LES FEMMES
Dieu du ciel !
TELL, au gouverneur.
Épargnez-moi ce coup. Voici mon cœur, ordonnez à vos soldats de me tuer, (li présente
8a poitrine.)
GESSLER
Je ne veux pas ta vie, je veux que tu tires. Tu peux tout, Tell, rien ne t'eilraye ; tu manies la rame comme l'arbalète ; nul orage ne t'épouvante, s'il faut sauver quelqu'un; à présent, libérateur, sauve-toi toi-même, puisque tu sauves les autres. (Teii est livré à un?
violente agitation, ses mains tremblent. Tantôt ses >eux se tournent vers le gouverneur, tantôt ils s'élèvent vers le ciel. Tout à coup il prend dans son carquois une seconde flèche et la cache dans son sein. Le gouverneur remarque tous ses mouvements.)
WALTHER, sous le tilleul.
Tirez, mon père ; je n'ai pas peur.
TELL
Il le faut. (Il rassemble ses forces et sapprète à tirer.)
RUDE:nS, qui pendant ce temps a cherché à se contraindre, s'avance.
Seigneur gouverneur, vous ne pousserez pas ceci plus loin. Non , ce n'était qu'une épreuve... Vous avez atteint votre but. Une rigueur poussée trop loin ne serait pas conforme à la prudence, et l'arc trop tendu se brise.
GESSLER
Taisez-vous jusqu à ce qu'on vous interroge.
RUDENS.
Je parlerai, je le dois; l'honneur de l'empereur m'est sacré. Une pareille conduite attirerait la haine universelle, et telle n'est pas la volonté de l'empereur , j'ose raffirmer.
Mes concitoyens ne méritent pas une telle cruauté, et votre pouvoir ne o' étend pas jusque-là.
GESSLER
Comment ! vous osez ! . . .
RUDENS.
J'ai longtemps gardé le silence sur toutes les mauvaises actions dont j'éiais témoin, je fermais les yeux sur ce que je voyais, j'ai contenu dans mon sein l'indignation qui soulevait mon cœur; mais me taire plus longtemps, ce serait trahir à la fois ma patrie et mon honneur.
BERTHE se jette entre ui et le fçouverneur.
0 Dieu! vous irritez encore davantage ce furieux.
RUDENS.
J'ai abandonné mes concitoyens, j'ai renoncé à ma famille, j'ai rompu tous les liens de la nature pour m'attacher à vous. Je croyais agir pour le mieux en affermissant ici la puissance de l'empereur. Le bandeau tombe de mes yeux. Je me vois avec effroi entraîné dans un abîme ; vous avez égaré ma pensée imprévoyante et trompé mon cœur confiant. Avec la volonté la plus noble, je perdais mes compatriotes.
GESSLER
Téméraire ! parler ainsi à ton seigneur !
RUDENS.
L'empereur est mon seigneur, et non pas
CxUlLLAlIME TELL 101
voHS. Je suis né libre comme vous, je suis votre égal en tout ; et si vous n'étiez pas ici au nom de l'empereur, que j'honore, même quand vous abusez de votre pouvoir, je jetterais ici le gant devant vous, et, d'après la
loi des chevaliers, vous devriez me rendre
raison. Oui, faites signe à vos soldats; je ne suis pas sans armes comme le peuple ; j'ai une épée, et celui qui m'approchera...
STAL'FFACHER, crie :
La pomme est tombée ! (Pendant que tout le monde était tourné du côté du gouverneur et de Rudens,
Teli u Umcé sa flèciie.)
LE CURÉ
L'enfant vit t