‹ Guillaume Tell [microforme]Chapitre 18 sur 37 · WINKELRIED · texte numérisé non relu

WINKELRIED

Nous pourrions attendre jusqu’à la fête du gouverneur; alors c’est l’habitude que tous les vassaux aillent dans le château lui porter des présents. Dix ou douze hommes pourraient s’y introduire sans être soupçonnés. Ils cacheraient sur eux des fers de lance qu'ils pourraient placer ensuite à leurs bâtons, car il est défendu d’entrer au château avec des armes. Une troupe nombreuse se tiendrait tout auprès dans

mr mm

de

faire

ts

la forêt; quand les autres auraient réussi à s'emparer de la porte, ils sonneraient de la trompe, et tous sortiraient alors de leur embuscade; de la sorte le château tomberait facilement entre nos mains.

REDING

Est-ce la volonté de tous que l’on diffère l’exécution ?

(La majorité lève la main.)

STAUFFACHER compte les voit.

Il y a vingt voix contre douze.

WALTHER FURST

À un jour marqué, on allumera pour signal des feux sur le sommet des montagnes, et tous les habitants se rassembleront dans le chef-lieu du canton. Quand les gouverneurs nous verront prêts à nous défendre vaillamment, croyez-moi, ils ne tenteront pas le combat et accepteront un sauf-conduit pour sortir paisiblement de nos frontières.

STAUFFACHER

Je crains seulement la résistance opiniâtre de Gessler : il est redoutable et toujours entouré de gardes. Il ne quittera pas la place sans effusion de sang, et, même expulsé, il sera encore à craindre pour le pays. Il sera difficile et dangereux de l’épar-

gner.

BAUMGARTEN

Placez-moi au lieu où le danger sera le plus grand; j'exposerai volontiers pour mon pays cette vie qua

— (64 — Tell a généreusement sauvée: j'ai vengé mon honneur, mon cœur est satisfait.

REDING

Le temps porte conseil; sachez attendre avec patience ; 1l faut aussi abandonner quelque chose à l'inspiration du moment; mais tandis que nous sommes ici à délibérer, voici le sommet des hautes montagnes qui s’éclaire et nous avertit de l’approche du matin. Partons, séparons-nous avant d’être surpris par la lumière du jour.

Ne vous inquiétez pas; l’obscurité se dissipe lentement dans ces vallées.

(Tous, par un mouvement spontané, ôtent leurs chapeaux et semblent saluer l’aurore avec un recueillement silencieux.)

ROSSELMANN.

Au nom de cette lumière que le ciel nous envoie longtemps avant qu’elle ait pénétré les vapeurs épaisses des cités, faisons tous le serment de l’allance nouvelle... Nous jurons ici de former un seul peuple de frères que les malheurs et les dangers ne sépareront jamais. {Tous répêtent le même serment en levant au ciel les trois doigts de la main droite.) Nous jurons d’être libres ainsi que l’ont été nos pères, et de préférer toujours la mort à l’esclavage. (Tous répètent encore.) Nous jurons de mettre notre confiance en Dieu tout-puissant, et de ne point craindre la puissance des hommes.

(Tous répètent encore, puis ils s’embrassent mutuellement.)

hon-

© paose à sommonhe du urpris

e len-

peaux silen-

nvoie peurs l’alr un Angers , sermain t été iselamete ne

ent.)

MENT, ee CHŒUR (ad libitum.

Jurons, jurons par nos dangers, Par nos malheurs, par nos ancêtres, Au Dieu des rois et des bergers, De repousser d’injustes maîtres.

Si parmi nous il est des traîtres, Que le soleil de son flambeau Refuse à leurs yeux la lumière, Le ciel, l’accès à leur prière,

Et la terre, un tombeau.

(Tiré de l'opéra de Guillaume Tell de Rossim.) STAUFFACHER.

Maintenant, que chacun reprenne tranquillement son chemin et retourne auprès de ses amis et de ses compagnons; que le berger ramène son troupeau et dispose sans bruit ses amis à entrer dans l’alliance. Supportez avec patience ce qui doit encore être souffert jusqu’au moment fixé. Laissez la tyrannie accumuler ses injures jusqu’à ce que le jour arrive où il lui sera demandé un compte général et particulier de ses offenses. Domptez votre colère et réservez votre vengeance pour la vengeance de tous. Celui qui voudrait maintenant défendre sa propre cause, se rendrait coupable envers la cause commune.

(Pendant qu’ils s’éloignent dans le plus grand silence de trois côtés différents, l’orchestre fait entendre une éclatante symphonie.)

Page 1