LES PROPOS DE TABLE. 1G
teur de ma femme , et retiré au fond d'une petite terre en Languedoc , d'où il sortait pour la première fois depuis vingt ans , rapportant à Paris , avec le costume , les manières et les idées de 98 . Je l'invitai à souper avec nous ; et, sans trop de façon , il prit place entre Dubuisson et Fréminville.
La séance s'ouvrit par une invitation (dont
l'inutilité ne lasse point ma femme ) d'écarter
toute espèce de discussion politique : on le
promit ; nous allons voir comme on tint parole.
Il faut convenir que les villes jouissent d'un beau privilège, celui de rajeunir en vieillissant. Je ne reconnais plus Paris ; des rues , des places, des monumens, des quais nouveaux! C'est le triomphe des architectes.
CLÉNORD.
Jamais les arts, en France , n'ont brillé d'un pareil éclat.
Tant pis. Rome libre était de chaume ; Rome esclave était de marbre : les Fabricius ne logeaient point dans des palais.
i70 LES PROPOS DE TABLE.
DUBUISSON
IN
Vous conviendrez que le bon tems n'a pas
été , pour nous , celui des Fabricius.
Il vous faut des Césars. Quoi qu'il en soit , n'avez-vous pas honte de transformer en marché le local célèbre des Jacobins ?
CLÉISORD,
C'est une halle d'une autre espèce,
Votre rue de Rivoli est percée sur le terrain qu'occupait la Convention nationale.
CLÉNORD.
Il ne fallait rien moins que le souvenir d'une grande victoire pour faire oublier de grandes folies.
Que sont devenus les sections, les comités, les clubs, tous ces monumens de la souveraineté nationale ?
DUBUISSON
Cette souveraineté -là n a jamais été plus