ses charges , et toutes proportions gardées , un plus grand nombre d'enfans abandonnés que cette ville de Paris, sentine de vices et de corruption.
On a tant parlé et tant souffert des maux que la révolution a produits , qu'on a de la peine à convenir qu'il en soit résulté quelque bien. Il est certain , cependant , qu'à aucune autre époque les crimes d'infanticide et d'abandon des ehfans n'ont été moins communs. La révolution , en relâchant les principes de la léglsia-
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tion et de la morale , a rendu les rapports entre les différentes classes plus directs , les relations plus nombreuses, et les mariages plus faciles. Les filles -mères ont gagné en humanité ce qu'elles ont perdu en pudeur , et la pensée d'un crime n'a plus cherché d'excuse dans la crainte de la honte. S'il est vrai, comme le dit Beccaria, que l'infanticide devienne plus commun chez un peuple à mesure que les lois et les mœurs deviennent plus sévères , nous avons du moins un motif de nous applaudir de l'indulgence des nôtres.
L'établissement de la rue Sainte-Apolline a pour objet : i° d'offrir un point de ralliement, un lieu de réunion aux nourrices qui affluent dans la capitale ; 2° de donner une garantie aux parens forcés de leur confier leurs enfans , la plupart du tems, sans les connaître; 3° d'assurer aux nourrices le prix de leurs soins et le recouvrement de leurs deniers. Indépendamment de la salle publique des locations, cette maison contient plusieurs dortoirs , où chaque lit de nourrice est placé entre deux berceaux , dont l'un est destiné à son enfant , et l'autre au nourrisson qu'elle emmène.
Je n'entrerai pas dans de plus longs détails sur l'administration intérieure de ce bureau , où. Ion admire à chaque pas cet esprit d'ordre , cet amour du bien , ce respect pour l'humanité que l'onremarque aujourd'hui dans tous les étabiissemens publics dirigés par l'honorable commission des hospices. Je reviens dans la salle des Locations , que nous parcourons , M""* Guillaume et moi , chacun de notre côté. Quand il s'agit de choisir entre des femmes, à quelque usage qu'on les destine , Jeunesse et grâce , comme dit Voltaire , ont toujours l'avantage. ]\Ies regards s'arrêtèrent d'abord sur une petite villageoise de dix-huit ans tout au plus ; son air triste , sa figure aimable , et lextrême propreté d'un vêtement plus que modeste parlaient en sa faveur.
" D'oiî êtes-vous, mon enfant? — D'un village à quatre lieues d'Auxerre. — Vous cherchez un nourrisson ? — Oui, Monsieur , un nourrisson à domicile. Etes-vous à Paris depuis quelque tems ? — ( Avec un peu dhésitation et en tortillant les pointes de son fichu : ) Je sors de la Maternité , où j'ai fait mes couches. ■ — Et vous y avez laissé votre enfant.? (Avec
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vivacité. ) — Neiini , Monsieur; s'il n'était pas mort , je ne chercherais pas à en nourrir un autre. — Etes-vous mariée ? — ( Avec un soupir et en baissant les yeux. ) Je devrais rèfre. ( Elle pleure. ) — Vous avez , sans doute , des répondans ? — Je ne connais personne ici. — Mais dans votre pays i — Je ne veux plus y connaître personne. — Votre nom ? — Annette. — Et votre famille ? — Vous n'avez pas besoin de la connaître pour me confier un enfant ; je l'aimerai , je vous assure : il faut bien que j'aime quelqu'un : voici les certificats de bonne santé des médecins de l'hospice. » Je donnai mon adresse à cette jeune fille , et je l'aurais arrêtée dès le moment même , si M™* Guillaume , qui m'avait rejoint , et qui avait entendu la fin de notre colloque , ne m'eût pris à part , pour me faire de graves objections sur mon choix ; j'y répondis de manière à l'intéresser au sort de cette pauvre fille , et en lui faisant observer qu'après tout la nourrice et le nourrisson n'auraient point de reproches à se faire : d'ailleurs , nous n'étions pas engagés , et nous pouvions continuer nos recherches .
rendant que nous causions dans un coin de la salle, une grosse Picarde d'une trentaine d'années , forte en voix , haute en couleur , nous aborda et vint offrir ses services à ma femme de Tair du monde le plus délibéré , et répondant d'avance à toutes les questions que nous aurions pu lui faire. « 3Iadame chercbe une nourrice , et moi je cberche un nourrisson; nous pouvons faire affaire ensemble : un lait de six mois, ni plus ni moins ; je viens de rendre l'enfant de iM"* Bertrand , boulangère dans la rue Beaubourg : informez - vous de moi chez elle , au bureau , à tous les meneurs , partout où vous voudrez. Il n'y a pas un habitant , à dix lieues aux environs d'Amiens, qui ne connaisse Thérèse Gaillochot; mon mari est vigneron à Hubecourt; j'ai six enfans , tous plus beaux l'un que l'autre ; vous voyez mon dernier : il est gros et gras , j'espère ! c'est quil ne chôme pas avec moi ; j'en nourrirais trois à mon aise. Votre enfant sera mieux chez moi que chez vous ; ma petite Gabrielle est un vrai trésor pour un nourrisson; c'est mon aînée ; elle n'a pas treize ans , vous lui en donneriez dix-huit. » Celte bonne femme parlerait , je crois , encore .
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si M'"'' Guillaume n'eût trouvé le tems , entre deux respirations , de lui dire que c'était une nourrice à domicile que nous venions chercher. Celle à qui nous nous adressâmes ensuite était une jolie paysanne de Meriel ; elle nous apprit « qu'elle s'était décidée à faire une nourriture , parce qu'elle ne gagnait pas assez à filer du coton ; son mari , ancien caporal du 88* de ligne , était revenu de la guerre d'Espagne avec un œil de moins , et donnait des leçons de pointe et d'espadon à toute la jeunesse du pays , au prix de cinq sous le cachet. Elle nous fit remarquer que nous aurions, avec elle, l'avantage de voir notre enfant aussi souvent qu'il nous plairait , au moyen de petites voitures qui vont et viennent sans cesse de Paris à Meriel. » La condition de nourrir sur place ne pouvait lui convenir : nous continuâmes nos recherches.
Pendant que ma femme, après avoir passé en revue plusieurs autres nourrices , s'entretenait avec la petite Annette , qui s'était approchée d'elle , j'avais lié conversation avec un des employés de cette maison , qui me donna connaissance des réglemens et des ordonnances royales
sur lesquels cette institution est fondée. Je remarquai avec étonnement que l'esprit de sagesse et de prévoyance qui les^ a dictés n'a pris aucune précaution contre un genre de délit dont il existe plusieurs exemples, et qui se renouvelle peut-être beaucoup plus souvent qu'on ne croit : je veux parler de la suppression d'état résultant du changement des enfans en nourrice. Combien d'anecdotes je pourrais citer ( indépendamment de celle qui a fourni le sujet de l'opéra de Lucile) , où l'on trouverait la preuve que ces échanges sont d'autant plus à craindre qu'ils sont plus faciles à exécuter !
Je ne fus point surpris , en rejoignant M""* Guillaume , d'apprendre qu'elle avait décidément arrêté la petite Annetle , que nous emmenâmes avec nous , en riant de l'aventure romanesque qui nous mettait dans le cas de donner une nourrice que nous ne connaissons guère , à un enfant que nous ne connaissions pas.
Après avoir donné à celui-ci ses premiers et ses plus tendres soins , M™^ Guillaume me fit souvenir que je lui avais promis de lui faire connaître la mère , et nous nous rendîmes en-
2ro LE BUREAU DES NOURRICES, semble à la petite maison de Chaillot : la jeune dame était partie le matin même pour la Rochelle ; mais on nous remit de sa part une petite Loite , oii nous trouvâmes des lettres , des cheveux et un portrait dont la seule inspection nous révéla un mystère de famille dans la confidence duquel je crois pouvoir me dispenser de mettre mes lecteurs.
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K° XVII. — \o septembre i8i4-
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