‹ Guillaume Tell.Nouv.édChapitre 3 sur 38 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

lard f après avoir creuse sa tombe au pied d'un sapin , près de sa maison , il se fit serment à lui-même , et jamais il ne viola ce serment y de se rendre seul , cbaqpie soir^ sur cette tombe sacrée , de se rappeler toutes ses actions^ toutes ses pensées dtt jour^ et de demander à son père s'il était content de son fils.

Q combien il dut dé vertus à cette obligation pieuse ! Combien la crainte de rougir en interrogeant l'ombre paternelle accoutuma son âme de feu à vaincre^ à dompter ses passions ! Maître de ses plus vifs désirs j faisant tourner jusqu'à leur violence au profit de la sagesse ^ Tell, héritier des biens de son père , s'imposa des travaux plus faits , obtint delà terre une moisson double^ que les pauvres venaient partager. Levé dès l'anbe matinale , soutenant d'un bras vigoureux l'exfapémité d'n^e charme que deux taureaux traînaient avec peine , il enfonçait son fer luisant dans un sol semé de cailloux^ hâtait ses animaux tardiifs de l'aiguillon qu'il tenait à la main^ et^ le front ruisselant de sueur 9 ne se reposait , à la fin dû jour^ que pour plaindre les infortunés qui n'avaient point de charrue. Celte idée l'accompagnait en ramenant ses taureaux^ elle ne le quittait point durant son sommeil; et , le lendemain^ dès l'aurore , Tell s'en allait labourer le champ de ses indigens amis 3 il l'ensemençait pendant leur absence ; il se cachait d'eux f non po^r leur ôter le plaisir d'être recônnaissans , mais pour s'épargner à lui-même la pudeur de la bienfaisance exercée envers ses égaux. C'étaient là ses soins , ses délassemens : travailler et faire du bien Foccnpaît et le reposait.

La nature; en douant Guillaume d'une âme pure et si

belle , avait voalu lui donner encore Padresse , la £>rce du corps* Il surpas9ait de toute la tète les plos grands de ses compagnons : il gravissait les rocs escarpés , franchissait es larges torrens , s'élançait sur les cimes glacées, prenait les chamois & la course. Ses bras pliaient, rompaient le chêne à peine entamé par la hache , ses épaules le portaient entier avec son immense branchage* Les jours de fêtes ^ au milieu des jeux que célébraient les jeunes archers , Tell y qui n'aviit point d'q^l dans l'art de lancer les flèches, se voyait forcé, de rester oisif afin que les prix fussent disputés. On le plaçait 9 malgré son âge, parmi les vieillards assis pour juger. Là, frémissant de cet honneur, inunobile, respirant à peine , il suivait les flèches rapides, applaudissait avec transport l'archer dont les coups approchaient du but, et ses br^ , élevés sans, cesse , sembl^ent attendre , pour l'embrasser, un rival digne de hii. Mais , quand les carquois étaient épuisés sans qu'on eût atteint la colombe , lorsque l'oiseau, &tigué de se débattre inutilement, se reposait sur le haut du mât, et regardait d'un œil tranquille ses impuissans ennemis, Guillaume seul se levait , Guillaume prenait son grand arc y ramassait à terre trois ^ches : la première , frappant le mât , faisait revoler la colombe ^ la seconde coupait le cordon qui retenait son pénible vol^ la troisième allait la cherdier jusqu'au milieu de la nue^ et la rapportait palpitante aux pieds des juges étonnés.

Sans s'enorgueillir de tant d'avantages , préférant aux plus éclatans succès la plus obscure des bonnes actions , Tell se reprochait sa lenteur à obéir aux ordres de son père. Tell voulut devenir époux , et la jeune Edmée attira ses

Page 1