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s^H n'y a pas une dialectique plus vigoureuse avec non moios d'émotion , dans l'Exhortation à la paix adressée à ceux de la Ligtie, Ce beau discours » qui n'a pas été reproduit, je ne sais pourquoi , dans la grande édition de 1641 , a une vigueur de langage, un peu âpre parfois, mais une telle netteté, une telle énergie , et même çà et là tant de grâce, qu'on est saisi, entraîné et charmé en même temps. Et pois, il y a tant de grandeur, une douleur si profonde dans le double tableau par Lequel il commence!...
D'abord, c'est la France, telle qu'elle a été , telle qu'elle pourrait être encore, si l'on voulait, avec son nombre c infini de belles et puissantes villes , de gros bourgs et villages , et surtout son innumérable quantité de chastoaux et belles maisons , riant au milieu d'vne campagne tant belle et bien cuUiuéc que rien plus; » ses habitants c de doux et gracieux naturel. > Puis d'autre part , c'est encore la France , mais telle que les guerres civiles l'ont faîte , la France bien changée, désolée, ruinée, c la campagne pleurant partout; > la pauu7'e France , faisant pitié à ses plus grands ennemis.
Faut-il rechercher les causes de ces calamités ? faut-il en punir les auteurs? Les causes, elles sont assez évidentes d'elles-mêmes ; et quant à des vengeances , elles ne serviraient qu'à multiplier les haines , et peut-être à montrer une fois de plus l'impuissance des gens de bien. Cherchons dbnc plutôt des remèdes à nos maux ; * proposons des loyers à ceux qui en trouveront; » « quittons tous nos desseins , nos espérances, nos colères, nos vengeances. » Est-il rien de plus touchant et .de plus sage que cet appel à Vovbliance du
l'apprécie en ces termes : « Parmi les monuments de l'éloquence antique, il n'en est pas beaucoup qui surpassent et effacent cette harangue.. » (P 690).
- ±21 passé, conime dit l'orat(;ur, pour s'unir et guérir on commun les maux présents ?
Mais ce but si désirable, serait-il donc si difficile de l'atteindre ? Au milieu de ces fatales dissensions , n'y a-t-il pas un point sur lequel tout le monde est d*accord? Tous les partis ne reconnaissent -ils pas qu'il faut à la France un roi , un roi catholique? Eh bien! qu'on se réunisse franchement sur ce terrain commun pour chercher avec loyauté et sans arrière-pensée, parmi ceux qui aspirent à ce rang suprême, celui qui en est le plus digne , ou simplement , si l'on veut , celui qui pourrait s'y maintenir.
Du Vair examine successivement les titres de tous les compétiteurs à la couronne : il analyse avec soin leur situation présente et celle qui leur serait faite par la nouvelle 'dignité, objet de leur ambition, et plus encore de la convoitise de leurs prétendus amis. Le premier candidat est le roi d'Espagne, puis viennent les ducs de Mercœur et de Savoie , un prince lorrain et le duc de Mayenne. L'orateur pèse dans une juste balance leurs droits ou leurs prétentions. Il s'applique surtout à démontrer que cette haute position , entourée de périls , battue d'eff'royables tempêtes , ne . serait tenable pour aucun d'eux, pas même pour le plus puissant, le roi d'Espagne. Il énumère et décrit toutes les charges qui écrasent le souverahi de cet empire colossal ; il expose en détail tous les embarras qui le gênent , le paralysent, et qui deviendraient inextricables, si à toutes ses couronnes il joignait celle de la France, placée sur sa tête ou sur la tête d'un des siens.
Il y a là cinq ou six pages qui sont un véritable chefd'œuvre de discussion politique, vive, animée, sans verbiage, sans emphase, reposant sur une juste appréciation des faits. Toutes armes y sont employées et à propos , jusqu à la fine pointe de raillerie , dirigée même contre les
2!Î8 — plus forts, les Espagnols c qui sont plus deffians que tous les peuples du monde, et ne s'assourent que de ce quils tiennent, voire des deux mains. »
Du Vair insiste (et c'est là en effet son meilleur argunrent) sur la lutte qui ne manquerait pas de s'engager entre le candidat préféré et ses compétiteurs moins heureux. Celui qui réunirait le plus de suffrages , à cause des services qu'il a rendus, est le duc de Mayenne : mais il ne veut pas être roi. Supposons pourtant qu'il se laissât imposer cette charge, voyez ce qui arriverait : « ... Quand M. du Mayne seroit roy d'vn pays ruiné et désolé , qu'il auroit vn fascheux et irréconciliable ennemi parmi toutes ses prouinces, à vostre aduis le duc de Sauoye diffèreroyt-il d'entreprendre sur lui ce qu'il a si hardiment entrepris spr le deffunct roy, lorsque l'Estat estoit entier? Le roy d'Espagne diffèreroit-il à reprendre ce qu'il prétend appartenir à sa maison , la Bourgongne , la Bretagne , les villes de la rivière de Somme et autres. Ou M. du Mayne les laisseroit faire ou il leur résisteroit : s'il les laissoit faire , que scroit-il sinon qu'vn roy de tragédie , qu'on auroit vestu d'habits empruntez pour l'en despouiller? S'il veut résister, comment feroit-il la guerre à ses amis et à ses ennemis , veu qu'auiourd'hui auec tous ses amis, il ne fait que se défendre? Tous les peuples qui crient âuiourd'hui après vn roy, pensent que sitost qu'ils l'auront, ils seront en repos , et verront tout le monde lui obéir. Quand ils verront leurs maux croistre, et les succez fascheux, comme vn prince foiblc, ayant affaire à de forts ennemis, ne les peut guères auoir autres, que diront-ils? Mais quand M. du Mayne pourroit couler toute sa vie et traîner la guerre avec ceste qualité, que deuiendront ses enfans principalement, s'il les laisse ieunes? L'élection vue fois faicte rendra le royaume électif à l'aduenir, car il y aura tousiours force princes qui espéreront estre esleus ; et les
peuples penseront, comme c'est leur naturel, mesme (i) quand ils sentent du mal, que, -changeant, ils seront mieux (2). »
Il serait difficile , je crois , de trouver dans les meilleurs orateurs un raisonnement plus serré et plus animé en même temps. Du Vair sait , comme dit Bossuet , passionner ses arguments pour les inculquer davantage (3),
Ainsi Ton ne sortirait point des dissensions, des discordes civiles , continue l'orateur, et de tous les désordres qu'elles entraînent. N'en a-t-on pas assez souffert? Le peuple sera-t-il toujours aussi résigné ?
La conclusion de ce sage discours n'est pas difficile à prévoir. Lé roi de Navarre est le seul digne de la couronne de France , le seul capable de la porter. Il a pour lui les droits du sang , il est français , et il a au plus haut degré le caractère français ; vaillant et habile à la guerre , nullement vindicatif; il est décidé à se faire catholique. Que faut-il de plus ? 11 peut réunir tous les partis , ou plutôt il leur ôtera toute raison d'être.
L'orateur termine par une touchante prière : il demande à Dieu de sauver tous les Français sans exception , et d'inspirer à tous ceux qui ont la confiance de quelque partie de la nation , la généreuse pensée d'oublier leur intérêt particulier pour diriger ensemble leurs efforts vers le bien général.
Ce discours , comme tous ceux de du Vair, me semble avoir une importance historique qu'il est bien étrange qu'on ait méconnue jusqu'ici (4). Ils abondent tous en renseignementSv
(1 ) Maxime ^ principalement.
(2)P. 49,.édit. 1621.
(3) Bossuet, Logique j liv. \\,/ch. i.
(4) L'orateur nous apprend lui-même qu'il les avait conservés comme
— iai — .
(:nvu'u\ sur rét:it des esprits, sur la situation et la force des fntilis, sur leurs moyens d*action. On y trouve des portraits liflèlement tracés , des tableaux peints d'après nature et de main de maître. J'ai indiqué quelques-uns de ces morceaux intéressants. Il y aurait ù faire sur ce sujet une curieuse étude; mais elle demanderait d'assez longs développements, el , le cadre de cette dissertation pouvant déjà paraître trop vaste , l'ai du renoncer à l'élargir encore.
Telle est l'éloquence de du Vair : il semble qu'elle justifie l'admiration de ses contemporains. En le comparant à ses prédécesseurs et à ceux de son temps, personne ne dut songer à contester ces assertions d'un de ses panégyristes (t) :
docunienU historiques. « Il a créa que beaucoup de choses qui y sont jcmarquécs $elon le vérité des sauuages éuénements qui ont paru suice théâtre de confusion , produit par nostre guerre ciuile , pourvoient aider ceux qui par me fi dette histoire en voudront laisser la mémoire à la postérité... i Edit. de 16:21, in-S®, p. 156; — in-f>, 1641, p. 638 , note en tôle du Sommaire des Harangues faictes en Parlement^ le io juin 1586.
(1; Le docteur Molinier, Discours funèbre sur la mort de Monseigneur du Vair, éuesque de Lisieux et garde des sceaux de France , Paris , Guillaume Loyson , sans date , p. 42-15. — Pour Topinion des contemporains, V. E, Pasqnier, Lettre au libraire Langelier, xv, 10. — Brantôme , Vies des Grands Capitaines , François I«'. — Richelieu, Mémoires, ii, p. 145. — Scipion Dupleix, Histoire de Louis XIII, p. 181. — Inventaire de de Serres, in-fo, p. 996. — Legrain , Décade de Ijjuis XIII . — Mathieu, Histoire de Louis XIII, p. 163-164, in-f", M D XXXI. — Gabriel Guéret, ouvrage cité, p. 159. — Cf. Perrault, Hommes illustres, 1698, p. 97-98, etc. — V. aussi D. Petau, dédicace du Breviar. s. Nicepliori, p. 5-6. — Abel de Sainte-Marthe, Eleg. lib., p. 171 ; EpUjramm., lib. i, Paris, 1632. — Balthazar de Vias, Icon Régis christianiss. Sylv. v, p. 178 et 197. — Gramond, Histor. gallic, ii, 18; ix, p. 424; Id. , Histor. rebellionis prostrat. , p. 293. — Buccard, Elogium funebr. Peireskii. — Gallia Christian., t. XI , p. 806. - Cf. Claude Robert , Gaule chrétienne.
c La France auqit des illustrations dans tous les genres : il ne lui manquoit qu'vn orateur... quand voici paroistre ce grand esprit, orné par la nature de toutes les qualités requises pour former Vhomme éloquent... enrichy des thrésors dtîs sciences , ayant conuerty en son propre suc le meilleur de la substance des autheurs anciens.
« Non qu'il ne s'en trouue quelques-vns , quoyqu'en petit nombre qui parlent et escriuent au<îc grâce , élégance , pureté, ornement, mais celuy qu'on appelle orateur respire ie ne sçay quoy de plus fort, de plus masle et de plus vigoureux que la France n'a pu voir encore , au iugement de tous les gens bien entendus, sinon es harangues et liures de son du Vair. »