LIVRE II
de découvrir les pareiis coupables des deux enfans que j'ai fait mettre aux feis.
II dit : Sarnem court tout préparer. Les soldats reçoivent d'avance le salaire des crimes qu'on leur demande. L'or et le vin leur sont prodigués ; des espions sont répandus dans la ville, dans les environs, pour s'introduire dans les famirles , pour y raconter , sous un faux ton de pitié, comment deux enfans sont victimes de la sévérité de Gésier, pour étudier, pour surprendre dans les regards l'effet que produit cette nouvelle , pour faire un crime do la douleur, même de la compassion.
Mais le ciel, le juste ciel, qui veillait sur la chaumière de Tell , le cache aux yeux de ces émissaires. Ils ne vont point chez la bonne Edmée, qui, seule avec le vieillard aveugle, comptait les heures écoulées loin de son époux, loin de son fils. La nuit s'est passée dans 1 inquiétude , sans que la lampe solitaire qui éclairait la maison se soit éteinte un moment , sans que le vieux Henri et la bonne Edmée aient voulu se livrer au sommeil. Ils ont toujours parlé de leurs enfans. Ils se sont interrompus cent fois pour écouter le moindre bruit qui se faisait entendre à leur porte. Les aquilons sifflant dans les arbres dépouillés de leurs feuilles , les aboiemens du chien fidèle
qui tourne autour de la maison faisaient trèssaillirEdmée. Elle se levait, courait à la porto, espérant toujours que c'était Gemmi : elle regardait, ne voyait que les ténèbres ; elle écoutait, attentive, et n'entendait que les torrcns. Elle revenait tristement auprès du vieillard éperdu, à qui elle voulait caclicr ses inquiétudes et ses craintes : Votre (ils les aura rele nus, lui disait-ello en soupirant; dormez., dormez, ô bon vieillard! je veillerai jusqu'au matin. Oui, ma fille, répondait Henri, mon tils les aura retenus; je vais reposer; ne songe pas à moi , et calme ton âme inquiète. Alors le vieillard, pour ne pas l'alarmer, faisait semblant de reposer, faisait semblant d'être tranquille : tous deux gardaient le silence pour se trompermutuellement, tous deux se cachaient leurs larmes; mais au moindre ])ruit tous deux se levaient, et leur espoir était trompé.
FIN DU SECOND L t \ R C.