‹ Guillaume de franc-parleur; ou, Observations sur les moeurs et les usages français au commencement du XIXe siècleChapitre 30 sur 31 · OOO PROFESSION DE FOI · texte numérisé non relu

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sauce monstrueuse et colossale, éleve'e contre toutes les règles de réquilibrc politique , s'écroula sur sa base et couvrit la France de ruines.

La chute de îSapoléon, à laquelle l'Europe entière applaudit, en rendant aux Français l'espoir de la liberté, les trouva moins sensibles à des revers auxquels la fortune avait la plus grande part ; on crut voir dans l'arrivée des Bourbons le terme d"un glorieux esclavage. On se flatta qu'un prince, bon, généreux et spirituel, élevé à récole du malheur, saurait compatir à ceux que nous avions soufferts pendant sa longue absence , et qu'il ne réclamait l'héritage de Henri IV que comme légataire de ses vertus. Les courtisans de Louis XVIII se sont empressés de détruire le charme; les qualités précieuses , les intentions bienfaisantes du monarque ont été neutralisées par les vues étroites de son ministère , et par les prétentions gothiques de sa cour.

Dès-lors on put craindre une révolution nouvelle. Elle s'oj;cra sans éprouver le moindre obstacle , et sans coûter une goutte de sang français.

Bonaparte , à la tête de six cents hommes ,

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s'élança, pour ainsi dire, du rocher de lile d'Elbe au château des Tuileries ; les mots magiques de gloire et iï indépendance nationales lui ouvrirent toutes les routes : l'armée le reçut avec enthousiasme ; et la nation , encore une fois séduite par ses promesses, avide de la liberté qu'il lui présentait, oublia l'Empereur, et ne se souvint que du premier consul. Il fut permis de croire que l'infortune, l'exil et la méditation avaient opéré en lui un heureux changement, et que ^^-iapoléon en paix mettrait désormais sa gloire à faire fleurir la liberté publique , dont il avait été le plus dangereux ennemi.

Dans ccf état de choses , j'ai vu avec désespoir l'Europe entière s'armer de nouveau contre nous; j'ai même eu le tort , que j'aurai probablement toujours , de désirer que la victoire restât à nos armes , et de m'obstiner à ne voir que des ennemis dans des étrangers armés, sous quelque bannière qu'ils se présentassent. Toute inégale que fût la lutte qui nous était offerte, je ne croyais pourtant pas impossible que nous en sortissions vainqueurs; je ne comptais pas nos ennemis : je ne voyais que le courage iu-

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vincible de nos troupes, et le génie militaire de leurs chefs : deux cent mille Français bien commandés me semblaient pouvoir braver toutes les forces de l'Europe.

La journée de Waterloo a détruit de si nobles illusions : je laisse le soin de les caractériser d'une autre manière à ces estimables Français qui se réjouissent de voir les armées de l'Europe débordées sur la France, et la gloire nationale ensevelie dans les plaines de la Belgique. L'élite de la première armée du Blonde a péri dans cette funeste journée ! J'aurais voulu que Thomme extraordinaire , qui nous a gouverné quinze ans , eût trouvé une mort digne de lui sous le feu des batteries anglaises, et qu'il ne nous eut pas réduits à rougir de le voir finir ses jours dans la prison du roi Jean , où il est attendu. Quoi qu'il en puisse être de son sort , sa carrière politique est finie ; il a cessé cour jamais de régner sur la France , et son sceptre , qu'il ne tenait que des mains de la Tictoire, s'est brisé avec son épée.

Les suites de la terrible journée du 18 juin, en amenant des légions d'ennemis sous les murs de la capitale , en plaçant de nouveau l'opinion

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publique sous l'empire irrésistible de la force , préparent à la France de nouvelles destinées, sur lesquelles il est à craindre que toute la sagesse bumaine ne puisse avoir qu'une bien faible influence. Dans la situation terrible où nous sommes, à Taspect des maux oii la patrie est en proie, nous ne sommes plus comptables envers elle que de nos souvenirs et de nos vœux.

Je ne crains pas de rappeler les uns et d'exposer les autres.

Ennemi de ranarchie et du despotisme , j'ai su me conserver libre sous tous les gouvernemens qui se sont succédé en France depuis vingt-cinq ans; je n'ai sollicité, je n'ai voulu ni places , ni grâces , ni faveurs , et je pourrais me prévaloir des nombreuses persécutions dont j'ai été l'objet. Long-tems le compagnon de nos guerriers, j'ai partagé leurs travaux, et j'ai joui avec enthousiasme de leur gloire : on ne m'a trouvé dans les rangs d'aucun parti , dans les antichambres d'aucun palais , dans les bureaux d'aucun ministre : j'aurais voulu, (et tel a toujours été le sentiment qui a dirigé ma plume) que, sous tel gouvernement que la France eût été placée , elle ne perdit pas le seul

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fruit de la révolution terrible qu'elle a subie, cette liberté, ces droits politiques, qui n'ont et ne peuvent avoir de garantie solide que dans une constitution librement consentie et solennellement jurée. Au nombre des moyens qui pouvaient conduire à ce résultat , quelque désirable qu'il soit , je n'ai point à me reprocher d'avoir arrêté un moment ma pensée sur la guerre civile , encore moins sur les succès des armes étrangères : l'honneur dune nation passe avant sa liberté même.

Aujourd'hui qu'il est à craindre que la France ne puisse de long-tems aspirer à la gloire militaire , je me borne à former des vœux pour son bonheur, s'il est possible que l'un puisse aller sans l'autre.

Pour atteindre ce but , nous avons besoin d'oublier dans la paix, sous le règne d'un monarque populaire , que la France , pendant quinze ans , a dicté des lois à l'Europe, et qu'en quinze mois l'étranger a deux fois envahi notre capitale ; nous avons besoin d'oublier que des factions cruelles ont déchiré la patrie; nous avons besoin de nous convaincre tous que le monarque appelé à régner sur nous , à la suite

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de tant d'orages , doit être investi de toute la confiance de la nation, et que cette confiance 1 ciproque ne peut être le résultat que de mutuels sacrifices. Ce n'est pas une restauration ,c'est une régénération qu'il nous faut ; c'est un patte social inviolable , qui unisse à jamais le peuple et le souverain , qui garantisse leurs iiitérêts et leurs droits, à l'abri duquel puissent n iirir à-la- fois l'autorité royale et la liberté I n.blique.

Tels sont mes vœux; que ne puis- je dire mes K;rances!

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TABLE

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