‹ Guillaume TellChapitre 28 sur 30 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

Vieillard, veux-tu me faire violence? Retire-toi.

LE VIEILLARD

Justice, gouverneur! Tu es juge dans ce pays pour tenir la place de l'empereur et de Dieu; remplis ton devoir. Comme tu attends justice du ciel, fais-nous justice.

GE88LEK.

Arrière, qu'on chasse de mes yeux ce peuple insolent.

le vieillard le retient par son habit.

Xon, non, je n'ai plus rien à perdre, tu ne sortiras pas de ce lieu avant de m'a voir rendu justice ; fronce le sourcil, lance-moi des regards menaçants, que m'importe? Xotre malheur est sans bornes; nous n'avons plus rien à craindre de ta colère.

GESSLER

Vieillard, retire-toi, ou je vais te fouler aux pieds.

LE VIEILLARD

Eh bien, passe sur mon corps. (Il pousse ses enfants à terre, et se précipite avec eux au milieu du chemin. )Me voici avec mes petits enfants. Ecrase ces malheureux orphelins sous tes pieds; ce ne sera pas la pire de tes cruautés.

RODOLPHE

Vieillard, tu es donc insensé?

LE VIEILLARD poursuit avec Vivacité.

Aussi bien ne foules-tu pas depuis longtemps sous tes pieds le pays de l'empereur? Ah! je ne suis qu'un vieillard! Si j'étais plus jeune, je trouverais quelque chose de mieux à faire qu'à me prosterner ici dans la poussière.

(On entend de nouveau sur la hauteur la musique de la noce, mais dans le lointain.)

GESSLER

Où sont mes hommes d'armes? Qu'on arrache ce vieillard d'ici, ou je cesserais de me contenir, et je ferais. . . ce que je ne veux pas faire.

RODOLPHE

Vos gardes ne peuvent point passer, le chemin creux est embarrassé par une noce.

GESSLER

Oui, je suis encore pour ce peuple un maître trop indulgent. Les discours ont encore trop de licence,

il n'est pas encore dompté comme il devrait l'être; mais tout ceci changera, je le jure. Je briserai cette inébranlable obstination, je ferai plier cet audacieux esprit de liberté: je veux faire régner sur cette contrée une loi nouvelle. Je veux. . . (Il lève le pied pour l'appuyer sur la tête du vieillard . . . Une flèche Fatteint . Il porte la main sur son cœur et chancelle, et d'une voix étouffée, il ajoute:) Dieu, aie pitié de moi!

RODOLPHE

Monseigneur. . . Grand Dieu! qu'est-ce donc? D'où cela vient-il?

le vieillard se relève.

Au meurtre!... au meurtre!... il chancelle, il tombe; il est blessé. . .

Rodolphe soutient Gessler.

Quel funeste événement!... Dieu!... seigneur chevalier. . . invoquez la miséricorde de Dieu; vous êtes un homme mort.

GESSLER

C'est la flèche de Tell.

(Il tombe dans les bras de Rodolphe le Haïras, qui le dépose sur le banc de pierre.)

tell se montre sur le haut du rocher.

Tu as reconnu d'où partait le coup; n'en soupçonne personne autre. Les chaumières sont délivrées,

l'innocence n'a plus rien à craindre de toi, tu ne désoleras plus cette contrée.

(Il disparaît de dessus le rocher. Le peuple se précipite sur la scène.)

STUSSI.

Que se passe- t-il? Qu'est-il arrivé?

LE VIEILLARD

Le gouverneur a été percé d'une flèche.

le peuple se presse en foule.

Qui est-ce qui a été frappé?

(Pendant qu'une partie de la noce est sur le devant de la scène, le reste est encore derrière sur la hauteur, et la musique continue.)

RODOLPHE LE HARRAS.

Il perd tout son sang. Allez, chercher du secours, poursuivez le meurtrier. . . Malheureux, il faut donc que tu périsses ainsi! pourquoi ne voulais-tu pas écouter mes avis?

STUSSI.

Par Dieu! Le voilà étendu pâle et inanimé.

PLUSIEURS VOIX

Qui a fait le coup?

EODOLPHE.

Ce peuple est donc insensé de faire ainsi de la musique à un meurtre? Qu'on les fasse taire. (La musique cesse et la foule du peuple s'accroît.) Seigneur gouverneur, parlez si vous le pouvez. N'avezvous rien à me confier? (Gessler fait des signes avec la main qu'il répète avec vivacité parce qu'ils n'ont pas été immédiatement compris.) Où dois-je aller? à Kussnacht?. . . Je ne vous comprends pas... Oh! ne vous impatientez pas!. . . Quittez toutes les pensées terrestres; songez seulement à vous réconcilier avec le ciel.

(Toute la noce entoure le mourant avec une horreur sans compassion. )

STUSSI.

Voyez comme il pâlit. La mort arrive jusqu'à son cœur, ses yeux sont éteints.

le vieillard élève un de ses enfants dans ses bras.

Eegardez, enfants, regardez comment meurt un monstre.

RODOLPHE LE HARRAS.

Insensé, avez-vous donc perdu tout sentiment, de repaître ainsi vos regards de cet affreux spectacle? Secourez-moi; venez à mon aide. Personne ne m'aidera-t-il à retirer de son sein cette horrible flèche?

le peuple se retire.

Nous, toucher celui que Dieu a frappé!

RODOLPHE LE HARRAS.

Malédiction sur vous et damnation!

(Il tire son épée.)

sttjssi lui arrête le bras.

Gardez-vous-en, seigneur! votre pouvoir est fini, le tyran de cette contrée est tombé; nous ne supporterons plus aucune violence; nous sommes libres!

tous, avec tumulte.

Nous sommes libres!

RODOLPHE LE HARRAS.

En sommes-nous venus là! la terreur et l'obéissance se seraient-elles si rapidement évanouies? (Il s'adresse aux serviteurs armés qui V entourent.) Vous voyez l'homicide attentat qui s'est accompli ici. . . Tout secours est superflu . . . C'est en vain qu'on voudrait poursuivre le meurtrier; d'autres soins nous pressent. Allons à Kussnacht pour conserver à l'empereur sa forteresse! Tous les liens de l'ordre et du devoir viennent d'être rompus, et il n'est personne sur la fidélité âe qui l'on puisse s'assurer.

(Il se retire avec sa suite en emportant le cadavre.) walther entre précipitamment.

Mon père arrive, tous les confédérés s'approchent en troupe joyeuse.

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