‹ Guillaume TellChapitre 15 sur 30 · WEILER · texte numérisé non relu

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Je paye l'impôt aux seigneurs des Rappersweil.

WALTHER FURST

Vous continuerez à leur payer l'impôt et les redevances.

ROSSELMAXX.

J'ai prêté serment à l'abbé de Zurich.

WALTHER FURST

Vous rendrez à l'Eglise ce qui est à l'Eglise.

STAUFFACHER

Je relève directement de l'Empire.

WALTHER FURST

Que chacun accomplisse ses devoirs et rien de plus. Noue voulons chasser les gouverneurs et leurs satellites et renverser leurs forteresses, mais, s'il se peut, sans répandre de sang. Que l'empereur sache que nous avons été contraints de nous écarter du respect que nous lui devons: s'il nous voit demeurer. après, dans de justes bornes, peut-être les conseils de la politique le porteront-ils à vaincre sa colère. Vn peuple qui sait, le glaive à la main, conserver de la modération, inspire une juste crainte.

REDIXG.

Mais cependant comment y parvenir? L'ennemi a les armes à la main, et sûrement il ne cédera pas sans combattre.

STAUFFACHER

Il sera contraint de céder, s'il ne nous voit en armes qu'à l'instant où nous le surprendrons, avant qu'il soit préparé à la défense.

MEIER.

Cela est bientôt dit, mais difficile à faire. Deux forteresses commandent tout notre pays; c'est l'asile de nos ennemis, et si l'empereur arrivait dans la contrée, elles deviendraient plus redoutables encore. Rossberg et Sarnen doivent être surpris avant qu'un seul glaive ait été tiré dans les trois cantons.

STATJFFACHER.

Si Ton tarde longtemps, l'ennemi sera prévenu; le secret est partagé entre trop de personnes.

MEIER.

Il n'y a pas un traître dans les trois cantons.

KOSSELMANK.

On est trahi souvent par le zèle même le -plus pur.

WALTHEK FURST.

Si l'on tarde, la forteresse que l'on construit à Altdorf s'achèvera, et le gouverneur s'y fortifiera.

MEIER.

Vous songez à vos intérêts.

ROSSELMAXX.

Et vous, vous êtes injustes.

MEIER.

Xous injustes! et les gens dTTri osent nous faire ce reproche!

REDIXG.

X'oubliez pas votre serment: calmez-vous.

MEIER.

Si Schwitz est d'intelligence avec "Cri, nous n'avons plus qu'à nous taire.

REDIXG.

Je dois vous reprocher devant toute l'assemblée d'avoir troublé la paix par des paroles trop vives. Eh! ne sommes-nous pas tous ici pour la même cause?

TTIXKELRIED.

Xous pourrions attendre jusqu'à la fête du gouverneur: alors c'est l'habitude que tous les vassaux aillent dans le château lui porter des présents. Dix ou douze hommes pourraient s'y introduire sans être soupçonnés. Ils cacheraient sur eux des fers de lance qu'ils pourraient placer ensuite à leurs bâtons, car il est défendu d'entrer au château avec des armes. Une troupe nombreuse se tiendrait tout auprès dans

la forêt; quand les autres auraient réussi à s'emparer de la porte, ils sonneraient de la trompe, et tous sortiraient alors de leur embuscade; de la sorte le château tomberait facilement entre nos mains.

REDIXG.

Est-ce la volonté de tous que Ton diffère l'exécution?

(La majorité lève la main.)

STAUFFACHER Compte Us VOIX.

Il y a vingt voix contre douze.

WALTHER FURST

A un jour marqué, on allumera pour signal des feux sur le sommet des montagnes, et tous les habitants se rassembleront dans le chef-lieu du canton. Quand les gouverneurs nous verront prêts à nous défendre vaillamment, croyez-moi, ils ne tenteront pas le combat et accepteront un sauf-conduit pour sortir paisiblement de nos frontières.

STAUFFACÎIER.

Je crains seulement la résistance opiniâtre de Gessler : il est redoutable et toujours entouré de gardes. Il ne quittera pas la place sans effusion de sang, et, même expulsé, il sera encore à craindre pour le pays. Il sera difficile et dangereux de l'épargner.

BATJMGARTEN".

Placez-moi au lieu où le danger sera le plus grand ; j'exposerai volontiers pour mon pays cette vie qua

Tell a généreusement sauvée: j'ai vengé mon honneur, mon cœur est satisfait.

BEDING.

Le temps porte conseil; sachez attendre avec patience ; il faut aussi abandonner quelque chose à Tinspiration du moment; mais tandis que nous sommes ici à délibérer, voici le sommet des hautes montagnes qui s'éclaire et nous avertit de l'approche du matin. Partons, séparons-nous avant d'être surpris par la lumière du jour.

WALTHER FURST

Xe vous inquiétez pas; l'obscurité se dissipe lentement dans ces vallées.

(Tous, par un mouvement spontané, ôtent leurs chapeaux et semblent saluer l'aurore avec un recueillement silencieux.)

BOSSELMAKK.

Au nom de cette lumière que le ciel nous envoie longtemps avant qu'elle ait pénétré les vapeurs épaisses des cités, faisons tous le serment de l'alliance nouvelle. . . Xous jurons ici de former un seul peuple de frères que les malheurs et les dangers ne sépareront jamais. (Tous répètent le même serment en levant au ciel les trois doigts de la main droite.) Xous jurons d'être libres ainsi que l'ont été nos pères, et de préférer toujours la mort à l'esclavage. (Tous répètent encore.) Xous jurons de mettre notre confiance en Dieu tout-puissant, et de ne point craindre la puissance des hommes.

(Tous répètent encore, puis ils s'embrassent mutuellement.)

chœue (ad libitum).

Jurons, jurons par nos dangers, Par nos malheurs, par nos ancêtres.

Au Dieu des rois et des bergers, De repousser d'injustes maîtres.

Si parmi nous il est des traîtres, Que le soleil de son flambeau Eefuse à leurs yeux la lumière, Le ciel, l'accès à leur prière, Et la terre, un tombeau.

(Tiré de V opéra de Guillaume Tell de Rossini.)

STAUFFACHEB.

Maintenant, que chacun reprenne tranquillement son chemin et retourne auprès de ses amis et de ses compagnons; que le berger ramène son troupeau et dispose sans bruit ses amis à entrer dans l'alliance. Supportez avec patience ce qui doit encore être souffert jusqu'au moment fixé. Laissez la tyrannie accumuler ses injures jusqu'à ce que le jour arrive où il lui sera demandé un compte général et particulier de ses offenses. Domptez votre colère et réservez votre vengeance pour la vengeance de tous. Celui qui voudrait maintenant défendre sa propre cause, se rendrait coupable envers la cause commune.

(Pendant qu'ils s'éloignent dans le plus grand silence de trois côtés différents, l'orchestre fait entendre une éclatante symphonie.)

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