Id., pp
les professions les plus modestes; il ne peut pas être chirurgien, pas même apothicaire ^ Il est parqué dans une caste inférieure qui fournit des marchands et des laboureurs.
Tout est aux mains des quatre ou cinq cents Anglais et Ecossais* qui forment le premier convoi de l'immigration anglo-saxonne sur les bords du Saint-Laurent. Et ce qui rend intolérable cet état d'infériorité, où sont rejetés les descendants des défricheurs du sol, c'est l'indignité de ces nouveaux venus qui, par droit de conquête, deviennent leurs maîtres. Laissons-les juger par Murray. « Ce sont pour la plupart des hommes de basse éducation et les plus immoraux qu'il ait jamais vus 3. » Il y a pis. Parmi ces gens qui valent si peu, ce sont ceux précisément qui valent encore le moins, ceux qui ne peuvent réussir par le travail honnête, qui sollicitent le plus âprement les fonctions judiciaires, et qui, par l'abstention des autres, les obtiennent. Ces singuliers magistrats, dont une moitié a fait banqueroute, cherchent naturellement à se refaire aux dépens du public. Un de leurs procédés favoris c'est d'augmenter le chiffre de leurs émoluments en multipliant les procès. Ils envoient dans les paroisses (( des huissiers avec des citations en blanc à l'affût de toute querelle ou discorde légère parmi les habitants, les poussant à la suivre, les forçant en quelque sorte à plaider pour ce qu'ils auraient aisément réglé à l'amiable, leur faisant supporter des frais extravagants». On pourrait croire que le réquisitoire est de mauvaise foi, que les griefs sont, outre mesure, grossis par les rancunes patriotiques de quelque Français du Canada. Non pas. Du premier au dernier mot,
1. Pétition des habitants trançais, sans date, probablement de 1765. — Archives Canadiennes, Ottawa. Collection Haldimand, B. VIII, p. 121.
2. Quatre cent cinquante méprisables cantiniers et trafiquants. — Murray à lord Shelburne. 20 août 1666. — Archives Canadiennes. Ottawa. Collection Haldimand. B. VIII, p. 1.