LES PROPOS DE TABLE. 17I
méconnue , ou moins respectée , que par les jacobins ; j'en appelle à votre bonne foi , M . C —
CLÉNORD.
Je soutiens que les royalistes purs allaient plus directement au même but.
FRÉMINVILLE
Qu'entendez-vous par royalistes purs, M. de Clénord ? car l'esprit de parti commence toujours par dénaturer les mots.
CLÉNORD.
J'entends , Monsieur , ces petits seigneurs de paroisse qui prétendaient avoir encore des vassaux, et les gouverner d'après le code féodal du i3^ siècle.
FRÉMINVILLE
Ce code-là en valait bien un autre , et je n'aî pas entendu dire que le peuple s'en trouvât plus mal.
DUBUISSON
Si vous appelez peuple , le clergé , la noblesse et les vilains anoblis.
FRÉMINVILLE
C'est le beau peuple , du moins.
l'jl LES PROPOS DE TABLE.
DUTERRIE^.
Oui, mais ce n'est pas le bon. Le bon peuple, n'en déplaise à M. de Fréminville , est celui qui nourrit, qui défend, qui soutient l'Etat de son bras et de son industrie ; qui paie le quart du produit de son domaine ou de son travail , pour que les gens , qui , comme vous et moi , n'ont de revenus que ceux des places qu'ils ne remplissent pas toujours , et des charges qu'ils occupent , puissent courir en cabriolet dans les rues de Paris , et faire insérer leur nom tous les ans dans VAlmanach impérial.
Nous ne voulions pas de ces gens-là dans notre république , et nous donnions le précepte et l'exemple d'un noble désintéressement. J'ai administré pendant trois ans les revenus de la république , et je me suis retiré avec un millier d'écus de rente : citez-moi un surintendant de so^ rois dont on en puisse dire autant !
CLÉNORD.
Aussi ne battaient-ils pas monnaie sur la place publique.