‹ Guillaume Tell.Nouv.édChapitre 2 sur 38 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

par lesqaerelles^ par le coupable délire de ces nombreux chefs de barbares qui^ sur les ruines de l'empire romain^ fondèrent une foule d'États^ usurpèrent les droits des hommes , gouyemèrent par un code horrible , rédigé paff l'ignorance en faveur de la tyrannie et de la superstition* Oubliés, méprisés peut-être par ces déyastateurs du monde, les laboureurs , les pâtres d'Uri, fidblement soumis aux nouveaux Césars^ portèrent du moins encore le nom consolant de libres. Ils gardèrent leurs anciennes lois ^ leurs coutumes, leurs austères mœurs. Tranquilles, maîtres souverains dans leurs paisibles chaumières, les pères defimiUe virillissaient en paix, environnés d'amour, de respect. Leurs enfans , ignorans du mal , craignant Dieu, redoutant leur père , ne connaissaient d'antre bonheur, d'autre désir, d'autre espérance , que de ressembler à l'homme de bien dont ils avaient reçu le joar ^ lui obéir et l'imiter formaient le cercle dé leur vie. Ce peuple simple et ver* tueux , presque ignoré de l'univers , resté seul avec la' nature^ protégé par sa pauvreté , continuait d'être bon , et pourtant n'était point puni.

Non loin d'Altorf , leur capitale, sur le rivage du lac qui donne son nom à la ville , s'élève une haute montagne, .d'oiii le vojageur fatigué d'une longue et pénible marche découvre une foule de vallées , ceintes inégalement par des monts et par des rochers. Des ruisseaux , des torrens rapides , tantôt tombant en cascades et bondissant à travers les rocs, tantôt serpentant dans un lit de mousse, descendent ou se précipitent , arrivent dans les vallons , se mêJent , confondent leurs eaux , arrosent de longues prairies couvertes de troupeaux immenses , et vont se

jeter d«ns Us lâcs limpides où les taureaux vienoent se laver*

Sur la cime de cette aiQiitagiie était une pauvre chaumière, eoyirûimée d'un Ki<9dique chanip, d'un plant de vignes^ d'un verger* Un laboureur, un hirm^ qui «'ignO'rait encore lui-même, qui ne connaissait de son cœur que s<Hi amour pour son pays, Guillaume Tell, à peine à vingt ans , reçut de son père cet héritage. Mon fils, lui dit le vieillard mturant , j'ai travaillé , j'ai vécu. Soixante hivers se sont écoulés dans cet asi}e paisiUe sans que le vice ait osé franchir le seuil de ma porte, sans qu'une seule d^ mes nuits ait été troublée par les remords. Travaille comme moi , m<Hi fils y comme moii choisis une femme sage , de qui l'amour, la confiance , la douce et patiente amitié dou<blent tes plaisirs innocens, prennent la moitié de tes peines. Marie-toi, ô mon cher Guillaume; l'homme vertueux sans épouse n'est vertueux qWà demi. Adieu, modère ta douleur* La mort est facile pour l'homme de bien. Quand je t'envoyais portei!' à nos frères les firuits, le pain dont ils n^mquaient; n'avais-tu pas du plaisir à venir me rendre compte des bonnes actions dont |e t'avais chargé? Hé bien , mon ami ; jç vais rendre compte à mon père des bonnes acticmç dont il me chargea si longtemps. Il me recevra , mon fils, comme je te recevais. Je t'attendrai prè^ de lui. Sois bien aux lieux où je te laisse, sois-y bien tant que tu seras libre ; mais si jamais un tyran osait porter la moindre atteinte à notre antique liberté , Guillaume , meurs pour ton pays*, tu verras que la mort est douce.

Ces paroles restèrent gravées dans l'âme sensible de Tell. Après avoir rendu les derniers devoirs au vénérable vieil*

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