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messe du Saint-Esprit; après quoi, Raoul de Perreau , maître-d'hôtel , fit placer chacun selon son rang. Les tribunes étaient occupées par tout ce que Paris renfermait de gens de distinction ; dans celle qui faisait face au trône de la reine , on remarquait le satirique Jean Mehun , qui faisait son profit , pour son roman de la Rose , jgr
Philippe , s'étant levé , prononça ces mots : f Seigneurs français , et vous gens de Vétat » populaire^ * vous ai fait assembler pour ouïr » ce qu'est bon que faisiez pour le bien de ma » personne et les libertés du royaume. » Le chancelier Pierre Flotte ayant ensuite pris les ordres du Roi , prononça un discours sur la situation de la France , dans lequel il s'éleva fortement contre les entreprises du pape Boniface VII , qu'il qualifia des noms les plus irrévérens ; il fit sentir ensuite la nécessité de continuer la guerre en Flandre , et finit par réclamer , au nom du Roi , des secours en hommes
* L'habit court, spécialement affecte' aux gens du peuple et aux paysans.
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et en argent pour fournir aux dépenses de la guerre et aux besoins de l'Etat. » Le roi demanda gue chaque corps déclarât lui - même sa résolution par forme de conseil.
Les comtes Gui de Saint-Pol , Jean de Dreux et Guillaume Duplessis, seigneur de Yezenobre, se portèrent accusateurs du pape, et protestèrent ainsi que le roi contre les bulles fulminées par Boniface. Le résultat de cette protestation publique fut de faire partir immédiatement Nogaret pour l'Italie , avec l'ordre de s'emparer du pape , qui s'était retiré dans la ville d'Anagnia ; cette entreprise hardie fut exécutée quelque tems après, avec l'assistance de Sciarra- Colonne, ennemi particulier de Boniface.
Cette assemblée, dont on fait grand bruit dans l'histoire , fut dissoute sans avoir rien produit. La noblesse y protesta de son dévouement au roi, sans en donner aucune preuve ; le clergé voulut en référer à un concile avant de statuer sur les sacrifices qu'on exigeait de lui , et le tiers-état s'en tint à une requête qu'il présenta à genoux, pour supplier le roi de conserver la franchise du royaume.
Le savant Joachim Legrand , auquel j'ai emprunté ce récit, voit dans cette assemblée, où le peuple fut admis, une continuation dnChamp-' de-Mai. Pasquier , en remarquant que le tiers y futappelé séparément, et non conjointement avec la noblesse et le clergé, ne partage pas l'opinion de Joachim, et ne veut pas même compter cette assemblée au nombre des étais-généraux , dont il recule l'institution jusqu'aurègne du roi Jean. . .
Je laisse Pliilippe-le-Bel protestan*t contre l'inlerdit de son royaume. Je franchis en un instant l'intervalle de cinq siècles , et je he -trouve au 4 juin de l'année i8i5 , témoin d'un événement semblable , agrandi de tout l'espace qui le sépare de celui dont je viens de rappeler le souvenir.
Le canon retentit sur toutes les hauteurs nouvellement fortifiées de cette antique capitale , dont la population entière se porte vers ce Champ - de - Mars où se sont fait entendre , il y a vingt-cinq ans , les premiers cris de la liberté. Cette réflexion, que je fais en route, n'est pas exempte d'amertume , en songeant de com-
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une longue et douloureuse expérience a mûri notre raison, et nous a trop appris à ne pas confondre le délire révolutionnaire avec la mâle énergie du patriotisme.
J'arrive dans cette vaste enceinte, et je prends place sur ce magnifique amphithéâtre où vingt mille électeurs, accourus de tous les points de la France , viennent , au nom d'un peuple grand , exprimer son vœu pour la liberté et ses craintes pour la patrie.
Je promène mes regards sur cette immense esplanade , que borne de toutes parts la foule des citoyens, où se déploie, au milieu des douze légions de la garde nationale, l'élite d'une armée qui a commandé quinze ans à l'Europe , et qui vient prendre, entre les mains de son chef, l'engagement de mourir s'il le faut pour cette même patrie qu'elle a si long-tems illustrée.
Midi sonne, des salves d'artillerie ont annoncé l'arrivée de Napoléon : il s'avance au milieu des acclamations des soldats. Jamais spectacle plus imposant n'a captivé l'admiration des Français : . jamais d'aussi grandes destinées n'ont pesé sur la tête d'un seul homme , et
jamais de signes plus certains n'ont annoncé un de ces grands événemens qui changent tout-àcoup la face des Empires : quelle en sera l'issue ? peu de mois , peu de jours peut-être yont nous rapprendre !
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PROFESSION DE FOI, CtC. 2C)5
N^XLix. — ^juillet i8i5.
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