STYLE ET LANGUE DE DL VAIU
S I♦'^ — Stvle de du Vair. — Qualités nouvelles qu'il introduit dans la prose française. — Comment il l'emporte sur celui des plus illustres écrivains du temps. — Influence des hommes d'Etat sur la langue et sur le style. — Caractère pratique. — Richelieu aux Etals de 1614.
— Un discours de A. de Harlay. — Des principes de du Vair en matière de style. — Histoire de son style. — Sa première manière ; qualités et défauts. — Influence de son séjour en Provence ; sa deuxième manière ; abus des métaphores ; Gongorisme et Marinisme.
— Qualités : grandeur, noblesse , harmonie. — Citations. — Comparé avec Malherbe.
Du Vair ne charma pas moins ses contemporains par la beauté de son style que par la sagesse et l'élévation de ses pensées , et, longtemps après sa mort , ses écrits fournissaient d'excellentes pages aux Recueils de morceaux choisis ou, pour parler le langage de l'époque, de belles fleurs aux bouquets cueillis dans les jardins de la littérature (i). Ce qui ravissait les lecteurs de du Vair et ses auditeurs , c'étaient les vives couleurs de son style, ses riches figures, la no-
(1) François de Neufchâteau cite un ouvrage intitulé : Le Botiquet des plus belles fleurs de r Eloquence, cueilli dans les jardins des siem^s Duperron,, Coëffetean, du Vair, Bertaud, Malherbe. — (Etude sur les Prosateurs français, en tête des Provinciales.)
blesse soutenue de son langage , un air de grandeur auquel on n'était j3as habitué, et que les préceptes et les exemples des poètes de la Pléiade faisaient désirer pour notre prose. Ces charmantes qualités , qui par leur excès devenaient de charmants défauts, ne s'étaient pas encore montrées ainsi réunies. Voyez les meilleurs écrivains de cette époque : Estienne Pasquier est resté fidèle aux errements du vieux français ; U est de la famille de Rabelais , de Montaigne et d'Amyot. Duperron , qui peut compter parmi^ les novateurs , a de la netteté et de la noblcssse , mais il est ordinairement sec, et, quand il vise à Tesprit, il tombe aisément dans la bizarrerie (1). D'Urfé est abondant , mais souvent diffus et embarrassé dans les mouvements de son style; noble et gracieux, mais trop constamment poétique; et puis, il traite un peu la langue en grand seigneur, faisant bon marché de lois qui ne lui semblent pas faites pour lui (2). Dans les liwes
(1) V. la Harangue au Tiers-Estat isur le serment de fidélité dû au roi par tous ses sujets (1614^) , et notamment ce passage : « Le serment est comme le monstre d'Horace, qui a la teste d'une belle femme, c'est-à-dire le prétexte du seruice et de la seureté du roy : mais il a la queue d'vn poisson , c'est-à-dire la queue d'vn schisme ; et à la vérité, il peut bien estre dit auoir vne queue de poisson, puisqu'il est venu par mer et à nage d'Angleterre. » P. 6ii .
(2) V. t. I, première partie, liv. i, p. 23. « Regarde, Tircis, regarde , idolastrc des morts et ennemy des viuants , quelle est la perfection de mon amitié,, et apprens quelques fois^ apprens à aymer les personnes qui viuent , et non pas celles qui sont mortes , qu'H faut laisser en repos , après le dernier adieu , et non pas en troubler les cendres bienheureuses par des larmes inutiles ; et prens , garde , si tu continues , de n'attirer sUr toy la vengeance de ta cruauté et de ton iniustice. » Il y a beaucoup de phrases de ce genre dans VAstrée, D'Urfè ne sait pas bien détacher les idées principales des idées accesccssoires. -- « A peine le soleil commençoit de dorer le sommet des montagnes d'Issoire et de iMarcilly... » C'est le ton habituel de d'Urfé. — Incorrections de langage : « Vne voix (jui sembloit de s'approcher
innombrables du trop fécond Camus, tous ces défauts sont encore plus marqués , et pourtant quelques-uns sout contemporains de nos premiers chefs-d'œuvre en prose. Des phrases interminables vous font passer souvent du ton le plus élevé à une familiarité extrême, et les figures y sont en même temps ambitieuses et triviales. Et puis , que de détails inutiles ! que de négligences ! et ordinairement , quelle disproportion entre Tidée et la forme dont il la revêt (1) ! Ce rapport de la pensée et du style est plus complet chez
d'eux... » — c Ne faut-il plus tost le nommer vn fol qui croit de bien aimer?... j» — « Il arrive comme à ceux qui s'esiam fouruoyéSj plus ils marchent, plus ils s'esloignent de leur chemin. » — « A ce mot Galathée luy donna vne lettre qui estoit vn peu mouillée pour seicher au feu. » — « Je le patienterais. » — « Croyez , Silvie , que si \ostre amitié pour moy vous laisse aîïsez de dissimulation pour vous couurir à moi ,- qu'elle me donne bien assez de curiosité pour vous descouurir. >
(1) V. surtout Je début de la Pieuse lullie , in-S*», 1641 : « l^a nuict esloit au milieu de son cours , et le soleil estant au plus haut point de l'autre hémisphère^ emplissoit les Antipodes de la splendeur et de la clarté de son midy, n^ndant le nostre par Fombre de la terre obscurcy de noires ténèbres , qui releuoient dauantage le brillemcnt des astres , si bien que les estoilles eslincelantes dedans le ciel paroissoient autant de flambeaux allumez sous vne sombre courtine. L'air estoit tellement' net et balayé de nuages qu'il sembloit que la nuict toute couronnée de brillans et couuerte d'vn manteau d'azur tout parsemé de pierreries, voulut disputer la prééminence auec le iour, et rendre ses obscuritez égales en beauté à la lumière. Certes quoyque les meschans cherchent ce noir rideau pour mettre à couvert leurs fraudes , leur des-honnestetés et leurs tromperies , si est-ce que l'on peut dire que la nuict a ses yeux , ou s'il est permis de parler ainsi , a des fenestres treillissées de ialousieSj à trauers desquelles le grand œil de celui qui est appelé Dieu par les Grecs d'vn certain nom qui le déclare tout voyant, voit tous les forfaits de ceux qui le pensent autant aueugle à apperccuoir leurs iniquitez, comme ils sout eux-mesmes aueuglez par leur propre malice. Jt
saint François de Sales : du Vair l'a rencontré presque [)artout au même degré ; il a en outre plus d'ampleur et plus d'harmonie , et la grâce ne lui manque pas plus qu'à l'auteur de Philothée : nous en avons cité des traits charmants. Assurément , les figures , chez lui , sont encore un peu forcées ; elles dépassent le vr^i; les tons, principalement dans ses premiers ouvrages, sont trop crus, et les lignes secondaires, incertaines, flottantes; mais les grands traits sont vigoureux et bien placés ; le dessin général ne manque pas de correction. Si l'imagination se donne encore trop libre carrière dans le style de du Vair, on y reconnaît aussi la touche d'un esprit sévère , habitué à l'examen des faits , à l'appréciation des choses, les qualités qui distinguent le langage des hommes d'affaires. Ce sont eux, en eflet, les hommes pratiques, les Jeannin, les d'Ossat, les Richelieu, qui, à cette époque, ont le plus contribué à maintenir la langue française dans ses habitudes de clarté et de netteté. Tandis que l'afiTéterie italienne et l'enflure espagnole , sous le patronage de la mode, toujours si puissante chez nous, livraient de dangereux assauts au bon sens national , ils s'en faisaient , dans leur parole comme dans leur conduite, les perpétuels défenseurs , ne cédant jamais ou presque jamais au goût passager du moment. Voyez le discours de Richelieu aux Etats de 1614. Le début un peu solennel et rappelant des souvenirs antiques , sent encore la pompe et l'étalage d'érudition alors en vogue. L'orateur a peine à se tirer de sa comparaison des'États généraux avec les Saturnales (1); mais, une fois qu'il a secoué ce bagage embarrassant d'érudition , comme il a hâte d'en venir aux choses, aux pensées, aux raisons, selon l'expression de Bufi'on, à la réalité, en un mot!
(i) Harangue pour la présentation des cahiers^ ou clôtwre de l'Assemblée des £sto<5. prononcée par Téuesque de Luçon , orateur du clergé. — Mémoires j pièces justificatives , p. 58i.
Voyez au contraire le discours prononcé par le premier président Achille de Harlay, quelques jours après l'assassinat de Henri IV, dans une assemblée où se trouvaient le roi et la reine-mère , et où Ton devait délibérer sur la situation du royaume. Certes, les circonstances étaient graves, • et il n'y avait pas de grands eflforts à faire pour parler convenablement : les choses parlaient assez d'elles-mêmes. Pourtant l'orateur, habitué au pompeux appareil d'éloquence alors en usage au Parlement , s'occupe moins de ce qu'il doit dire que de la manière de le dire ; et dès-lors , comme il arrive toujours en pareil cas, il dit mal. Il se perd dans de longues phrases sans fin , où les idées principales sont morcelées et confondues dans une foule de détails accessoires. Les propositions s'entassent , s'enchevêtrent , s'emmêlent ; les souvenirs mythologiques s'allient à des traits empruntés à l'Écriture-Sainte ; t le grand Esculape , réunissant les parts dispersées de son Hippolyte , i> Paris faisant songer à Noémy qui ne veut plus qu'on la nomme la belle, paraissent tour à tour dans l'exorde; partout les figures les plus diverses se succèdent ou se croisent. Ce sont d'inextricables broussailles qui ont la prétention de porter des fleurs, et qui les portent le plus gauchement du monde, car ce sont des fleurs d'emprunt (1).
Du Vair, dans sa première manière, c'est-à-dire avant son séjour en Provence , avait souvent ce langage touflu : seulement , chez lui , c'était naturel , sans prétention ; il détestait dès-lors les ornements ambitieux , les phrases savamment
(1) Trésor des Harangues j p. L. Gilbaull, advocat à la Cour du Parlement de Paris, in-4o, 1640 — Comparez à ce morceau le tableau du règne de Henri IV, par du Vair, in-f'^, p. 85i-855. Sauf quelques mots et quelques tours un peu vieillis, on le dirait écrit d'hier; il rappelle certains passages de l'oraison funèbre de Condé, par Bossuel.
— ^238 — tournientéos c\iu* 1<'S Anciens , ses niaîtrrs , avaient su si bien éviter. « Certainement, dit-il, dans son Éloquence françoise, s'il y a \Tî endroit où ceux de nostre aage ayent besoin de leur exemple , comme d'une iuste rcigle, pour redresser une affection intempérée et inconsidérée , c'est en rvsagc des mots empruntez. Car, pour ce qu'ils voyent qu'ils apportent quelque enrichissement à l'oraison , ils en vsent si desbordément la pluspart, et auec si peu de iugement, qu'il leur semble que c'est vice, ou au moins pauureté de langage, d'vser des mots propres à signifier quelque chose. Qnelquesvns mesmes affectent d'en trouver que l'on n'entende point , et pensent que c'est cstre éloquent , quand ce qu'ils disent a besoin d'cstre interprète (4). »
Ces défauts , du Vair, en les reprochant aux autres , avait su s'en garder lui-même: on peut blâmer en lui un 'peu d'exubérance, jamais de confusion. D'habitude, les idées principales se dessinent nettement dans ses phrases , entraînant et dominant les idées accessoires, et, suivant la règle qu'il trace lui-même , il apporte un soin particulier t à la composition et structure des clauses; il en distingue tellement les meinh'es qu'il n'y a rien d'obscur, rien qui ne se suiue bien (2), i Plus tard, il donna à la construction de ses phrases plus de netteté, plus de précision , et l'on peut croire que la société de Malherbe ne contribua pas peu à former sa proso à cette discipline sévère. Il quitta aussi ce qu'il avait gardé de la rudesse gauloise, dont les traces, trop fréquentes dans ses premiers écrits, choquaient la délicatesse du xviP siècle. Sans alTirmer avec un historien provençal, que dès-lors il ne fila que soye et or de sa langue (3) , on doit reconnaître qu'il y a
(1) P. 36îi,in.8«.
(vj) C«'sar Nostradamus, Histoire de Provence ^ p. 10 il.
du vrai dans cot éloge si bizarrement exprimé. Du Vair, dès son arrivée en Provence , observa plus rigoureusement cette parfaite décence d'expression, qui, sous le nom de noblesse, ne tarda pas à être regardée comme une des qualités essentielles du style. 11 n'eût plus osé représenter Tesprit de perdition s' élançant dans l'âme entrouverte par Vintermission de la prière pour la fourrager, pour y houspiller la chasteté, y deschirer la continence y y terrasser la modestie (i), La femme de Job, f agaçant, harcelant, picotant » le saint homme, lui aurait semblé un tableau trop petit pour un tel sujet. Enfin , il avait proscrit les mots trop populaires (2) et tous ces termes qui ne répugnaient point à nos vieux auteurs, et auxquels pensait Boileau, en écrivant ces vers :
Le latin, dans les mots, brave Thonnôteté; Mais le lecteur français veut être respecté : Du moindre sens impur la liberté Toutrage , Si la pudeur des mots n'en adoucit l'image.
Son langage ainsi devint de moins en moins familier, moins libre d'allure et de gestes, moins hérissé, moins chaîné de couleur. La grandeur, la solennité y dominèrent davantage : aussi bien du Vair avait toujours eu du goût pour la pompe du costume. Mais les métaphores , toujours^ aussi abondantes furent plus relevées; il mit plus de cérémonie dans son style; en retour, il perdit quelque chose de sa verve originale. Sans être plus solide, il fut moins aisé, moins vif, peut-être aussi moins agréable , avec la prétention de l'être beaucoup plus, et, pour le juger,' en lui appliquant ses propres doctrines , il fut plus Cicéronien , et s'éloigna davantage de la manière simple et forte de Démos-
(i) Delà prière, p. 1070.
(2) Tels que mitan pour milieu , riqiie à rique pour dire exactement (p. 1386), etc.
thène, bien qu'elle lui eût semblé auparavant c plus commode et proportionnée à nos mœurs et à nos oreilles (1). >
Mais le plus regrettable , c'est que , malgré son aversion bien marquée pour l'affectation et l'emphase, il se laissa aller de bonne heure à parler le jargon prétentieux de l'Italie et de l'Espagne , et subit volontiers la double influence, alors dominante dans le midi, de Marini et de Gongora. 11 sembla avoir hâte de rejeter ses excellentes idées sur l'emploi des métaphores (2), sur le coloris du style « qui doit estre comme le teint en vn corps naturel (3) , » sur ce rapport exact entre l'idée et l'expression , qu'il avait tant recommandé. Dès le premier discours qu'il prononça à Marseille, à l'ouverture de la Chambre de justice , il s'appliqua à vêtir et à parer son éloquence à la mode du pays (4) et fut fort goûté des auditeurs provençaux, t Le président du Vair, dit l'un d'eux , commença de donner vent à sa voix et à vue remonstrance très excellente... entamée et suiuie et close auec un si bel et net ordre , vn artifice tant exquis , vn discours du tout excellent , si délicatement tissu , et. tant élégamment prononcé que les escoutans furent plustot veus sembler des corps insensibles et des statues muettes que des hommes raisonnables, doués de sentiment et de vie, tant ils estoient attachés à la douce harmonie de sa parole et rauis en admiration , sur l'extase de laquelle , après que ce grand homme eut ainsi passé de bien loin tout ce que la renommée chantoit de luy, etc. (5). »
L'éloge est du même genre que le discours ; mais il est juste de le reconnaître, le discours n'est pas encore d'aussi
(4) Eloquence françoise^ p. 366.
(2) Ibid., p. 363. V. plus haut.
(3) Ibid,
(4) OEuvres, in-Ss p. 234.
(5) César Nostradamus. Ouvrage cité.
mauvais goût que Téloge. Du Vair prit bien les défauts si généralement répandus dans le pays qu'il était, venu habiter, mais jamais il ne perdit complètement les excellentes qualités qui l'avaient placé à un rang si élevé parmi les écrivains de son siècle. Semper oratorum eloqiientiœ moderatrix fitit auditorum prudentia , dit Cicéron (4) : faut-il s'étonner que du Vair ait subi cette influence et peut-être même s'y soit abandonné un peu, quand on voit Malherbe, qui n'était pas obligé comme lui de plaire à ce même public , ne pouvoir s'en défendre et traduire en rimes quiiçtessenciées les concetti que l'orateur empruntait aux Italiens pour complimenter une reine italienne :
Belle merueille d'Hétrurie, Qui fais confesser au soleil , Quoy que l'âge passé raconte , • Que du ciel , depuis qu'il y monte , Ne vint iamais rien de pareil (2).
Du Vair avait dit : « Si à son orient, Votre Majesté nous a esblouy les yeux des premiers rayons de sa présence, nous aurions à douter (craindre), maintenant qu'elle est plus esleuée sur nostre horizon, et paroistplus à son iour, qu'elle ne nous esteignit du tout la veué , si nous la tenions plus longtemps fichée sur sa pleine et plus brillante clarté (3). »
(1) Oratorj, vni. — Du Vair avait admis cette maxime en la modifiant ainsi : « La dignité et qualité de ceux qui escoutent , régit et gouuerne la langue de l'orateur, lui apprend ceste décence , qui est la plus grande et difficile partie de Foraison. » Eloquence française^ p. 358.
(2) Œuvres de Malherbe, in-4o, 1638 , p. 68.
(3) Discours à la reine, à son arrivée à Marseille, novembre 1600, p. 145. — Ce discours parut si Jjeau que Palma Cayel l'inséra tout entier dans sa Chronologie septennaire (p. 290-291 , édit. du Panthéon littéraire) j avec quelques variantes toutefois, et qu'il y ajouta cette
— Î42 — Dans le coniplimeut qu'il adressa quelques jours après à la même princesse entrant à Aix , le même orateur compara son langage indigne de célébrer le ïos de la reine à une machine trop faible pour élever une pyramide sur sou piedrâroit, Malherbe, comme pour rivaliser avec cette métaphore bizarrement technique , écrivit dans la même ode :
Nos doutes se vont esclaircir, Et mentiront les prophéties I)e tous ces visages pallis Dont le vain estude s'applique A chercher Van elimatérique De Fétemelle fleur de lys.
C'était encore du Ronsardisme : le chef de la Pléiade avait recommandé c d^ n'oublier les noms propres des outils de tous mestiers, > et de € chercher des comparaisons des artisans de fer et des veneurs, pescheurs, architectes, massons , et brief , de tous mestiers dont la nature honore les hommes (i). »
Malherbe , non plus que du Vair, ne se débarrassa jamais tout-à-fait de cet accoutrement bizarre, exagération espagnole, clinquant italien, métaphores étranges, forcées, formant des images disgracieuses; et, si du Vair, en 1620, disait encore au Parlement de Bordeaux : « Le roy désire que les rayons de splendeur et d'authorité dont vous estes illustrez en son absence, se réunissant par sa présence au corps d'où ils partent , vous esclairent d'vne si pleine et entière lumière que la réflexion en puisse estre plus salutaire à ses sujets; » Malherbe, neuf ans plus tard, écrivait au duc de Luynes, en lui dédiant sa traduction de XXXIII® livre de
note : « Le sieur du Vair prononça cette harangue auec tant de grâce et excellence que si les plus beaux traits de l'éloquence sont jugés par les auditeurs, la sienne est hors de toute comparaison. » (1) Pr(^faco de la Franciade, in-1î2, 1586, p. 25, 19.
— Î43 — Titp-1-îve : > Qu'est-ce que ie fais, MonseigiiPiir, et à (|Uoy estirf que ic pense? le parle à voris et ne parl(! point du roy ! ie parle de cbassor nos ténèbres et ne songe point à nostre soleil (1) ! > L'année suivante , il disait en porlant du cardinal de Richelieu : t Pour ce qui est de l'intérest, il n'en cognoist point d'autre que celuy du public; Il s'y restreint comme dans vtie ligne escHptique, et ses pas ne sçauent pas d'antni ciiemin (9). » Nous ne sommes pas loin , on le voit, de Balzac et de Voiture : le genre raarinesque , le cultisme et l'euphuîsme vont bientôt trouver un sanetuaire à l'tidtel de Rambouillet; le vieus Malherbe, l'ami et l'imitateur de du Vair, sp laissera enrôler, en grondant, sous le nom de Madare, parmi les premiers adeptes. Toutefois la mode ne leur arracha à l'un et à l'autre que de rares concessions. Les lettres et les Mémoires du président de Provence et du gard(* dos sceaux n'offrent presque aucune trace des défauts en vogne; et si ses discours d'apparat font trop de sacrifices au goût du jour, il ne faut pas oublier que tous ceux qui nous ont été conservés, ont été, à l'exception d'un seul, prononcés dans des pays voisins de l'Italie ou de l'Espagne. Eu somme, du Vair, par son style comme par ses idées, marque un progrès. Ecrivain de la fin du x\i' siècle, si par sa première manière il se rattache davantage à Rabelais, i*) Amyot, h Montaigne, aux vieux prosateurs gaulois, mais en montrant déjà assez souvent des qualités trop rares chez ' eux, la noblesse, la grandeur, la régularité, la correction dans les lignes , la déltcat«!sse dans les couleurs , l'harmonio cutre les unes et les autres; écrivain de la première moitié du xvu" siècle , il a une seconde manière, dans laquelle ces dernières qualités se développent de plus en plus, sans lui
(1) lifiit. Chnpdain, in-i', 1659, |). .■)7S,
(2) Mires. niAme ériilion, liv. n, 18.
ôter tont-à-fait ce qui caractérise ses plus anciens ouvrages : il mène ainsi à Balzac , à Descartes , à leurs illustres successeurs. L'abbé Maury ne lui rend donc justice qu'à moitié en le nommant à côté d'Amyot et de Montaigne (1) : c'est une place glorieuse , mais n'y voyons pas du Vair tout entier.
§11. — De la langue française dans les ouvrages de du Vair. — Admiration des contemporains; témoignages. — Défauts que lui reproche l'époque suivante : archaïsme et néologisme. — Travail de la langue française au commencement du xviF siècle. — De quelques règles de syntaxe. — Révolutions des langues. — Théories du xvi® siècle; Ronsard, Dubellay, Amyot, etc. — Double origine des mots; leur introduction ou leur maintien dans la langue. — Impuissance des grammairiens ; omnipotence de Tusag^. — De la langue de du Vair; examen de quelques termes qu'on lui a reprochés. — Des acquisitions qu'il a faites. — Vocabulaire.
La langue de du Vair a donné lieu aux appréciations les plus contradictoires. Le président Gramond en fait le plus grand éloge : t Locutionem Gallicam aut restituit decori suo , aut decorem primiis in eam invent; il rendit à la langue française sa beauté première, ou plutôt il lui donna une beauté inconnue jusqu'alors. » C'est presque le jugement de Boileau sur Malherbe :
Par ce sage écrivain la langue réparée N'offrit plus rien de iiide à l'oreille épurée.
Et cette opinion fut si généralement admise par les contemporains; elle parut d'une vérité si évidente que le contraire semblait absurde. Dans une pièce de vers assez
(1) Essai sur l'Eloquence de la Chaire, xvii.
bizarre, datée de 1620, intitulée les Contre^Véritez, et commençant par ce quatrain :
Absent de ma Philis , toute chose me fasche ; Mes biens sont sans plaisir et mes maux sans relasche : Mes sens n'ont pluâ de sens , et priuez de discours 3Ie font voir leurs objets quasi tout à rebours...
on lit :
Le président du Vair est marchand de pourceaux; Vautray est chancelier, Marais garde des sceaux , etc.
ce qui signifie, je crois, que le président du Vair est, par la dignité de sa conduite et la noblesse de son langage. Topposé de la qualification qui lui est donnée dans ces contrevérités.
Toutefois, ce langage, considéré par quelques-uns comme un modèle achevé de pureté et d'élégance<(l) , ne tarda pas de paraître bien imparfait aux détracteurs un peu outrés du xvi« siècle et de tout ce qu'il avait produit. Balzac , malgré l'estime qu'il avait pour du Vair, dont il avait adopté les idées sur la trop grande bassesse de notre éloquence (2), fit cause commune avec les détracteurs de sa langue contre ceux qui persistaient à l'admirer. « Quoy que die nostre vieux ***, auec lequel vous passez de si bonnes heures depuis que vous estes à Paris, ni M. Duplessis, ni M. du Vair ne sont pas des autheurs fort réguliers. C'est vn vice de leur siècle et non pas le leur; car d'ailleurs ils valent infiniment l'un et l'autre. Sans les chicaner, on peut les reprendre en vne infinité d'en-
(1) A. Loysel , Dialogm des Aduocats : « 11 parle et écrit si nette^ ment en françois que nous n'auons poiuct de liures composés en nostre langue qui soyent estimez à l'eègal des siens. » P. 113.
(2) François de Neufchâteau , Etude sur les prosateurs français ,, en tête des Provinciales, p. 181. — Cf. RdWdim , Histoire de la littérature de l'Europe pendant les xv^, xvi® et xvu^ siècles, trad. d'Alp. Borghers, t. III, p. 457. — Boutorweck, ouvrage cité plus haut, p. 4.
droits, soit pour les mots, soit pour les locutions; et i'ay veo vn grammairien de la cour qui disoit de leurs liures ce que les Romains disoient de l'Afrique, que c'estoit pour Iny yne moisson de triomphes (1). >
Ch, Sorel , qui fut, comme Balzac , un des jeunes contemporains de du Vair, limite un peu ce reproche d'irrégularité, c Messire du Vair, dit-il, travaillant sur des matières philosophiques, eut esgard principalement à la force du discours , inais on a iugé qu'il auoit encore des termes trop antiques (2). > Vaugelas, de son côté, l'accuse d'abuser do néologisme et parle du mauvais succès qu'ont eu t tous les mots inventez par lui pour enrichir nostre langue (3). >
Enfin Lamothe le Vayer cherche à justifier cette double sentence par des exemples, f Si cet ouurage , dit-il en par^ lant de VEloquence françoise , se pouuoit lire sans ces rudes paroles d'empirance , de vénusté , d'orer pour haranguer, de U» pour louange, de contemnement , de fleurs suaues, d'esprits tarez, et sans quelques autres dictions aussi fascheuses, qui doute que ce bel escrit ne parut sans comparaison plus agréable, méritant d'ailleurs beaucoup de recommandation (4). » .
Dèsrlors le jugement parut rendu en dernier ressort et sans appel : on se contenta depuis de le reproduire sans presque y rien changer. Seulement , quelques-uns des mots cités comme néologismes ou archaïsmes é ant entrés ou rentrés dans la langue usuelle, on les a remplacés par (l'autres et les nouveaux choix n'ont guère été plus heureux.
Revenons au jugement de Balzac , puisque aussi bien tous
(1) Entretiens y iv. Dissertation critique à M***, ch. iv. — Paris, An?. Courbé, p. m-in, 1657, in-4o.
(2) Bibliothèque française j, p. 258. Paris, 1667.
(3) Remarques sur la langue française. Paris, 1678, in-i2, p. 455. (i) Consiijiératious sur VEloquence françoise j p. 18-19, in-f®.
les autres n'en sont que la reproduction plus ou moins altérée. Le reproche d'irrégularité qu'il fait à du Vair, porte sur deux points : les mots et les locutions , le choix des termes et leur assemblage : c'est toute la langue. Mais ces deux griefs pourront toujou^s être ceux des derniers venus à l'égard de leurs devanciers , puisque les langues sont dans un perpétuel état de changement , ut silvœ foins pronos muiantur in annos. Pour que de telles accusations soient fondées, on doit établir d'abord qu'il y a eu infidélité au génie de la langue, violation flagrante de ses lois fondamentales, ou tout au moins mouvement rétrograde dans la voie des améliorations. C'est /Ce qu'on n'a pas fait, c'est ce qu'on n'aurait pu faire à l'égard de du Vair.
Si l'on considère l'art de grouper les mots pour former des locutions, pour construire des propositions ou des phrases , pour arranger des périodes , on voit que la langue française, en se perfectionnant, s'est attachée toujours davantage à l'ordre logique, à l'enchaînement naturel des idées et à la netteté d'expression qui en résulte. L'enchevêtrement des propositions, pour lier le discours par les mots, et tous ces agencements si compliqués qu'admettaient volontiers le grec et le latin, et dans lesquels, grâce aux déclinaisons, le rapport des mots est facile à saisir, sont devenus de plus en plus incompatibles avec son -génie. Il serait aisé de suivre les progrès continus qu'elle a faits dans ce sens ; sa tendance constante à simplifier la phrase , les efforts de nos meilleurs écrivains , particulièrement de nos prosateurs, pour donner au développement île l'idée plus de précision , de « dilucidité, » comme dit du Vair, en distinguant avec soin l'objet principal de la pensée des détails accessoires.
Ce travail c d'allignement » et de « polissure, > pour parler encore comme lui, se poursuivait activement au commen-
cernent du wir siècle. On cherchait le meilleur emploi des prépositions , des conjonctions , des pronoms relatifs : Malherbe fut grandement loué, dans son temps , pour avoir trouvé le bon usage des particules et la juste mesure des périodes (1) ; et Boileau , ratifiant plus tard ces éloges contemporains , proposa comme un modèle parfait ce langage si clair et d'un tour si heureux. Le poète grammairien , qui pensait que sa traduction de xxxiii* livre' de Tite-Live , pouvait tenir lieu de toutes les grammaires (2), fut le Richelieu de notre langue et de notre littérature : il parlait en maître; mais, comme ses préceptes étaient sages et qu'il était le premier à s'y soumettre, ses préceptes, malgré quelques récriminations plus spirituelles que fondées (3), sont devenus des lois.
Avant lui ce mouvement était commencé. Ronsard, dont la langue a été si sévèrement jugée et qui met dans sa prose une netteté et une vigueur étonnantes , avait donné d'excellentes règles , entre autres, celles de < n'oublier jamais les articles et les pronoms primitifs , comme je , tu , etc. (4), » et c de ne point transposer les paroles, ni dans la prose ni dans les vers (5). » Il avait (Taurait-on cru?) devancé Vaugelas qui, malgré son étroit purisme, adoucit la rigueur de la première de ces lois (6).
Du Vair, loin de contrarier ces progrès, y contribua de
(1) Ch. Sorel, cité par Baillet, Jugement des savants, 944^ — Cf. Godeau , Discours sur les Œuvres de Malherbe.
(2) V. Baillet , ibid.
(3) Balzac, le Socrate chrestien^ dise, x, p. 267-268. — Régnier, le Critique outré , sat. ix.
(i) Abrégé de l'art poétique à Alph. d'Elbène, etc. Paru?, 1565, in-i», fo 10 , A.
(5) Préface do la Fvanciade 'jp. 18.
(6; Remarques., p. 171.
toutes ses forces par ses recommandations et par ses exemples. Il ne se permet jamais d'inversion , et , si ses phrases sont encore un peu longues, surtout dans sa traduction de la Milonienne, où il s'attache trop aux pas de Cicéron , il s'en faut qu'elles marchent avec les traînées de paroles si fréquentes chez ses devanciers et même chez la plupart de ses contemporains (1).
Quant aux règles de détails , il lui arrive plus souvent de supprimer les articles , les prépositions et les pronoms personnels, quand ils viennent d'être placés devant un mot qui se trouve sous la même dép'fendance que celui devant
lequel il les sous-entend. Ainsi il dit : « la saincte iouissance
(1) Voici une phrase de sa traduction du discours pour Milon : « Que si ie pensois que ces forces- ci fussent contraires à Milon , ie céderois au temps , Messieurs , et ne croirois pas gw'vn orateur put trouuer place parmi la force et les armes : mais ie me console et reconforte sur la preud'hommie de ce iuste et sage Pompée , qui ïçait assez qu£ ce seroit chose indigne de sa iustice d'exposer à la violence des soldats ' celui qu'il a soubmis à la sentence des iuges ; et indigne de sa prudence d'armer de Tauthorité publique la témérité dVne trouppe de mutins. » Cette phrase est une des plus mauvaises de du Vair : comparez-là avec le passage correspondant de la traduction attribuée à Amyof (De Blignières , Essai sur Amyotj, p. 764 et suiv.) : « Que si ie pensois que tous ces gens que ie vois, qui sont en armes, en voulussent à Millon , et eussent enuye de s'opposer à sa iustifiication , ie me retirerois de bonne heure , Messieurs , m'asseurant qu* anssy bien mon éloquence ne pourra pas faire grand effect parmy la confusion , le tumulte et le bruit des armes : mais ie reprend quelque peu de courage , quand ie considère le iugement et le bon naturel de Pompée qui ne penseroit pas se gouverner en homme qui aime sa réputation, s^il abandonnoit à la mercy des soldats quelqu'vn ^w'il auroit desià consigné entre les mains de la iustice , et s'il permettoit que Tinsolence d'vne trouppe de personnes séditieuses fust appuyée sur le consentement et sur Tauthorité publicque. » Il y a dans cette phrase douze propositions incidentes , sans compter une foule de mots inutiles ; il y en a moitié moins dans celle de du Vair.
— ^250 — de toutes les bonUz et beautez du monde. > — c Nous ne pouuons einpescher que la malice et meschanceté ne s'empare de réloquence, etc.. » Mais la règle établie par Ronsard n'était pas encore généralement adoptée du temps de Yaugelas , qui même admet une exception dans laquelle rentre la dernière phrase que nous avons citée.
11 en est de même de Taccord du participe passé acconq^agné de Tauxiliaire avoir avec son régime direct quand il en est précédé. Bien que longtemps auparavant, Cl. Marot, dans une curieuse pièce devers citée par Yaugelas, en eût fait une loi expresse (1), on hésita longtemps à l'appliquer, et Patru, qui l'admet en principe, approuve Godeau d'avoir écrit :
Dieu dont le pouvoir nous a tiré des fers (2) ;
il s'accorde avec Vaugelas pour écrire : < Les habitants nous ont rendu maistres de la ville. > Du Vair laisse toujours le
(1) Remarques j p. 141. Marol dit dans cette Epigramme :
« Les vieux exemples ie suiuray. »
11 ne les suit qu'à mc-ilié. Le participe passé accompagné à' avoir s'accordanl toujours , dans nos vieux écrivains , avec son régime direct, môme placé après. — Villehardouin : « Et quand cil li ot contée la nouele, etc. » Edit. Michaud et Poujoulal, 19. — « Biels sires, nous avons veues voz lettres , etc. » 72. — Patru avait parfaitement reconnu cet usage de nos anciens prosateurs ; il en cite plusieurs exemples, dont le dernier est des Cent Nouvelles. Depuis, la règle devint de plus en plus indécise. — V. Patru, Remarques sur les Remarques de Vaugelas, "^^ 648. Œuvres diverses, 1714, in-4o.
(2) Patru, ibid, : « Bene, Godeau."» — Toutes l(is discussions des grammairiens sur la question du participe passé jusqu'au milieu du xvin« siècle , ont été parfaitement résumées par l'abbé d'Olivet (Remarques sur la langue française, Paris, in-12, 1783, p. 183-218). Les règles bien éclaircies sont généralement celles qu'on adopte aujourd'hui. Récemment l'histoire de cette controverse grammaticale a été refaite d'une manière complète , par M. Obry (Etude historique et philosophique sur le participe passé , in-S*», 1852).
— âol — participe invariable , excepté avec l'auxiliaire être. Au contraire, de même que saint François de Sales et tous les autres écrivains de cette époque , il ne distingue pas le participe présent de l'adjectif verbal et fait toujours l'accord (1). Mais, malgré les longues discussion^ des grammairiens et la règle nettement posée par Vaugelas (2), cette distinction n'était pas encore bien établie dans la seconde moitié du xviP siècle, et Lafontaine écrivait dans la fable de V Alouette et ses petits :
Et les petits en même temps Voletants et se culbutants Deslogent tous sans trompette.
En toutes ces questions, l'empire de la raison n'est pas sans doute absolument chimérique , mais celui de l'usage et de ses caprices est presque toujours sans bornes, et l'on sera toujours fondé à dire avec Horace qu'il est Varhitre, le gra7îd justicier et le suprême régulateur dû langage.
Cette souveraineté de l'usage est encore plus incontestable quand il ne s'agit que des mots; et il serait bien difficile d'établir les règles d'après lesquelles ceux-ci entrent dans une langue tandis que ceux-là en sortent. Nous en sommes toujours à regretter la perte d'un grand nombre de mots harmonieux , expressifs , rendant nettement certaines nuances d'idées pour lesquelles les termes nous manquent. € On a retranché , dit Fénelon , plus de mots qu'on n'en a
(4) Du Vair : « Tous se réunissans ensemble, la force demeurera au public. » P. 4. — Saint François, Vie dévote^ iv, ch. ii : « Les oiseaux demeurent pris dedans les retz et lacs , parce que s'y trouuans engagez, ils se débattent, etc. » -- « Les pluies tombans à grosses gouttes sur la terre. » Ibid.^ c. 13. — Palma Cayet , Clironologie septennaire^ p. 194: « Chassants et tuants les garnisons qui y estoient. »
(2) Remarques^ p. 309.
introduit.. D'ailleurs, je n'en voudrois perdre aucun «t en acquérir de nouveaux ; je voudrois autoriser tout terme qui nous manque et qui a un son doux, sans danger d'équivoque (1). »
C'était la doctrine du xvi* siècle , conforme de tout point à la pratîq^ue la plus vulgaire. Ronsard et Dubellay , tous les hardis théoriciens de cette époque, en recommandant < de n'escorcher point le latin, » admettent les vocables qu'on en a récemment tirés , s'ils sont desià receuz et usitez d*vn cluLscun (2), Mais ils insistent plus particulièrement sur la nécessité de ne pas laisser tomber en désuétude une foule de termes anciens qu'on cesse d'employer, sans les remplacer, c le les estime tousiours en vigueur, quoy qu'on die, > s'écrie Ronsard ; et il voudrait voir les érudits , au lieu de latiniser et de gréciser, « prenant en pitié, comme bons enfants, leur panure mère naturelle, rechercher et faire vn lexicon des mots d'Artus, Lancelot et Gauvain, etc. (3). » Dubellay déclare nettement qu'il faut les aller chercher là où ils sont et les reprendre (4). Malheureusement il est bien difficile en ceci comme en toute chose de garder la juste mesure , et le chef de la Pléiade la dépassa en recommandant d'emprunter des mots à tous les dialectes de la France, et de former, en dépit du génie de notre langue, des mots composés (5). 11
(1) Lettre sur V éloquence , m.
(2) Ronsard, Abrégé de V Art poétique , fo 13, a.
(3) Préface de la Franciade, p. 31. — Cf. Franciade^ liv. m. Note sur le vieux mot méhaigm (perclus) que le poète s'applaudit de remettre en usage.
(4.) Illustration de la langue française^ liv. ii , c. 6.
(5) Abrégé de V Art poétique , P i, b. — Préface de la Franciadej p. 27. — (Cf. Montaigne, Essais, m, 5.) — Franeiade , liv. i. Note du poète sur remploi du mot criailler, «^fort usité, dit-il, en Vandomois , Anjou et le Maine. y>
mettait à la vérité de sages restrictions à ces préceptes : les premiers de ces mots devaient être significatifs, les autres ne devaient pas être prodigieux ni se ressentir des monstrueuses imaginations de ces rohins de cour qui veulent tout corriger.
C'est d'après ces principes que s'est toujours dirigé, sans s'en rendre compte , le peuple , ce grand maître de langue , comme dit Platon (1). Des travaux récents sur le langage populaire de diverses parties de la France (2) ont montré qu'il a su conser>xr ses anciennes richesses tout en faisant de nouvelles acquisitions. Ces acquisitions sont de deux sortes : les mots créés par les savants pour exprimer des objets inconnus auparavant, et ceux que forge le peuple luimême pour rendre avec plus d'énergie , de facilité ou de précision certaines nuances d'idées. Les premiers, le peuple les accepte à la longue en se familiarisant avec les choses qu'ils désignent; encore faut-il qil'ils soient courts, d'une prononciation aisée ; autrement , il les façonne à son gré et pour sa commodité. Les autres , il les crée lui-même , selon les besoins du moment, et plusieurs des mots ainsi formés entrent bientôt dans la langue littéraire. Ce ne sont ni les moins harmonieux, ni les moins expressifs.
Cette double origine, scientifique ou populaire, de certains termes se démêle assez facilement dans la langue de nos vieux écrivains. Les uns , érudits ou habitués à vivre avec les érudits, font volontiers des emprunts aux idiomes de l'antiquité ; les' autres procèdent comme le peuple , et , comme dit Ronsard , provignent les vieux mots. Quelques-uns puisent aux deux sources à la fois. Amyot et Montaigne , le
(4) Aldbiade^ i, 23, D. Lugduni. Guil. Lasmar. 1590 , in-f», avec la traduction de Marsil. Ficin. — Edit. commun. , § 7.
(2) V. notamment le Glossaire du Centre de la France, par M. le C*e Jaubert.
dernier surtout, prennent partout ce qui est k leur conTenance. D'Urfé , qui n'était pas un savant, forme des dérivés des termes usuels (remourir, blesseur, rappaiser, reblesser (i); saint François de Sales use aussi largement de ce moyen , il a fait ou admis eharnalité , vitupérahle , prtsable , dommageable (2) et une fouble d^autres. Plusieurs sont restés , et dommageable se trouve encore dans Lafontaine (3). Mais saint François ne s'interdit ni les vieux mots, ni les mots de date récente , et, à côté de vileté (4), qui se lit dans RiAebœuf , d'attrempant (5) et de ramentevoir (6) si fréquents datis tous nos vieux auteurs, on rencontre chez lui expugner, rebeller, délectation, impétrer, nubileux (7), qu'il a peut-^tre créés ou du moins vus naître, barguiner (8), qui est ancien et populaire, amadouer (8j, fourrer (10), faire la nique (11) ei autres qui^à cette époque déjà , devaient appartenir à la langue du peuple.
Du Vair, comme saint François , ne Se refuse aucune de ces ressources. Les vieux mots qu'il garde, tout le monde les employait encore de son temps, et la plupart de ceux qu'on a crus de son invention se trouvent également dans des ouvrages plus anciens. On s'est donc bien trompé,
(1) Repartie, p. 24,27, 76, 78.
(2) Vie dévote, iv* partie , ch. 4 , m , 4 , 7.
(3) Le Cerf se voyant dans Veau, Ce mot se trouve aussi dans Rabelai"! (i , 58) et dans d'autres auteurs du xvi^ siècle.
(4) Vie dévoie j m, 6. — Epist. spirituel., m, 2. — Rutebeuf, Jlfiracle de Théophile, cantique de Théophile.
(5) Vie dévote, iv, ch. 11.
(6) Ibid., ch. 15. — Epist. spirUv£l., ii, 42.
(7) Vie dévote, iv, ch. 4, 12, 13.
(S) Ibid.: ch.l.
(9) Ibid., ch. 13.
(iO) Epist. spirituel., m, 10. « 11 fa»a fourrer doucement dans l'esprit les premières semences de la vrâye gloire. » (W) Ibid.,\'2.
quand , d'une part , on Ta jugé , pour la langue , en retard de plusieurs siècles , et que , de l'autre , on a presque vouluvoir en lui un héritier de Fécolieir limousin, t un excoriateur de langue latiale. >
En vérité , ce serait une duperie que de tenir trop grand compte de l'opinion des grammairiens sur la qualité de tel ou tel mot pour entrer dans la langue ou pour y rester. D'abord, ils ne s'accordent presque jamais entre eux, et l'usage finit par leur donner tort ù tous. Pasquier déclare que Montaigne « baillera malaisément vogue > à enfantillage à gendarmer^ à diversion (1), Vaugelas condamne absolument gracieux qui , trente ans plus tard , n'était guère mieux accueilli du P. Bouhours (2). Féliciter fut longtemps regardé comme un barbarisme. Selon Patru, sécurité n'est pas français , et il veut qu'on dise hienfacteur (3) ; Voiture opine pour . bienfaicteur (4), et tous les deux se prononcent contre bienfaiteur. L'usage ici , comme bien souvent , a adopté tout juste le mot qu'ils rejetaient. Qu'on parcoure les bizarres ouvrages qui foisonnent au xvii® siècle , sous les titres d'Obset*vattons ou de Remarques sur la langue française, on verra combien rarement ont rencontré juste ces pédants régulateurs des noms et des verbes. Du fond de leur cabinet, ils lancent des décrets, sans prendre la peine de les motiver, sans se soucier non plus de s'accorder entre eux. L'un dit blanc où l'autre dit noir , et tous méritent les piquantes railleries que Saint-Evremont a dirigées moins justement contre les premiers auteurs du dictionnaire de l'Académie (5)* Que ne se
(1) Lettres^ liv. xviii, 1.
(2) Remarques nouvelles ,, p. 599, in-12, 1682.
(3) Remarques sur les Remarques de Vauijelas, p. 624, 654.
(4) Lettre xxv, à Costard.
(5) Les Académiciens y comédie, Œuvres, t. i, p. 8, in-12, 1711.
— âo6 — sont-ils appliqués plutôt a constater les décisions de Tusage et à chercher la raison de ses bizarreries souvent plus apparentes que réelles ? Mais il est plus facile de dire : conà(h léance est un étrange mot, et insidieux, malgré la faveur de M. Ménage, ne fera pas fortune. Toutes ces remarques n'ont guère qu'une utilité : elle constatent à peu près la date de l'entrée d'un terme dans la langue.
C'est sans plus de fondement et avec la même hardiesse, qu'on a blâmé dans du Yair comme des expressions surannées ou des latinismes ridicules , une foule de mots qui étaient de la langue de son siècle. Ainsi empirance, déjà noté par Pasquier, et en même temps presque justifié par lui comme € vue métaphore empruntée des monnoyes (1) » se trouve dans Nicot et dans Furetière ; vénusté avait été employé par Seyssel (2) , et plus tard , Ménage affecta pour ce mot une prédilection sur laquelle s'égaya longuement le P. Bouhours (3). Qui oserait aujourd'hui contester la grâce de l'expression fleurs suaves (4) , commune à saint François de Sales et à du Vair, et l'énergie de l'épithète dans esprits tarez ? Des termes cités par Lamothe le Vayer, comme c rudes et fascheux, » il ne reste plus que los, orer et contemnement. Le premier n'a certes rien de plus désagréable que son dérivé louange, qui l'a remplacé, après avoir été longtemps employé concurremment avec lui ; le second existait dans la langue avec le sens de prier (5); au xvi® siècle , ainsi qu'on le voit
(1) Lettres j xv, 10.
(2) Traduction de Justin ^ prologue.
(3) Remarques nouvelles y p. 323. Dans cette note, le P. Boahours nous a{Jprend que le mot ridiculiser ^ dont il se moque , passait pour être de Tinvention de Ménage
[i) Suave se trouve dans le Dictionnaire de Rob. Estienne, édit. de 1546, avant le vieux mot souef, qu'il a remplacé. (5) V. Borel, an mot orer; Rob. Estienne, au mot ofare.
- - 2oY —
dans Nicot, il avait aussi celui de parler en public, el son dérivé oraison gardi longtemps la doubk; signification de prière et de discours. Haranguer, quoi qu'en dise Lamothc le Vayer, n'a pas remplacé convenablement o?er dans sa dernière acception, et nous sommes encore réduits à nous servir d'une périphrase pour exprin^er l'idée que rendait si bien ce mot si court et si facile à prononcer. Mépris a fait rejeter contemnement qui, aussi bien que contemptible et contempteur, se trouve encore, dans Nicot (1). Malherbe ne fait aucune diiïiculté d'employer contemptible dans sa prose comme dans ses vers (2). Vaugelas , dans son aversion pour noire vieille langue , triomphe de ne pas rencontrer chez lui contempteur. Hélas I l'usage a condamné à mort depuis longtemps les deux premiers ; et le dernier tienl un rang distingué dans ce qu'on appelle le style noble.
A la place des mots blâmés par Lamothe le Vayer, on en a cité d'autres (3), et ces nouveaux exemples ne sont guère plus concluants. Ainsi contumélie et cogitation , tous deux donnés par Nicot, sont encore d'un usage général à la fin du xvp siècle et au commencement du xvir (4). Furetière et l'Académie enregistrent même le premier, en le notant comme vieux. Sponsion est un terme que du Vair avait emprunté à la langue judiciaire, pour exprimer, non pas, comme on l'a dit, ce que l'on entend par pacte, mais par
(1) Contemnement se trouve dans Rob. Estlenne au mol contiimelia; Rabelais a employé plusieurs fois contemner, i , 46 ; il , 8 , etc.
(2) LettreSj,%Y. ii, 2. — V. Vaugelas, p. 359. — Cf. Duperron, p. 585, 659,672.
(3) François de Neufchâteau, ouvrage dté. Phil. Chasle, Tableau de la Littérature française au xvi» siècle. — Cf. lïallam , Littérature française au \\% xvi« et xvir siècles^ t. ii, p. 292.
(l) Saint François de Saàcs , Philothée , i , 10, iv, i. Palma Caypt , Chronologie sepiennaire , i, p. IRÎ.
pi'omcHHe avev caulion ; <*l p(»ul-être Irouvera-t-on qu'aucun des mots ennaijement , (jarantie, stipulation, ne rend coraplètenienl cette idée. J'en dirai autant de inacilent qu'on a regardé ù tort comme faisant double emploi avec maigre. Ce mot, dans la pensée de du Vair, était évidemment destiné à exprimer l'état d'épuisement qui accompagne une maigreur exti*ém(». De même par dilucidité il entendait la même chose^ qu'Horace par luddus ordoy c'est-à-dire la clarté dans l'ordre, à peu près ce que nous appelons la «d/e/e'. Depuis , nous avons admis liœidité dont la signification n'est pas tout-à-fail la même et se confond un peu avec celle du mot clarté. Enûn François de Neufchâteau cite l'adjectif amène, qu'il regrette à cause de sa douceur, mais dont il explique l'aban- ' don par ce motif qu'il aurait pu se confondre avec certaines formes du verbe amener. Cette raison est plus spécieuse que solide , car les homonymes ne manquent pas dans notre langue. Est-il besoin de chercher une autre cause que le caprice de l'usage? 11 n'est pas moins vrai que nous n'avons pas de mot qui rende exactement le latin amœnm. Ainsi prenez ce vers d'Horace :
Et properantis aquaB per amœnos ambitus agros ,
on traduit : « et le cours du ruisseau qui serpente à travers de 7'iantes campagnes. » Mais riant exprime l'idée du latin Iceitts (quid fadat laîtas segetes), c'est-à-dire l'idée de la joie attachée à l'objet qui la cause, plutôt que celle de Vamotir qu'inspire un objet agréable. Lœtiis ou fiant indique la sensation , et umœnus le sentiment qui se développe à la suite. Du Vair, à n'en pas douter, aura voulu enrichir le français de cette nuance délicate. L'usage lui a déjà donné à moitié raison en adm ettan t aménité.
En général , cet écrivain semble s'être proposé de rendre la langue plus riche et plus méthodique, soit en empruntant
au latin les termes qui expriment des nuances d'idées pour lesquelles nous n'avions pas d'équivalents en français, soit en complétant les familles de mots déjà représentées dans la langue , par l'admission de tous les mots qui nous manquaient encore, simples, dérivés ou composés. Ainsi trouvant en usage les mots orer (prier), oraison (prière et discours), adorer, pérorer, péroraison, il n'hésita pas à dire orer pour parler en public , exorer pour obtenir par prière et exorable. Il ne faisait du reste que suivre l'exemple de tous les écrivains du xvi« siècle et même de ceux de son temps. Mais je ne pense pas qu'on puisse légitimement lui reprocher, comme à Pierre Lizet et à quelques autres, de s'être donné trop libre carrière (1). Le nombre des mots dont on peut lui attribuer l'invention est assurément très restreint : peut-être même n'en est-il pas un seul dont on soit en droit d'ajDTirmer qu'il n'y a pas d'exemples avant lui.
Voici d'abord deux listes des mots nouveaux qui se rencontrent le plus fréquemment dans les ouvrages de du Vair ; elles contiennent, l'une , ceux qui ne sont pas restés dans la langue ; l'autre , ceux qui ont fini par y être admis. Aucun de ces mots ne se trouve dans le Dictionnaire latin-français de Robert Estienne (édit. de 1546), ni dans le Dictionnaire latingrec-fi'ançais de Guill. Morel (Verborum Latinorum cum Grœcis Gallicisque conjunctorum commentarii , m d lxxx). Quelques-uns sont donnés par Palsgrave dans YEsclarcissement de la langue françoyse, qui date de 1530 ; mais on peut, je crois, les considérer comme encore nouveaux à l'époque de du Vair ; car Palsgrave prend un peu de toutes mains et au hasard , et il
(1) On no trouverait peut-être pas dans ses nombreux écrits une seule phrase du genre de celle-ci que j'extrais du mince volume des Plaidoyers de Simon Marion : « Apres avoir consomma sjir régliso naissante toutes les torfu es que Vimmanité peu( eœcogitei\ etc. »
— î2G0 — est des lerines cités par lui qui iravaicut probablement jamais été employés par d'autres que Tauteur qui les lui fournissait. 11 est même vraisemblable qu'il en forge au besoin , et que , pour la traduction de certains mots , il se borne souvent à une sorte de calque ou à un simple changement de termi- *naison. Ainsi tous les noms anglais en nesse ont formé chez lui des substantifs français en té : dangerousnesse, dangeretiseté; delectablenesse , déledahleté ; lordelynesse , seignonosité ; hokednesse, crochuseté et mille autres. Ce qui prouve du moins qu'ils étaient peu répandus , c'est que ni Robert Estienne, ni Guill. Morel ne les enregistrent. Du reste, j'indique par la lettre P tous les mots qui se trouvent dans Palsgrave (édition de M. Génin, 1852). Je désigne par l'initiale N ceux que Nicot a placés dans son Trésor (éôW de 1606, revue et augmentée par Jean Masset). Bien que du Vair n'y soit jamais nommé , certaines expressions, certaines phrases méine sont évidemment tirées de ses ouvrages. Les numéros renvoient à l'édition de Genève (1621 , in-8°). Je l'ai préférée à la grande édition de Paris (in-f>, 16^41 ), parce que dans celle-ci on a fait disparaître plusieurs archaïsmes et néologismes.
Abominer, 550, N.; P. 419. Aveuglé (d'entendement), 1323.
Appeler, '822 , N. ; P. 434, 616. Barisé , balise , 849 in-f».
Amène, amœnus^ 25. P. aménité, Bassière, bas-fond, 849 iu-f^.
219 , 232. Bénéficence , 27, 308. (Belleforest ,
Animeusement, 1037. Sentences illustres de Cicéron,
Angustie, 187. (Babelais, n, 19). 1574, p. 512.)
Antiquitaire , 341. Bienhenré, 548.
Apoltroni , 965. fPo/^row était non- Blandice, 602, 604. (Belleforest,
veau et nous venait d'Italie. H. ibid.^ p. 178; Jean de Meung,
Estienne , Dialogue du langage Roman de la Rose :
français italianizé.) q„^ ^.^^^ ,^^^g ^^^^.^ „„l^g p^j^^^^
Arbitrer de 547. Ne valent tant comme 6 torftc^s,
Arducieux, fait avec art, rf.w. (V. ^ ♦ «j ui * - \r\ aan
.„ ' ^, j, ' , Tantsontdoceuablesolmcos.)P,220.
Corneillo, horamen a Horace.)
Asserteur, 901 . (^aterve , iroupe , 01 i .
Cavillation, 268, 271, subtilité. Emerveillable , 953, N. ; P. 884;
(J. de Meung, ibid.; P. 203. Re- Malherbe, Poésies, ii, ode sur
pris par C. Desmoulins, dans ce l'attentat de 1605. — (Jean de
sens ; Fr. Wey, i , 178.) Meung : merueillable j P. 318.)
Cogitation, 13. (P. 280. Saint Fran- Empirance , 333, N.
çois de Sales, Philot, i, 10, iv, 4.) Enaigrir, 1172.
Composer (se), en parlant d'un dif- Equanimité, 149, 743, 1104.
férend, 4, 14. Ever&ion, 18, N.
Concertation , dispute , 243. Exorer, i 312 ; exorable, 1075, 1312,
Concion, 347, N. (Rabel., i, 50, 51.) Flagitieux, 33, 109.
Gonculquer, 98 , N. ; P. 761 . Fluant (périssable) , 1001 , N,
Concurrer (concourir), 611 , 654, Fluer (couler), 906 in-f», N.
Conspect « au compect des lois. » Gratifier (flatter, gratificari), 933.