‹ Guillaume Raynal, historien du CanadaChapitre 55 sur 62 · Abbé Geobsel. Mémoires^ i. I, p · texte numérisé non relu

Abbé Geobsel. Mémoires^ i. I, p

4. Washington au Président du Congrès. Frederiksburg, li novembre 177S. Sparks, t. V(. p. lio. — Traduction Guizot, t III, p. 413. — Do.>(1ol. ilistoirt de la parlicipafion de la France à létablisaifimnt des Etats-Unis d'Amérique, t. IV, pp. 39-40.

tinct. elle attendrait d'une victoire remportée sur l'Angleterre la revanche complète de la défaite infligée par l'Angleterre, elle réclamerait les territoires cédés en 1763.

C'est à ce moment que Raynal vient lui assurer que le Canada ne doit pas être reconquis, que les Canadiens ne valent pas la peine d'être regrettés. Ce qu'est le crédit, l'autorité de Raynal on le sait déjà. Dés le premier jour, il a pour lecteur tout ce qui s'enrôle dans l'armée philosophique. A partir de 1781. son succès va être multiplié par le coefficient d'une éclatante réclame. Le Parlement et la Sorbonne condamnent Raynal.

Un livre comme V Histoire philosophique ne pouvait échapper à la persécution. Même on s'étonne qu'il soit épargné si longtemps. On voit là une preuve de plus que Raynal a su se ménager des protections puissantes. Une première alerte en 1775. Le bruit court que les poursuites sont ordonnées, que Pvaynal a dû s'enfuir. Et Voltaire, qui, de Ferney, ne peut vérifier l'exactitude de la nouvelle, est tout en émoi. Il voit d'où part le coup qui frappe l'audacieux philosophe. Il dénonce la coalition des jansénistes et des pharisiens. Il déplore qu'il n'y ait plus moyen, chez lesWelches, de penser honnêtement sans être exposé a la fureur des barbiu^es'. Raynal et Voltaire en seront quittes pour la peur. En 1778, dans ce dernier voyage à Paris qui est son apothéose, Voltaire retrouve Raynal. iMais l'heure de la persécution est proche. Le 14 décembre 1779, un arrêt du Conseil interdit l'entrée de VHisloire philosophique dans le royaume-.

Un autre eût fnit le mort. C'est le moment que Raynal

1. 26 novembre 1770. A M. lo comte d'Argental. Voltaihe. ŒuiTfS complèh's, i dii. liarnier. Corrcsp., t. XVJl, p. ioO.

'2. Interdiciion ([ui n'est du reste suivie d aucun effet. « Quelque rigoureux qu'aient été les ordres envoyés à toutes les barrières du royaume pour dcl'endre 1 entrée de la nouvelle édition de Vllisloh-e des devx Indes, on a trouvé le secret d'en l'aire introduire un tr(>s i^rand nombre d'exemplaires ». Gbim et Dideuot. Con-cs^ ponianr.e littéraire, pulifi^piL- et critique, avril 17SI, t. X, pp. 'r21-V2i.

84 GLILLVUilE RAYNAL

choisit pour publier une nouvelle édition de son livre, où il se nomme', et où il censure, sur le ton le plus vif, la politique du ministère qui vient de s'allier aux Américains -. Une telle bravade n'a qu'une explication : Raynal provoque la persécution; il en attend la consécration définitive de sa gloire. Telle est du moins l'opinion du mieux informé de ses biographes, Durosoir. Ses ennemis vont beaucoup plus loin. Ils lui attribuent un autre dessein d'un machiavélisme extraordinaire. Raynal se rend compte qu'il ne se fera jamais accepter comme l'auteur véritable de VHistoire philosophique. Il n'a qu'un moyen d'affirmer son droit de propriété, de le mettre à l'abri de toutes les revendications. Il se fait condamner. Ses collaborateurs vont-ils réclamer le droit de partager son châtiment? Il sait bien que non'. Quant a lui, il n'a pas peur de l'exil. Bien au contraire, il quittera volontiers ce Paris où il est « las et humilié de vivre avec les auteurs de son ouvrage* ».

Quoi qu'il en soit, que Raynal provoque la persécution ou q-u'il la subisse, on met sous les yeux de Louis XVI les passages de la nouvelle édition qui sont les mieux faits pour le scandaliser, et le r-oi ordonne de poursuivre. A la vérité, les juives ne mettent aucun empressement â obéir. Ils laissent à l'accusé le temps de mettre en sûreté sa personne et sa fortune. On dit môme que lorsque l'heure du départ ne peut plus se reculer, le philosophe en est averti par celui-là précisément qui doit requérir contie lui, l'avocat général Séguier.

Le 2.5 mai 1781, la Grande Chambre et la Tournelle assemblées ordonnent ^ que le livre de R.aynal sera lacéré et brûlé « comme impie, Idasphématoire, séditieux,' tendant à

1. Étlit. de 1T8<), Geni've. — I! avait fléja mis son portrait dans une des éditions d<? ÎTT'i.

2. Édit. ITS"), r.enevo, 10-4°, t. IV, liv. WIU, pp. 'i44-i46.

Page 1