‹ Guillaume Raynal, historien du Canada; étude critiqueChapitre 5 sur 68 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Guillaume-Thomas Raynal.

Raynal avant la publication de VEistoire philosophique. — Appréciations contradictoires sur Raynal : Rousseau, Voltaire ; le Raynal démasqué. — Accusation d'improbitc littéraire. — Raynal et ses collaborateurs. — Ses plagiats. — Raynal est-il l'auteur des parties de VEistoire philosophique qui sont consacrées au Canada?

Guillaume-Thomas Raynal est né le 12 avril 1713, à Saint- Geniez-du-Rouergue ^ Élevé parles Jésuites 2, lise fait admettre dans leur ordre. Mais il rompt bientôt avec la fameuse société et vient chercher fortune à Paris. Là, il essaie de vivre du sacerdoce. Il en vit très mal. Il fait de la prédication sans succès'. Il en est bientôt réduit à dire des messes à huit sols. Le séjour dans la grand'ville achève une conversion qui, sans doute, est préparée depuis longtemps. Il finit par abandonner tout à fait l'Eglise. Le voilà philosophe. Il se lance dans la littérature ; il publie, coup sur coup, des com-

1. Et non le 11 mars 1711, comme on le trouve généralement dans les articles biographiques où l'on copie l'article de Durosoir de la Biographie universelle. La date du 12 avril est donnée par Raynal lui-même dans une pièce dont il a été publié un fac-similé en tète de l'édition de Peuchet, 1820.

2. Biographie universelle. Art. Raynal par D-r-r (Durosoir), t. XXXV, pp. 261-

3. « Je ne prêchais pas mal, disait Raynal à son ami Morellet, mais j'avais un assent de tous les diables. » Morellet. Mémoires, ch. xi, p. 221.

pilations volumineuses, VHistoire du Parlement d'Angleterre et du Slathoudérat (1748), les Mémoires de Paris (1749), les Anecdotes littéraires (1750), V Ecole militaire (1762), VHistoire du divorce de Henri VIII (1763).

Tout cela ne s'élève pas au-dessus du médiocre. Pourtant, Raynal n'a point perdu son temps. Il a su conquérir d'illustres relations; il a forcé la porte des salons où se font les réputations ^ Il est reçu chez Madame GeofErin, chez d'Holbach, chez Helvetius^. Il a ses entrées chez les ministres^. C'est sur l'ordre du ministre de la Guerre, Puisieux, qu'il compose VEcole militaire, sorte de morale en action à l'usage des futurs officiers de l'armée royale. C'est encore Puisieux qui lui fait donner le Mercure. Entre temps, Raynal, qui a le génie des affaires, qui vend très bien ses livres et son journal, est devenu riche. Bref, c'est un homme arrivé qui publie, en 1770, la première édition de VHistoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes.

Raynal est aujourd'hui ramené au rang qu'il n'eût pas du dépasser, c'est-à-dire au second. Mais, pendant cinquante ans, il a fait figure de grand homme. Et, ce qui donne la mesure de l'importance du personnage, sa vie et son œuvre ont suscité à la fois des enthousiasmes passionnés et des antipathies violentes. Pour celui-ci, Cherhel Montréal, qui prononce l'éloge du philosophe au lendemain de sa mort, u tous les instants de sa vie furent consacrés au culte de la justice et de la liberté^ ». Pour celui-là, l'auteur anonyme

1. QuERARi). La France littéraire ou Dictionnaire bibliographique. Paris, 1835, t. VII, p. 47.

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