Id., p
3. « Ils veulent tous partir à. l'exception de deux familles », écrit Vetch aux lords du commerce, à la date du 14 novembre 1714. Et il ajoute que le départ des Acadiens avec leurs troupeaux dépouillera entièrement la colonie et qu'il aura cet autre inconvénient de procurer aux Français la colonisation « immédiate » du Caj)-Breton. Gasgrain. La Question acadienne et le Rapport sur les archives du Canada pour i894. Québec 1825, pp. 4-7.
4. Édit. 1783, Nouchàtel et Genève, t. VII. liv. XVI, pp. 285-289.
refuse à l'agriculture^ », de l'autre « un pays uni que la nature avait enrichi de prairies abondantes, par une infinité de petites sources qui la traversaient ; un sol extrêmement varié, ouvert à la culture de tous les grains, du gibier... ^ ». L'historique n'est pas aussi satisfaisant. Une erreur, mais pour laquelle Raynal a la circonstance atténuante d'avoir suivi Charlevoix^, c'est de représenter l'île Saint- Jean comme abandonnée après la dissolution de la compagnie que le comte de Saint-Pierre a formée en 1719. A partir de 1720, la nouvelle colonie a des habitants dont le nombre va grandir rapidement^. Ce qui est juste, c'est que les Acadiens s'y sont portés en masse après la paix d'Aix-la- Chapelle, et surtout après le « grand dérangement ». Mais Raynal reste au-dessous de la vérité quand il ûxe le maximum atteint par la population de l'île à trois mille cinq cent cinquante-quatre âmes. En 1757, l'évèque de Québec l'évalue à six mille ^.
La longue période de paix qui suit le traité d'Utrecht est pour le Canada français Ja période la plus heureuse de toute son histoire et c'est aussi naturellement celle où le progrès de la colonie est le plus considérable. Raynal le voit très bien et il a raison de constater que le Nouvelle-France est enfin tirée de l'engourdissement où elle a été si longtemps plongée. Mais ici le philosophe découvre mieux les résultats que les causes. Il a tort lorsqu'il s'imagine que « le bon esprit qui se répand alors dans une grande partie du globe ^ » soit pour quelque chose dans cet essor. Si Louis XV a des
1. Édit. 1783, Neuchâtel et Genève^ t. VII, liv. XVI, p. 207. 2 Id., p. 212.
3. Gharlevoix. Histoire de la Nouvelle-France^ Ylkk, in-12, Giffart, t. IV, liv. XX, pp. 148-149.
4. Dix-neuf familles en 1721, quatre- vingt-une en 1735, six cent cinquante-trois habitants en 1748. Casgrain. Une seconde Acadie, pp. 30, 59, 270.
5. Lettre de l'évèque de Québec à l'abbé de Villedieu. 30 octobre 1757. Id. p. 330.
6. Édit. 1783, Neuchâtel et Genève, t. VII, liv. XVI, p. 262.
ministres qui sont à l'école des philosophes et des économistes le Canada ne s'en aperçoit guère.
Raynal est très frappé de la multiplication des colons. Il se laisse même aller à en exagérer l'importance. On ne sait où il a trouvé ces recensements de 1753 et de 175,8 qui portent le nombre des Français du Canada à quatre-vingt mille hommes, indépendamment des troupes réglées ^ Le dernier recensement officiel que l'on possède aux archives coloniales, celui de 1754, ne donne que cinquante-cinq mille neuf habitants 2. Qu'importe! De 1714 à 1754 la population du Canada n'en a pas moins triplé.
Mais d'où vient l'accroissement? On ne peut pas dire que Louis XV n'ait pas envoyé de colons au Canada. Il accorde chaque année le mise en réforme de quelques soldats 3; il leur fait distribuer des terres. Mais avec une garnison qui ne dépasse guère sept cents hommes*, cela ne va pas bien loin. Les vrais colons de Louis XV sur les bords du Saint- Laurent on les tire des geôles du royaume. De 1723^ à 1749^ on réserve à la plus importante des colonies françaises la fine fleur des braconniers et des faux-sauniers. On y joint des fils de famille dont les familles tiennent à se débarrasser.
Au total, pour toute la période et pour les deux catégories, de quatre à cinq mille hommes'^. Maigre recrue et trop souvent de qualité déplorable. Si, en quarante ans, la population de la colonie passe de moins de vingt mille âmes à près de soixante mille, cela n'est pas le fait de Timmigration. De ces Français qui peuplent le Canada au milieu du xviii** siècle, la grande masse descend des compagnons de Champlain,
1. Édit. 1783, Neuchâtel et Genève, t. VIÏ, liv. XVI, p. 262.
2. Censures of Canada, 1665 to 1871, Ottawa, 1876, vol IV, p. 61.
3. Sai.onb. La Colonisation de la Nouvelle-France, pp. 343-346.
4. 628 soldats au Canada en 1716. Arch. col. Canada. Corr. gén. 36, 1716, fol. 97.