‹ Guillaume Tell; ou, La Suisse libre (volume 2)Chapitre 20 sur 57 · LIVRE II, 4l · texte numérisé non relu

LIVRE II, 4l

frugal repas, qu'il précipite et qu il aljrége. Bientôt , armé de sa hache , il dit adieu à ses enfans, presse sa fille sur son cœur, et prenant la main de Gemmi : Écoute , lui dit-il , mon llls ; je peux mourir dans notre entreprise; cette mort même aurait des délices , les cœurs généreux envieraient mon sort. Mais je veux du moins disposer du seul trésor que je possède, du trésor le plus cher à mon cœur après la liberté de mon pajs. Ce trésor , mon fils , c'est ma Claire ; je te la donne dès ce moment. Voilà ton épouse , Gemmi , serrez tous deux vos mains dans les miennes. Jurez sur mon cœur qui palpite pour mon pajs , pour vous , pour mon jière , jurez de vous aimer toujours, de vivre, de mourir l'un pour l'autre, de confondre tous vos seutimens dans votre amour ardent et pur. Vous êtes époux, mes enians , je vous bénis au nom de mon père, au nom de mon digue ami.

Claii-e et Gemmi tombent à genoux, baissent la tête en se tenant la main , et reçoivent avec respect la bénédiction paternelle. Les pleurs coulaient sur leurs joues ; Melctal luimême était baigné de larmes , et ses yeux , animés de tous les transports qui remplissaient son âme ardente, brillaient de ieux à travers ses larmes. II relève ses enians, il les

embrasse de nouveau , leur dit adieu, leur répète encore ce qu'ils doivent rapporter à Guillaume; et, saisissant sa hache, il sort de la caverne à pas précipités , et prend le chemin de Stantz.

Les deux enfans , demeures seuls , n'osent d'abord lever la vue l'un sur l'autre. Immol)iles , la tête baissée , et se tenant encore la main , ils éprouvent un li-émissemint mêlé de joie, de bonheur, de crainte. Leurs âmes, agitées d'une foule de sentimens divers, ont peine à se remettre de tant de secousses : leur pudeur naïve, enfantine, leur fait craindre pour la première fois de se trouver ainsi solitaires. Gemmi , rassuré le premier, dit enfin d'une voix tremblante : Claire, vous êtes à moi; depuis long-4;emps vous êtes iastrnite que Gemmi n'appartient qu'à vous. Mais le moment où nous sommes , les dangers que vont courir nos pères , nous défendent de nous occuper de nous-mêmes ; c'est à eux seuls que nous devons toute notre àme et tons nos momens. Partons, Clain; , rejoignons ma mère, rendons-lui conipir de notre voyage; et lorsque mou j)èrc et \ otre vénérable aïciil auront confirme la bénédiction qtie vient de nous donner Mclclal , alors j'oserai peut-être vous dire combien je suis heureux.

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