‹ Guillaume Tell; ou, La Suisse libre (volume 2)Chapitre 21 sur 57 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Claii-e , sans répondre , lui serre !a main , sort aussitôt de la caverne, et tous deux reprennent la route qu'ils 'avaient dcj;i parcourue.

Mais le soleil , quoiqu à peine à la moitié de son cours , ne jetait plus qu'une lueur pâle à travers des nuages sombres. Un voile grisâtre dérobait partout l'azur du ciel, et des flocons de neige voltigeant dans l'air, semblables à la toison des agneaux que leur ont arrachée les ronces , venaient en s'augmentant du côté du nord. Bientôt un vent froid s'élève , et am.ène plus forte et plus rapide cette neige éblouissante. Elle tombe comme la pluie d'un violent orage. Elle remplit les sentiers , comble , dérobe les précipices , et lait baisser la paupière des malheureux voyageurs qui ne peuvent soutenir son impétuosité. Claire et Gemmi , forcés de s'arrêter, cherchent un abri sous des rochers. La neige les atteint partout , la neige tombe sur leurs tètes. Gemmi s'alarme pour Claire; celle-ci, pour le rassui-er, sourit en se voyant couverte des flots qu'elle secoue ft renvoie aux vents. La tempête s'apaise enfin ; les rayons d'or de l'astre du jour percent le voile qui le couvrait , et viennent se réfléchir sur les diamans de la neige. Les deux cnlans se remettent en route, mais ils ne trouvent

plus leurs sentiers. Un tapis épais et blanc con- -vre les rochers et les précipices. Genimi tient Claire par la main , et s'avance avec précaution. De son bâton il sonde la neige; il ne permet à Claire de faire un pas qu'après s'être assuré (ju'il n'y a point de péril. Claire, qui ne craint que pour lui , qui ne marche que sur Bes traces, lui serre plus fortement la main , prête à le soutenir s'il tombait; et cette marche longue, pénible, ces dangers toujours renaissans sont mêlés de charmes pour la tendre Claire.

Forcés de prendre des détours , de suivre les bords des torrens, où la rapidité de l'onde a laissé la terre à découvert , les voyageurs consument le reste du jour, et n'arrivent que vers le soir non loin du village d'Erfeld. Gemmi se reconnaît alors; il est sûr, en remontant la Reuss , de i-cntrcr la nuit dans Altorf. Il encourage sa compagne, et la lune , qui commence à paraître , lui ôte la crainte de s'égarer encore. Plus tranquilles, ils suivaient tous deux la rive gauche du fleuve qui traverse le canton d'Uri , lorsqu'ils sont joints par un homme armé d'une longue arbalète , couvert d'un large mantciau qui l'enveloppait tout entier. La neige et la glace se distinguaient seules sur le bonnet qui lui servait de coifl'ure , sur

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