‹ Guillaume Raynal, historien du CanadaChapitre 49 sur 62 · GUILLAUME RA\"NAL · texte numérisé non relu

GUILLAUME RA\"NAL

« Comme c'est coaimanément leur pratique et leur mode ordinaire de procéder que de faire saisir les terres et d'en ordonner la vente pour le paiement d'une dette toujours minime, ou, au cas oiî il n'en a point, d'envoyer le débiteur en prison, nous pensons que pas n'est besoin d'insister davantage sur les tristes conséquences de cet état de choses et sur la misérable servitude à laquelle se trouve réduit un peuple dont les personnes et les biens sont ainsi exposés

« S'il pouvait encore manquer quelque chose pour mettre au comble la misère de ce peuple, ce serait de penser que ces pouvoirs, qui avaient originairement pour but d'accommoder le poursuivant et de faciliter le cours de la justice, deviennent l'instfament même de son oppression et de sa ruine, et qu'au lieu d'offrir un moyen expéditif et peu coûteux d'obtenir le recouvrement de faibles créances, ces pouvoirs font instituer ou tolèrent un mode de procédure si compliqué et si dispendieux que (à ne citer qu'un exemple où les frais d'instance, pour une dette de onze livres, se sont nmntés à quatre-vingt-quatre livres) cela doit, ou détourner le créancier d'intenter une action pour recouvrer une créance légitime, mais minime, ou le ruiner, lui ou la partie adverse, et peut-être tous les deux, dans cette poursuite; ce qui probablement arrivera toujours quand un juge de paix regardera son emploi comme une charge lucrative, ce qui ne manquera jamais d'advenir si cet emploi est son principal sinon son seul moyen d'existence »

On n'entend pas diminuer le mérite du général Carleton. Mais il faut se rendre compte que sa générosité a pour point de départ sa prévoyance. Dès 17651, la révolution se prépare dans les Treize Colonies et le .représentant de George III à

1. Le biU du Timbre est de 1760. — La suspension de l'Assemblée législative de Mew-York est de 1767. — C'est en 1770 qu'éclatent à Boston les premières rixes entre les Américains et Ijs soldats anglais.

Québec a compris qu'il n'y avait plus de temps ;ï perdre pour réconcilier les Canadiens avec la domination anglaise. Les événements, en se précipitant, vont donner raison ii Carleton. La Grande-Bretagne se résignera à accorder aux nouveaux sujets une partie de ce régime de liberté qu'on leur a promis, en son nom, pour les désarmer. Par l'acte de 1774, elle les dispensera du serment du test, elle les admettra à prendre part au gouvernement de If'ur pays *.

Dans les quinze premières années de la domination britannique au Canada où est ce gouvernement « aux vues paternelles », que Raynal nous montre si préoccupé de « fonder sur une base solide le bonheur et la liberté des Canadiens »? Jusqu'en 1774, on le cherche en vain.

Et comment veut-on que le réLrime, qui a été si durement apprécié par les Murray et les Carleton, ait fait oublier la France à ces Fran(^ais d'Amérique qui, encore aujourd'hui, après un siècle et demi, et alors qu'ils ont conquis toutes les libertés anglaises, gardent à l'ancienne mère-patrie une affection filiale.

Aussi bien, sur les bords du Sunl-Laurent, la tradition populaire conserve ])ieus^-'men[ la mémoire des patriotes qui n'ont jamais voulu être Anglais. Il a réellement existé ce Jean Sauriol qui, pour son compte, continue la guerre, et. avant de succom.ber, tue autour de Montréal tant et tant de soldats d'Amherst-, et ce Cadot qui, au Sault Sainte- Marie, plus de vingd: ans, maintient le drapeau blanc fleurdelisé". Mais les plus héroïques de ces héros sont encore les « excommuniés ». Les nouveaux sujets étaient tenus à prêter le serment d'allégeance au roi de Grande-Bretagne et d'Irlande. Un certain nombre s'y refusa opiniâtrement. Cette résistance dura si longtemps que l'évêque de Québec

1. Gar><kvl. Hi-itoirf du Canada, 18S2, vol. II, p. 433, 437.

2. Frechettk. La l'u^ijulfi d'un fevple. MontrOal, IS97, pp. 182-192, et note 30.

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