‹ Guillaume Tell; ou, La Suisse libre (volume 2)Chapitre 24 sur 57 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

terrible la haine que me porte ce peuple , puisque leurs enfans , leurs faibles enlans ne peuvent pas le cacher au vovageur, à l'inconnu que le hasard leur fait i-encontrer! Que disent donc leurs vieillards , leurs hommes ! Que n'ai-je point à redouter de ce peuple de séditieux dont les générations se multiplient , s'élèvent avec l'espoir, avec le désir de m'arracher ma puissance , de me percer sans doute le sein ! Ah ! je saurai prévenir leurs coups , je saurai comprimer par la terreur ceux qui pourront échapper à ma redoutable justice : je veux inventer de nouveaux supplices, je veux inventer de nouveaux moyens de reconnaître mes ennemis : tous le sont , je n'en doute point; mais tous n'oseront se montrer, et les plus hardis du moins tomberont les premiers sous mon glaive.

11 s'abandonne alors au délire de sa colère, de son orgueil, roule dans son esprit aliéné mille projets inexécutables, adopte, caresse les plus insensés, et, trouvant un mérite de plus aux ordres qui prouveront mieux le mépris qu'il veut affecter pour ce peuple qu'il redoute , il s'arrête enfin au projet stupide de forcer les habitans d'Uri à courber lâchement leur front devant le bonnet qui sert de coiffure à leur atroce gouverneur : en vain sa rai-

.'io GUILLAUME TELL.

son , à demi perdue , veut lui présenter les dangers de cet ordi-e absurde , inutile ; sa raison n'est plus écoutée; il fait appeler près do lui les chefs de sa garde nombreuse , les interroge avec iucjuiétude sur le zèle, sur l'attachement de leurs mercenaires soldats; leur distribue des trésors que son avarice cède à sa crainte; et s'adressant à Sarnem , ministre secret et fidèle de ses désirs les plus coupables : Demain, lui dit-il, à l'auhe du jour, qu'on plante une longue pique au milieu d'Altorf; je veux que, sur la pointe de cette pique, K' bonnet qui couvre ma tète , et que je remets dans tes mains, soit exposé à tous les regards. Mes nombreux soldats sdus les armes environneront la place, en garderont les avenues, el forceront tous les passans à se courber avec respect tlrvaut ce signe de la puissance du gouverneur des trois Cantons : que la moindre résistince, que le plus léger murmure soit sur-le-champ puni par les fers! C'est à vous de lire sur les visages , dans les yeux , dans les traits de ces Iiommes vils que la nature fit pour être esclaves, les secrets sentimcns de haine, d'indépendance, de courage même; car le courage est un crime dans ceux qui ne doivent savoir qu'obéir. Allez, exécutez mon Orc're, cl que nos émissaires s'occupent tous

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