Arrêt de la Cour du Parlement, pp
soulever les peuples contre les principes fondamentaux de l'ordre civil » et aussi que l'auteur (< sera pris et appréhendé au corps et amené es prisons du palais ». Les théologiens, que l'on eut pu croire plus pressés, attendent encore deux ans avant de condamner ce ministre des autels « pour qui i\ n'est point d'autres crimes » que de professer la religion chrétienne, de chérir, honorer, respecter les rois^ ».
L'arrêt du Parlement et la censure de la Sorbonne passent de main en main. Un libraire de Genève, Pellet, se hâte de les publier dans un Recueil de diverses pièces servant de supplément à r Histoire philosophique'^. C'est là pour Raynal, une réclame sans pareille. On dirait que les juges et les prêtres se chargent de répandre à travers le monde les doctrines qu'ils ont mission de réprouver. Cette double sentence réunit toute la matière d'un florilège, où seraient mises en valeur les plus séditieuses, les plus blasphématoires de ces idées dont il s'agit d'enrayer la propagande.
Là apparaît toute l'intrépidité du penseur. A la face des rois absolus il réclame pour les sages de la terre le droit de faire la loi. Il conseille aux peuples d'appliquer cette coutume antique de Ceylan qui assujettit le souverain à l'observation de la loi, et qui, s'il la viole, l'envoie à la mort 3. Là, Raynal réduit le dieu des juifs, ce dieu jaloux, colère, vindicatif, h n'être qu'un dieu local, tel que ceux des autres nations*. Là, il porte sur le christianisme un jugement qui donne la mesure de son audace. Il en fait « la plus misérable des superstitions^ ».
Cependant qu'on le brûle à Paris, Raynal parcourt l'Europe.
1. Censure de la Faculté de théologie de Paris, pp. 158 et 160.
2. Recueil de diverses pièces servant de supplément à l'Histoire philosopliiquo, par Raynal. Genève, Jean-Léonard Pellet, 1783. — U Arrêt de la Cour, pp. 127-150; la Censure de la Sorbonne, en latin et en frajiçais, pp. 151-457.