Voir pp
sur les colonies françaises, sur le Canada, d'autres documents à consulter. A la vérité, Raynal ne pouvait ignorer l'importance des documents qui se trouvaient réunis dans ce Dépôt de la Marine dont M. de Clerambault avait été 'l'organisateur. Cliarlevoix l'avait signalée à la suite de son Journal^. S'il est évident que Raynal n'a pas fait de recherches sérieuses aux Archives coloniales, il semble, du moins, probable qu'il y ait recueilli quelques renseignements. Quand il cherche à évaluer ce qu'ont coûté à la France Tentretien et la défense de la colonie pendant les dix dernières années de notre domination 2, on peut supposer qu'il a repris, en les arrondissant, les chiffres d'un tableau de dépenses qui figure au volume 105 de la Correspondance générale du Canada^. Dans tous les cas, voici un passage sur le Ginseng qui est tiré certainement d'un mémoire de Beaucas conservé au volume 103 et que l'historien philosophe a imité d'assez près.
Le Ginseng
BEAUCAS
Les Chinois tiraient le geinsein de la Tartarie... Mais tout le monde convient qu'il faut le cueillir en septembre et le faire sécher dans des greniers sans feu.
En 1752, on le cueillait en may en le séchant au four pour le faire passer la même année. — Mémoire de Beaucas, octobre 1758. Arch.
col. Canada. Gorr. gén. 103, 1758, fol. 508.
RATNAL
Cette plante, que les Chinois tirent de la Corée ou de la Tartarie...
L'empressement qu'excitait cette plante pousse les Canadiens à cueillir dès le mois de mai ce qui ne devait être cueilli qu'en septembre et à faire sécher au four ce qu'il fallait sécher à l'ombre et lentement. — Édit. 1783, Neuchâtel et Genève, t. VII, liv. XVI, p. 278.
1 . Dans la notice bibliographique qu'il met à la suite de son Journal et qu'il intitule « Liste et examen des auteurs que j'ai consultés pour composer cet ouvrage ». — Charlevoix. Journal d'un voyage dans VAmêinque septentrionale, 1744, 1812, GilTart. t. VI, pp. 421-422.
2. Edit. 1783, Neuchâtel et Genève, t. VIT, liv. XVI, pp. 276-277.
3. Tableau des dépenses faites en Canada depuis 1750 jusques et y compris l'année 1760. —Arch. col. Canada. Corr. gén. 105, 1760-1768, fol. 499.
Raynal n'a pas le sens critique suffisamment mis en garde. Quand une anecdote prête à une de ces descriptions brillantes, à une de ces satires vigoureuses où il triomphe, il ne se demande pas d'où elle lui vient. Cette crédulité le fait tomber dans des erreurs divertissantes. Voltaire, qui n'est pas suspect de mauvais sentiments à l'égard de l'historien, n'a pas résisté au plaisir d'en relever quelques-unes dans son Dictionnaire philosophique ^ .
Telle est l'histoire de l'Anglais de la Barbade qui vend sa maîtresse^. Un Anglais, pourchassé par les Caraïbes, ne leur échappe que gràcè à la charité d'une jeune indienne. Elle le cache, le nourrit en secret, finit par le conduire à la côte. Entre temps, elle a donné au blanc « son cœur avec tous les sentiments et tous les trésors de l'amour ». Arrivé à la côte, l'Anglais livre au marchand d'esclaves sa bienfaitrice, l'amante qu'il a rendue mère^. Raynal termine ainsi : « Pour réparer l'honneur de la nation anglaise, un de ses poètes a dénoncé, lui-même, à l'horreur de la postérité, ce monument infâme d'avarice et de perfidie ». Imprudent Raynal, qui va chercher la vérité chez les romanciers et qui ne s'aperçoit pas que la touchante Jarika et le méchant Inkle n'ont jamais existé que dans l'imagination de Richard SteeleM
Raynal est devenu d'une lecture difficile. On se lasse vite d'un style, qui n'est jamais simple, qui, à chaque instant, et sans raison, se hausse au ton oratoire. On a encore plus de peine à prendre son parti de cette liberté que l'historien s'accorde, à tout propos, de sortir de la question et de décla-
1. Voltaire. Dictionnaire philosophique. Art. Ana, anecdote. Œuvres complètes. — Edit. Garnier, t. XVH, p. 196.