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Guillaume Tell [microforme]

— De 1080 à 1268, la maison de Hohenstaufen avait conservé la souveraineté sur le duché de Souabe.

A la chute de cette puissante maison, ses vassaux ne relevèrenc plus que de l’empereur, sans intermédiaire.

C'était un véritable affranchissement.

Au Sud, dans la région des lacs et des montagnes boisées, une multitude de petits seigneurs, des évêques, des abbés, quelques villes impériales, des cantons forestiers, gardèrent soigneusement leur indépendance, sauf l’hommage et le modique tribut qu'ils devaient à l’empereur.

Parmi ces seigneurs helvétiens, se trouvait le comte de Habsbourg, Rodolphe, que ses vertus avaient fait choisir comme ‘“ avoué ” par plusieurs seigneurs voisins, et, par les paysans des trois cantons forestiers de Schwitz, d'Uri et d'Unterwalden.

Elevé à l’empire, Rodolphe continua de respecter la liberté de ses protégés. Il n’en fut pas de même après sa mort.

Son fils, Albert 1er, entreprit de convertir en souveraineté le droit de patronage que sa famille exerçait sur les trois cantons.

L’insultante tyrannie d’Hermann Gessler et des autres baillis d'Albert, donna lieu à la formation de la “ Ligue helvétique ”.

Trois héros, Stauffacher de Schwitz, Walthier Furst d’Uri et Melchtal d'Unterwalden, chacun avec dix amis de son choix, se réunirent, la nuit, sur la plage solitaire de Rutli, aux confins d’Uri et d’'Unterwalden (1307) et jurèrent de s’'armer pour les libertés de l’Helvétie.

Au premier jour de l’an 1308, un grand nombre de paysans de Schwitz. d'Uri et d'Unterwaldeu coururent aux armes. Les forts d'Albert furent rasés, ses baïllis mis à mort ou chassés, et, tous les habitants des trois cantons s'étant réunis à leurs généreux défenseurs, arrêtèrent une ligue s0-

lennelle de dix ans.

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Rien de plus grandiose et de plus beau dans la pièce que la dignité avec laquelle a lieu la grande délibération, terminée par le serment solennel.

Tell n’a pas assisté à l’assemblée; mais ce que les autres ont décidé, ce dont ils ont remis à plus tard l'exécution, il va le faire dans un court délai, comme poussé par sa destinée et par une volonté d’en haut. Un hasard l'amène en présence du ridicule symbole de l’autorité du gouverneur, un chapeau qu'il faut saluer, et sa désobéissance involontaire, le livre au ressentiment du redoutable Gessler, L’action semble à ce moment perdre de ses proportions pour se résumer dans la lutte entre ces deux hommes. Tout le monde connaît la scène si dramatique que la légende fournissait à Schiller. Le poète ne pouvait que la conserver. En plaçant la pomme fatale sur la tête de l’enfant, en imposant au père de tirer contre son propre fils, Gessler arme luimême la main par laquelle il doit tomber. Son ordre était le renversement de toutes les lois de la nature; il a violemment transformé le cœur de Tell ; d’adversaire indifférent et pacifique il l’a rendu ennemi implacable. Après le meurtre monstrueux qu’il l’a exposé à commettre malgré lui, quel meurtre volontaire, expiation d’une pareille horreur, pourrait lui paraître un crime?

Tell, pourtant, quand il voit son fils sauvé, pardonnerait à Gessler, si Gessler pouvait lui pardonner. Mais sous un nouveau prétexte, il est désarmé et privé de sa liberté. Tell prisonnier sent qu’il ne peut plus rien pour sa famille demeurée sans défense et livrée à la haine de Gessler. Le tyran a déjà prouvé qu'il sait où frapper le plus cruellement sa victime. La pensée qui, dès ce moment, remplit l'esprit de Tell et y étouffe toute autre pensée, c'est qu’il lui faut choisir entre la vie de Gessler et celle de sa femme et de ses enfants. D'ailleurs la patrie a parlé. Tell ne croit pas devoir hésiter, surtout après un nouvel acte d’injustice de Gessler. Le tyran tombe frappé d’une flèche et la Suisse respire.

La mort d'Albert, tué sur la Reuss par son neveu, Jean de Souabe, en 1308, et la défaite de son fils, Léopold, consolidèrent l’union et l’indépendance des trois cantons.

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