SCENE III
FRIESSHARDT et LEUTHOLD montent la garde. LEUTHOLD.
C'est bien vainement que nous veillons ici; personne ne veut y passer ni faire sa révérence au chapeau. Il y avait pourtant d'ordinaire autant de monde ici qu'à une foire; maintenant que cet épouvantail est suspendu à cette perche, la place est devenue déserte.
FRIESSHARDT.
Ils sont forcés de passer ici à midi, quand ils sortent de la maison de ville.
leuthold, après un moment de silence.
Ecoute, camarade, je commence à trouver que nous sommes là comme au carcan devant ce chapeau; n'est-ce pas une honte pour un homme d'armes que d'être en faction devant un chapeau vide? et tout honnête homme doit nous mépriser! Faire la révérence à un chapeau, il faut avouer que c'est une extravagante consigne.
FRIESSHARDT.
Et pourquoi ne pas saluer un chapeau vide et creux? ne t'est-il pas arrivé souvent de saluer une tête sans cervelle?
(Des enfants arrivent et tournent autour du mât.)
LEUTHOLD.
Tu es un zélé et officieux valet, et tu ferais volontiers du mal à ces braves gens. Pour moi, passe qui voudra devant ce chapeau, je ferme les yeux et ne vois rien.
1er EXFAXT.
Là est pendu le gouverneur, ayons du respect, camarades!
2e EXFAXT.
Dieu veuille qu'il nous quitte en ne nous laissant que son chapeau! le pays n'en sera pas plus malheureux.
friesshardt les renvoie.
Hors d'ici! allez-vous-en, misérable troupeau de gamins, on n'a pas besoin de vous ici; envoyez vos papas, s'ils se sentent le courage de braver la consigne.
(Ils s'en vont.)
(Tell paraît; il tient son arbalète et donne la main à son enfant. Ils passent devant le chapeau sans le voir, et arrivent sur le devant de la scène.)
walthee, en montrant les montagnes de Bannberg.
Père, est-il vrai que dans ces montagnes le sang coule des arbres, lorsqu'on les frappe avec la hache?