‹ Guillaume Tell [microforme]Chapitre 2 sur 37 · ACTE PREMIER SCENE · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER SCENE

Le théâtre représente les rochers escatpés du rivage du lac des Quatre-Cantons. Le lac forme une baïe en s’avançant dans les terres. Une cabane est non loin de la rive. Un pêcheur conduit sa barque sur les eaux; au delà du lac on aperçoit les vertes prairies, les villages et les fermes du canton de Schwitz éclairés par les rayons du soleil. A gauche, les pics des montagnes se montrent entourés de nuages; à droite, dans l'éloignement, des montagnes de glace ferment l'horizon.

(Avant le lever du rideau, on entend le Ranz-des-Vaches et le bruit mélodieux des sonnettes des troupeaux ; cette harmonie continue encore un instant après que la toile est levée.)

LE FILS DU PÊCHEUR chante dans son canot (Air du Ranz-des-Vaches).

Le lac est riant, il invite au bain; l’enfant dormait sur le gazon du rivage; alors il entendit des sons doux comme la flûte, comme la voix des anges dans le paradis.

. Et comme il s’éveillait dans une céleste extase, voilà que les ondes se jouent sur son sein, et une voix lui crie du fond du lac: “ Cher enfant, tu es à moi; “ j’attire le dormeur, je l’entraîne sous les eaux.”

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UN BERGER, au haut de la montagne (Variation du Ranz-des-Vaches).

Adieu, prairies dorées par le soleil ; l’été n’est plus, le berger doit partir. Nous allons à la montagne; nous reviendrons au temps où le coucou se fait entendre, où les chants se réveillent, où la terre se pare de nouvelles fleurs, où le joli mois de mai revoit couler les fontaines; adieu, prairies dorées par le soleil; l’été n’est plus, le berger doit partir.

UN CHASSEUR DES ALPES paraît vis-à-vis, sur le haut d’un rocher (Seconde variation).

Les hauteurs tonnent, le sentier tremble; le chasseur poursuit d’un pas assuré sa route effrayante; il s’avance hardiment sur des champs de glace où ne fleurit nul printemps, où nulle verdure ne se montre; une mer de brouillards est sous ses pieds; il ne reconnaît plus les habitations des hommes. Ce n’est qu’à travers la fente des nuages qu’il aperçoit le monde, et bien au-dessous de ces eaux suspendues la campagne verdoyante.

(Le temps change subitemenr, un bruit sourd retentit dans les montagnes; les ombres des nuages courent sur le paysage.)

RUODI, le pêcheur, sort de sa cabane; WERNI, le chasseur,

* descend des rochers: KUONT, le berger, arrive portant sur

“ son épaule un vase de lait; SEPPI, son jeune valet, le suit.

RUODI.

Hâte-toi, Jenni, ramène la barque, le noir maître de la vallée arrive, le glacier mugit sourdement, le Mythen se coiffe de son chapeau de nuages; un vent froid souffle du trou des tempêtes. [L’ouragan va être ici, avant que nous y pensions.

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La pluie vient, batelier. Mes troupeaux broutent l'herbe avec avidité, et mes chiens grattent la terre.

RUONPT,

Les poissons sautent hors de l’eau, la poule d’eau plonge. Un orage va éclater.

KUONI, à son jeune valet.

Vois, Seppi, si le troupeau ne s’est pas dispersé. SEPPI.

J'entends la clochette de Lisette la brune.

KUONI.

Alors il n’en manque aucune, car elle vient toujours la dernière.

RUODIT,

Maître berger, vous avez une belle sonnerie.

WERNI.

Et de superbes animaux... Sont-ils à vous, ami? KUONI.

Je ne suis pas si riche; ils appartiennent à mon-

seigneur d’Attinghausen, et ils m'ont été remis bien comptés.

FENTE: PE RUODI.

Que ce collier va bien au cou de cette vache!

KUONI.

Elle sait bien qu’elle conduit 1e troupeau. Si je le lui ôtais, elle ne voudrait plus manger.

RUODI.

Cela n’a pas de sens... Un animal sans raison!

WERNI.

Voilà qui est bientôt dit; les animaux ont aussi leur raison; nous le savons bien, nous autres chasseurs de chamois. Quand ils vont paître dans une prairie, ils placent en avant une sentinelle qui prête l'oreille et qui les avertit par un sifflement aigu, dès que le chasseur approche.

RUODI, au berger.

74 Retournez-vous maintenant à la maison?

KUONI.

Il n’y a plus rien à paître sur la montagne.

WERNI.

Je vous souhaite un heureux retour, berger.

KUONI.

Je vous en souhaite autant; on ne revient pas toujours de vos courses.

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