Edit. 1770. Amsterdam, t. VI, liv. XVI, pp
2. A'Jf>Iphe OiiMET. La vérité sur la question métisse au yord-Ouest. Montréal, 1889, pp. 14-17.
.le la prospérité de ses armes. La population considérable ((u'elle y a trouvée est un avantage bien plus important. A la vérité, quelques-uns de ces nombreux habitants ont fui une domination nouvelle qui n'admettait entre les hommes d'autre différence que celle des qualités personnelles, de l'éducation, de l'aisance, de la faculté d'être utile à la société. Mais l'émigration de ces êtres méprisables, dont l'importance n'avait pour base que des coutumes barbares, a-t-elle dû être regardée comme une calamité? La colonie n'aurat-elle pas beaucoup gagné à être débarrassée de tous ces nobles oisifs, qui la surchargeaient depuis si longtemps, de ces nobles orgueilleux qui y entretenaient le mépris de tous les travaux? Il faut que les terres soient défrichées, que ses forêts soient abattues, que ses mines de fer soient exploitées, que ses pêcheries soient étendues, que l'industrie et les exportations prennent de raccroissement : il ne
faut que cela.
« . Le Canada a saisi cette vérité. Aussi, malgré les nœuds, ordinairement si forts, du sang, du langage, de la religion, du gouvernement; malgré cette foule do liaisons et de préjugés qui prennent un si fier ascendant sur l'esprit des h.Mnmes, les Canadiens ont-ils paru tout consolés du grand déchirement qui les avait détachés de leur ancienne patrie. Ils se sont facilement prêtés aux moyens qu'employait la Cour de Londres pour fonder sur une base solide leur bonheur
et leur liberté.
« On leur a donné les lois de l'Amirauté anglaise. Mais, à peine ont-ils aperçu cette innovation, parce qu'elles n'intéressaient guère que les conquérants, en possession de tout le commerce maritime de la colonie.
« Ils ont été plus attentifs à l'établissement des lois criminelles de l'Angleterre. C'était un des plus heureux présents que put recevoir le Canada. Aux mystères impénétrables d'une inquisition barbare su*icédait une instruction calme,
raisonnée et publique; un trilnuial terrible, et accoutumé au sang, était remplacé par des [)airs humains, plus disposés à reconnaître l'innocence qu'à présumer le crime.
(( Les peuples conquis ont été plus touchés encore de voir leur liberté personnelle à jamais assurée par la fameuse loi de VHabeas Corpus. Trop longtemps victimes des volontés arbitraires de ceux qui les gouvernaient, ils ont baisé la main bienfaisante qui les tirait de la servitude, pour les faire passer sous la protection des lois.
« Le soin de donner un Code civil au Canada a occupé ensuite le ministère britannique. Ce grand ouvrage, quoique confié à des jurisconsultes éclairés, laborieux et justes, n'a pas encore obtenu la sanction du gouvernement. Si le succès répond aux espérances, il se trouvera enfin une colonie qui aura une législation faite pour son climat, pour sa population et pour ses travaux.
« Indépendamment de ces vues paternelles, la Grande- Bretagne a pensé qu'il était dans les intérêts de sa politique d'amener, par des ressorts cachés, ses nouveaux sujets à l'amour des usages, de la langue, du culte, des opinions de la Métropole. Cette conformité est, en effet, généralement parlant, un des plus solides liens qui puissent attacher des colonies à la patrie principale. Mais nous soupçonnons que la situation actuelle des choses aurait dû faire préférer un autre système. L'Angleterre a aujoui'd'hui si fort à redouter l'esprit d'indépendance qui règne dans l'Amérique septentrionale, qu'il lui était plus avantageux peut-être de maintenir le Canada dans une sorte d'éloignement des autres provinces que de l'en rapprocher par des rapports qui peuvent les unir un jour trop étroitement^ ».
Sur un point, sur un seul, il faut être d'accord avec Raynal. Il voit très bien que l'intérêt véritable de la cou-