‹ Guillaume Tell.Nouv.édChapitre 6 sur 38 · LIVRET. II · texte numérisé non relu

LIVRET. II

séparent Uri d'Underwald. La ressemblance de leurs cœurs^ et non de leurs caractères^ les avait unis dès l'enfance. Melctal , aussi pur, aussi braye, aussi généreux que Tell , aimait autant que lui layertu, la. liberté, la patrie; mais son amour, moins réfléchi , moinsconcentré dans un foyer brû^ lant f était capable de grandes actions sans l'être de longues sou£Grances. Melctal , yif , bouillant , emporté , ne pouvait cacher un seul sentiment , exhalait dans ses paroles , if puisait dans un premier transport la passion ardente qui l'enflammait. Tell la réprimait au contraire, la nourrissait , l'augmentait , nie permettait pas à sa bouche , aux moindres traits de son visage de l'exprimer , de la découvrir. Tous deux abhorraient l'injustice ; mais l'un se bornait à tonner contre elle, à donner sa vie pour la punir; l'autre la suivait en silence, afin de la réparer. L'un , semblable au torrent fougueux qui renverse les premiers obstacles , ne savait rien ménager dans son impétueux élan; l'autre , commandant toujours à son indignation profonde , amassait avec patience ses ressentimens contre les pervers, semblables aux neiges de plusieurs hivers accumulées sur les montagnes , et qui descendent toutes à la fois lorsque le soleil vient les détacher.

Melctal et Guillaume traversaient souvent le court espace qui les séparait pour réunir leurs familles, pour passer ensemble les jours de repos. Ces jours, attendus par les deux amis, se partageaient entre eux ^[alement. Tantôt c'était la bonne Edmée , avec son époux et son fils, qui se mettaient en chemin, et s'en allaient porter à Melctal des fruits , du lait, des prémices de leur vigne ou de leur verger* Tantôt Melctal arrivait, donnant le bras à son

iti GUILLAUME TELL,

vieux père et oondaîsant pir la main sa fille ^ untqoe gage qui lui fût resté d'une épouse qu'il pleurait encoreé Tell les attendait à sa porte* Un sic'ge e'tait déjà tout prêt pour y ÙLÏTe asseoir le vieillard } une coupe pleine de vin était pour lui dans les mains d'Ëdmée^ et Gemnri , dont les jeux inquiets rqg[ardaienf toajomi'S le diemin , tenait un bouquet de âeurs qu'il devait offrir à l'aimable €bire«

O qu'ils étaient purs et touchans les plaâsirs qu'ik goûtaient ensemble ! que de déiiises ils trouvaient autour de la table rustique <À leur frugal r«pas se prolongeait ! Dès qu'il était achevé ,■ le vieux Mektal'y malgré le poids de ses quatre-vingts années , sans autre appui que scm bâton , allait gagner k sommeft k plus ékvé de la luon^ tâgue , y prenait place au milieu de ses amis , de ses enfans f découvrait son ùfont vénérable pour redevoir sur ses cheveux blancs la douce chaleur du soleil ; et lorsque ses yeux satisfeits s'étaient rassasiés qtielques instant du spectacle de la nature ^ de ce spectacle qui l'enchantait y le transportait aussi vivement que dans ses beaux jours , il commençait h parler de ses premières années*, de ses peines f de ses pkkirs , deâ chagrins âttt^Eehésf à la vie ^ des consolations qu'on trouvé toujours dami sa conscience et dans sa tertu. Tell , Melctàl, Edmée , écoutaient atee un respect attentif : Claire et Gemmi , assis tous deux entre lés genoux du vkilkrd, it regaifdaient par intervfidies , quelquefois se pressaient la mnitu Un seul ooup-4^0Bil de Guillaume faisait «nanter sur leur fi^t une naïve rougeur; et le vieillard; qui s'en apercetait; les excusait auprès de Guillaume^

Claire et Gemmi grandisfsaiejit tous deux ; et- leuts in-

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