‹ Guillaume Raynal, historien du Canada; étude critiqueChapitre 58 sur 68 · Abbé Georgel. Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

Abbé Georgel. Mémoires, t. I, p

4. Washington au Président du Congrès. Frederiksburg, 14 novembre 1778. Sparks, t. VI. p. 146. — Traduction Guizot, t III, p. 413. — Doniol. Histoire de la participation de la France à V établissement des États-Unis d'Amériqae, t. IV, pp. 39-40.

tinct, elle attendrait d'une victoire remportée sur l'Angleterre la revanche complète de la défaite infligée par l'Angleterre, elle réclamerait les territoires cédés en 1763.

C'est à ce moment que Raynal vient lui assurer que le Canada ne doit pas être reconquis, que les Canadiens ne valent pas la peine d'être regrettés. Ce qu'est le crédit, l'autorité de Raynal on le sait déjà. Dès le premier jour, il a pour lecteur tout ce qui s'enrôle dans l'armée philosophique. A partir de 1781, son succès va être multiplié par le coefficient d'une éclatante réclame. Le Parlement et la Sorbonne condamnent Raynal.

Un livre comme V Histoire philosophique ne pouvait échapper à la persécution. Même on s'étonne qu'il soit épargné si longtemps. On voit là une preuve de plus que Raynal a su se ménager des protections puissantes. Une première alerte en 1775. Le bruit court que les poursuites sont ordonnées, que Raynal a dû s'enfuir. Et Voltaire, qui, de Ferney, ne peut vérifier l'exactitude de la nouvelle, est tout en émoi. Il voit d'où part le coup qui frappe l'audacieux philosophe. Il dénonce la coalition des jansénistes et des pharisiens. Il déplore qu'il n'y ait plus moyen, chez les Welches, de penser honnêtement sans être exposé à la fureur des barbares ^ . Raynal et Voltaire en seront quittes pour la peur. En 1778, dans ce dernier voyage à Paris qui est son apothéose, Voltaire retrouve Raynal. Mais l'heure de la persécution est proche. Le 14 décembre 1779, un arrêt du Conseil interdit l'entrée de V Histoire philosophique dans le royaume^.

Un autre eût fait le mort. C'est le. moment que Raynal

1. 26 novembre 1775. A M. le comte d'Argental. Voltaibe, Œuvres complète f>, 1 dit. Garnier. Corresp., t. XVll, p. 430.

2. Interdiction qui n'est du reste suivie d'aucun effet. « Quelque rigoureux (ju'aient été les ordres envoyés à toutes les barrières du royaume pour défendre l'entrée de la nouvelle édition de VHistoire des deux hides, on a trouvé le secret d'en l'aire introduire un très grand nombre d'exemplaires ». Gkim et Diderot. Co7Tes^ pondance littéraire^ politique et critique^ avril 1781, t. X, pp. 421-424.

choisit pour publier une nouvelle édition de son livre, où il se nomme ^ et où il censure, sur le ton le plus vif, la politique du ministère qui vient de s'allier aux Américains*. Une telle bravade n'a qu'une explication : Raynal provoque la persécution; il en attend la consécration définitive de sa gloire. Telle est du moins l'opinion du mieux informé de ses biographes, Durosoir. Ses ennemis vont beaucoup plus loin. Ils lui attribuent un autre dessein d'un machiavélisme extraordinaire. Raynal se rend compte qu'il ne se fera jamais accepter comme l'auteur véritable de V Histoire philosophique. Il n'a qu'un moyen d'affirmer son droit de propriété, de le mettre à l'abri de toutes les revendications. Il se fait condamner. Ses collaborateurs vont-ils réclamer le droit de partager son châtiment? Il sait bien que non 3. Quant à lui, il n'a pas peur de l'exil. Bien au contraire, il quittera volontiers ce Paris où il est « las et humilié de vivre avec les auteurs de son ouvrage* ».

Quoi qu'il en soit, que Raynal provoque la persécution ou qu'il la subisse, on met sous les yeux de Louis XVI les passages de la nouvelle édition qui sont les mieux faits pour le scandaliser, et le roi ordonne de poursuivre. A la vérité, les juges ne mettent aucun empressement à obéir. Ils laissent à l'accusé le temps de mettre en sûreté sa personne et sa fortune. On dit même que lorsque l'heure du départ ne peut plus se reculer, le philosophe en est averti par celui-là précisément qui doit requérir contre lui, l'avocat général Séguier.

Le 25 mai 1781, la Grande Chambre et la Tournelle assemblées ordonnent^ que le livre de Raynal sera lacéré et brûlé « comme impie, blasphématoire, séditieux, tendant à

1. Édit. de 1780, Genève. — Il avait déjà mis son portrait dans une des éditions de 1774.

2. Édit. 1780, Genève, in-40, t. IV, liv. XVIII, pp. 444-446.

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