‹ Guillaume Tell; ou, La Suisse libre (volume 2)Chapitre 2 sur 57 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

sibles , avaient conservé ces cœurs simples que le créateur du monde donna d'abord à tous les humains pour les défendre contre le vice. Le travail , la frugalité , la bonne foi , la pudeur, toutes les vertus poursuivies par les conquérans, les rois de la terre, vinrent se cacher derrière ces montagnes. Elles y demeurèrent longtemps inconnues, et ne se plaignirent point de leur heureuse obscurité. La liberté vint à son tour s'asseoir sur le haut de ces roches ; et , depuis ce jour fortuné , le vrai sage , le vrai |iéros, ne prononce qu'avec respect les noms d'Uri, de Schwitz, d'Underwald.

Les habitan* de ces trois contrées, sans cesse occupés des travaux champêtres , échappèrent pendant plusieurs siècles aux crimes , aux malheui-s produits par l'ambition, par les <juerelles , par le coupable délire de ces nomlireux chefs de barbares qui, sur les ruines de l'empire romain , fondèrent une foule d'États , usurpèrent les droits des hommes, gouvernèrent par un code horrible , rédigé par l'ignorance en faveur de la tyrannie et de la superstition. Oubliés , méprisés peut-être par ces dévastateurs du monde , les laboureurs , Ibs pâtres d'Uri, faiblement soumis aux nouveaux Césars , portèrent du moins encore le nom consolant de libres. Ils tardèrent leurs an-

ciennes lois , leurs coutumes , leurs austères mœurs. Tranquilles , maîtres souverains dans leurs paisibles chaumières, les pères de famille vieillissaient en paix , environnés d'amour, de respect. Leurs enlans , ignorans du mal, craignant Dieu, redoutant leur père, ne connaissaient d'autre bonheur, d'autre désir, d'autre espérance, que de ressembler h l'homme de l>icn dont ils avaient reçu le jour; lui ohéir et l'imiter formaient le cercle de leur vie. Ce peuple simple et vertueux, presque ignoré .de l'univers, resté seul avec la nature, protégé par sa pauvreté , continuait d'être bon , et pourtant n'était point puni.

Non loin d'Altorf , leur capitale , sur le rivage du lac qui donne son nom à la ville , s'élève une haute montagne , d'où le voyageur fatigué d'une longue et pénible marche découvre une foule de vallées , ceintes inégalement par des monts et par des rochers. Des ruisseaux, des torrens rapides , tantôt lonibant en cascades et bondissant à travers les rocs , tantôt serpentant dans un lit de mousse , descendent ou se précipitent , arrivent dans les vallons , si' mêlent, confondent leurs eaux, arrosent de longues prairies couvertes de troupeaux immenses , et font se jeter

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