LIVRE PREMIER
A MIS de la liberté , cœurs magnanimes , àmcs tendres , vous qui savez mourir pour votre indépendance , et qui ne voulez vivre que pour vos frères , prêtez l'oreille à mes acccns. Venez entendre comment un seul homme , né dans un pays sauvage , au milieu d'un peuple courbé sous la verge d'un oppresseur , parvint par son courage à relever ce peuple abattu , à lui donner un nouvel être, à l'instruire enfin de ses droits ; droits sacrés , inaliénables , que la nature avait révélés, mais dont l'ignorance et le despotisme firent si long-t'emps un secAeî. Cet hdmmfe , fils de la nature , proclama les loid de sa mère, s'arma pour les soutenir, ré veilla ses compatriotes endormis sons le poids des fers , mit dans leurs mains le soc des
GuiDDunn Teli. I
cliaii'ucs changé par lui en glaive des héros, vainquit , dispersa les cohortes que lui opposaient les tyrans, et, dans un siècle barbare , dans des rochers presque inhabitables , sut fonder une retraite à ces deux filles du ciel , consolatrices de la terre, à la raison, à la vertu.
Je ne t'invoque point aujourd hui , ô divine poésie, toi que j'adorai dès l'enfance, toi dont les mensonges brillans firent ma félicité. Garde tes pinceaux enchanteurs pour les héros dont les images ont besoin d'être embellies. Tes ornemens dépareraient celui que je veux célébrer , tes guirlandes ne conviendraient ])oint à son visage sévère; son regard senun , mais terrible, s'adoucirait trop devant toi. Crains de toucher à sa pompe agreste; laisselui son habit de bui-e, laisse-lui son arc de cormier; qu'il marche seul à travers les rocs , sur le bord des torrens bleuâtres. Suis-le de loin en le regrettant, et jette, d'une main timide, dans les sentiers (ju'il a parcourus, les fleurs sauvages de léglantier.
Au milieu de l'antique Helvélie, dans ce pays si renommé par la valeur de ses hahitans , trois cantons , dont l'enceinte étroite est fermée de toutes parts de rochers inacccs-