‹ Guillaume Tell [microforme]Chapitre 26 sur 37 · LE SACRISTAIN · texte numérisé non relu

LE SACRISTAIN

Nous sommes les plus forts, mes

amis, n’endurons pas ceci. Nous serons soutenus par

les autres.

FRIESSHARDT.

Qui osera résister à l’ordre du gouverneur ?

TR TROIS PAYSANS accourent.

Nous venons vous secourir ; qu'y a-t-il? Renversezles à terre.

(Les enfants reviennent.) TELL.

Je saurai me secourir moi-même. Allez, braves gens, Croyez-vous que si je voulais employer la force, j'aurais peur de leurs hallebardes?

MELCHTHAL, à Friesshardt.

Ose l’enlever du milieu de nous!

STAUFFACHER

De la patience, du calme!

FRIESSHARDT criant.

A la révolte! à la sédition!

(On entend le bruit des cors de chasse.) LES ENFANTS. - Voici le gouverneur qui arrive.

FRIESSHARDT, élevant encore la voix.

A la révolte! à la sédition!

STAUFFACHER

Allons, crie à en crever, misérable.

nversez-

braves la force,

hasse.)

NS |, (0 ROSSELMANN et MELCHTHAL.

Veux-tu bien te taire!

FRIESSHARDT, {oujours à haute voix.

Au secours! secours aux agents de la loi!

HEDWIG.

C’est le gouverneur! malheur à nous! Qu'est-ce que ceci va devenir?

(Gessler, le faucon sur le poing: Rodolphe le Harras, Rudenz et une suite nombreuse de serviteurs armés de hal-

lebardes, qui forment un vaste cercle autour de la scène.)

RODOLPHE LE HARRAS.

Place, place au gouverneur!

le) GESSLER.

Dissipez-les! Pourquoi s’assemble tout ce peuple? Qui appelle au secours? {Le tumulle cesse.) Qui était-ce? Je veux le savoir. {A Friesshardt.) Allons, avance: qui es-tu, et pourquoi tiens-tu cet homme?

(I1 donne son faucon à son serviteur.) FRIESSHARDT.

Respecté seigneur, je suis ton homme d'armes, et j'ai été placé ici pour la garde du chapeau. Jai saisi cet homme sur le fait, comme il refusait au chapeau le salut d'honneur. Je voulais le conduire en prison d’après tes ordres, et le peuple a voulu me faire violeuce pour l’enlever.

no — GESSLER, après un instant de silence.

Est-il vrai, Tell? dédaignes-tu assez l’empereur, et moi qui commande à sa place, pour avoir refusé d’honorer ce chapeau que j'ai fait suspendre ici pour éprouver l’obéissance? Tu as trahi ta mauvaise volonté.

TELL

Mon bon seigneur, pardonnez-moi. C’est arrivé

par inadvertance, et non par dédain de vos ordres.

Si j'étais réfléchi, je ne m'appellerais pas Tell. Je vous demande grâce, cela n’arrivera plus.

GESSLER, après un moment de réfletion.

Tell, tu es maître au tir de l’arbalète: on dit que tu peux défier les meilleurs tireurs.

WALTHER

Monseigneur, cela est bien vrai: mon père, à cent pas, abattrait une pomme sur Parbre.

GESSLER

Est-ce là ton enfant, Tell?

TELL

Oui, mon bon seigneur.

GESSLER

As-tu d’autres enfants?

pereur, refusé cl pour lise vo-

arrivé ordres.

ell. Je

lit que

A cent

ne AT TELL.

J’ai deux fils, monseigneur.

GESSLER

Et quel est celui que tu aimes le mieux?

TELL

Monseigneur, mes deux enfants me sont également chers.

GESSLER

Eh bien, Tell, puisque tu abats à cent pas une pomme sur l'arbre, il faut que tu fasses devant moi l’épreuve de ton adresse... Prends ton arbalète... justement tu la tiens à la main... et apprête-toi à abattre une pomme sur la tête de ton enfant... Et je te conseille de viser juste, de toucher la pomme du premier coup, car si tu la manques, tu es perdu!

TELL

Monseigneur, quel commandement horrible vous

me donnez! Quoi! je devrais sur la tête de mon enfant... Non, non, mon bon seigneur, cette pensée

n’a pu vous venir à l'esprit... Dieu nous en préserve!... Ce n’est pas sérieusement que vous avez

pu prescrire une telle chose à um père.

GESSLER

Tu viseras la pomme sur la tête de l’enfant, je le veux, je l’ordonne.

me DD es TELL.

Je viserais avec mon arbalète la tête chérie de mon propre enfant? Plutôt mourir.

GESSLER

Tu tireras, ou tu mourras avec ton fils.

TELL

Devenir le meurtrier de mon enfant! ah! monseigneur, vous n'avez point d'enfants; vous ignorez les émotions d’un cœur de père.

GESSLER

Eh quoi, Tell, te voilà devenu tout à coup bien circonspect. On me disait que tu es un homme rêveur, qui aimes à t’écarter des habitudes communes. Tu aimes l’extraordinaire... C’est pour cela que je te destine aujourd’hui à ce coup hasardeux. Un autre balancerait ; mais toi, tu vas, les yeux fermés, prendre sur-le-champ ton parti.

RUDENZ.

Seigneur, cessez de plaisanter avec ces pauvres gens. Vous les voyez pâles et tremblants devant vous; ils sont si peu accoutumés aux plaisanteries dans votre bouche.

GESSLER

Qui vous dit que je plaisante? {71 s’approche d’un arbre et cueille une pomme au-dessus de sa tête.) Voici

érie de

! mon-

gnorez

en cirêveur, s. Tu » je te autre endre

vres evant eries

d'un oc

us OT es

la pomme, allons, faites place; qu’il prenne sa distance suivant l’usage... je lui donne quatre-vingts pas... ni plus ni moins... Il se vantait de ne point manquer un homme à cent pas... Maintenant, archer, tire, et ne manque pas le but.

RODOLPHE LE HARRAS.

Grand Dieu! cela est sérieux. Enfant, jette-toi à genoux devant le gouverneur pour le fléchir; il y va de ta vie.

STAUFFACHER, à part, à Melchthal, qui peut à peine se contenir.

Contenez-vous, je vous en conjure; soyez calme. RUDENZ, GU gouverneur.

Seigneur, c’en est assez: 1l est inhumain de se jouer ainsi des angoisses d’un père. Quand ce malheureux homme aurait, par sa faute légère, mérité la mort, ne vient-il pas de ressentir une douleur dix fois plus forte? Laiïssez-le retourner tranquillement à sa cabane. Il a appris à vous connaître... Cette heure restera dans sa mémoire et dans celle des enfants de ses enfants.

GESSLER

Allons, faites place promptement... Que tardestu? Tu avais mérité la mort, je pouvais te priver de la vie: regarde, dans ma bonté, je mets ton sort dans ta propre main, dans ta main habile. Le coupable peut-il trouver sévère une sentence qui le laisse maître de son destin? Tu t’enorgueillis de la sûreté

és 0 ne

de ton coup d’œil; eh bien! célèbre archer, voici le moment de montrer ton adresse. Le but est digne de toi; le prix est considérable. Toucher le centre d’une cible, tout autre peut le faire; mais le vrai maître est celui qui est partout sûr de son art, et dont le cœur ne peut troubler ni l’œil, ni la main.

HEDWIG se proslerne devant lui.

Monseigneur le gouverneur, nous reconnaissons votre puissance, mais faites grâce, au lieu de justice; prenez la moitié de mes biens, prenez-les tout entiers, seulement épargnez une telle horreur à un père

Page 1