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citoyen du monde, et, ce qui est infiniment honorable, préoccupé de remplir jusqu'au bout son devoir d'impartialité, de prendre parti pour son pays dans les conflits territoriaux qui, en Amérique, provoquent la reprise des hostilités entre la France et l'Angleterre. Mais, quand même, on s'étonne qu'il mette tant de soin à passer sous silence ce qui pourrait donner les torts à nos rivaux. Il semble trouver naturel que George II fasse attaquer nos navires de guerre, capturer nos navires de commerce, sans nous avoir déclaré la guerre ^ Il a, du moins, rendu l'hommage mérité aux défenseurs de la Nouvelle-France à « ces misérables restes d'un corps de sept mille hommes, qui n'avait jamais été recruté, et qui, aidé de quelques miliciens et de quelques sauvages, avait fait de si grandes choses ^ ».
Somme toute, dans l'ensemble de son histoire, Raynal a bien jugé sinon les Canadiens, du moins le Canada. Sans posséder le don de divination d'un Talon, d'un Vauban, d'un La Galissonnière, sans voir ce que sera le riche Canada du xx*" siècle, il a compris que cette colonie avait une valeur, un avenir; il a marqué avec soin tous les progrès accomplis pendant la dernière période de la domination française. Quand il se pose cette question, qui est la conclusion obligatoire d'un ouvrage sur le Canada au lendemain de la conquête anglaise : « Le Canada méritait-il le sacrifice de ce qu'il coûtait à la métropole^? » S'il répond par un non, il se hâte
1. « Alors commencèrent, entre les Anglais et les Français de l'Amérique septentrionale, des hostilités plutôt autorisées qu'avouées par leurs métropoles. Cette guerre sourde convenait extrêmement au ministère de Versailles, qui, sans commettre sa faiblesse, réparait peu à peu les pertes qu'il avait faites dans les traités où il avait reçu la loi. Des échecs réitérés ouvrirent enfin les yeux à la Grande-Bretagne sur la politique de sa rivale, George TI pensa qu'une situation équivoque ne convenait pas à la supériorité de ses forces maritimes. Son pavillon reçut Tordre d'insulter le pavillon français sur toutes les mers... » Édit. 1783, Neuchâtel et Genève, t. VII, liv. XVI, p. 285.