‹ Guillaume Tell.Nouv.édChapitre 5 sur 38 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

deyait être dit : Guillaume^ répQnditrelley jç te rend^ grâce dç m'avoir choisie ; satisfaite jusqu'à ce jour de ma paisible félicité , je s^ns qu'elle doit s'augmenter par h droit si doux de te dire que c'est toi que j'aurais choisi. À ceç niots elle lui tend la main , que le jeune Tell pres^ dans la sienne^ ils se regardept ^ et , sans se parler ^ tous leurs sermens furent prononcés*

Cet hymen fixa le bonheur dans la chaumière de Tell* Le travail eut pour lui plus de charmes , parce qu'Edmé^ en recueillait le fruit 3 le bien qu'il faisait lui sembla plus doux; parce qu'Edmée en ét^t iiis^ruite. Toujours ensemble^ ou ne se quittant que pour se retrouver bientôt > ils tempéraient j par l^ur caractère ami de la paix , de Ik réflexion ; cette dangereuse ivresse de l'amour satisfait sans cesse 3 ils mouraient ses transports par les plaisir^s plus durables de l'amitié , de la confiance ; par ce respect mutuel ; cette crainte tendre et modeste de ne devenir jamais assez dignes l'un de l'autre ^ cette certitude de rendre leurs âmes plus vertueuses , plus belles y en échangeant toutes leurs pepsées , en confondant tous leurs sentimens.

Un fils vint bientôt serrer leurs liens , et ces noms si chers de pèfe et de mère furent une source nouvelle de délices encore inconnues. Le jeune , le charmant Gemmi fut confié d'abord à Edmée; elle voulut être seule chargée des soins de sa première enfance ; mais , aussitôt qu'il eut atteint sa sixième année , Guillaume ne le quitta plus. Il le conduisait avec lui dans les champs , dans les pâtu«rages > lui montrait la terre couverte d'épis , les montagnes^ les eauic ^ les forêts > et , ramenant ses yeux vers le

ciel f il lui feîsait prononcer avec crainte le nom suhUme de Dieu ; il lai disait que ce Dieu , juge et témoin de tourtes nos pensées , ne demandait à l'homme que d'être bon pour le rendre à jamais heureux. Chaque matin et chaque soir il lui répétait ce précepte, lui expliquait par son exemple ce que c'est que d'être bon 3 mais /sans ^ard pour la faiblesse., pour l'âge du timide enfant, il le conduisait dans les neiges , le faisait gravir sur les glaces , exerçait ses jeunes mains à soulever le joug des taureaux , à caresser sans effroi ces animaux redoutables , à les lier à la charrue et la conduire avec lui.

Ce même enfant , grave , réfléchi , lorsqu'il travaille ou qu'il s'entretient avec Guillaume , n'est plus qu'on fils doux et timide , dès qu'en rentrant à la maison il court se jeter entre les bras dé sa mère. Tendre , attentif , caressant , il cherche dans les yeux d'Edmée le moindre désir qu'elle va former. Il le pressent , le pénètre : Edmée ne l'a pas exprimé , il est accompli par Gemmi. O combien cet enfant si cher rendait heureuse sa bonne mère ! Combien de fois , en l'absence de Tell, dont le visage sévère désapprouvait tout excès d'un sentiment même légitime , Edmée , pressant sur son cœur le jeune, l'aimable Gemmi , lui répétait , avec le délire , l'ivresse de l'amour maternel : Mon fils , mon unique fils, c'est dans tes jours que j'ai mis ma vie , c'est dans ton âme que mon âme existe. Sache-le bien, mon cher fils , sois-en sûr, et devant ton père feins de l'ignorer.

Tell joignait à tant de biens le bien le plus nécessaire dans le bonheur et dans le malheur , Tell possédait un ami. Cetami^ presque de son âge, habitait parmi les rochers qui

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