‹ Guillaume Tell; ou, La Suisse libre (volume 2)Chapitre 42 sur 57 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Sarnem , fier de se voir choisi pour remplacev le gouverneur , se hâte d'obéir à ses ordres. Bientôt la barque est préparée; bientôt cinquante archers d élite sont guidés par Sarnern lui-même ;t la porte du cachot de Tell. Le héros, chargé de chaînes pesantes qui lui laissent à peine la faculté de se mouvoir, est mis sous la garde des cinquante archers ; et , dès que la nuit a voilé la terre , on le conduit en silence , on le traîne vers le rivage , où Ges- 1er, seul et déguisé , s'était rendu en secret. Gésier fait jeter le captif au fond de la barque , l'environne de ses archers , s'assied a la proue , fait prodiguer de l'or et du vin à ses soldats , à ses rameurs , et part sans être aperçu.

Labarque vole sur les flots. L'air était pur, l'onde tranquille , les étoiles brillaient dans le ciel. Un vent léger du midi venait aider aux efforts des rameurs et tempérait la rigueur du froid , que la nuit , la saison , les glaces voisines devaient rendre plus insupportable.

Tout favorise Gésier. Il parcourt létroite longueur du premier lac des quatre Cantons , se dirige droit vers Bruunen pour traverser le détroit qui doit le conduire dans le second lac. Tell , pendant ce temps , accablé de ses chahies , Tell , couché par terre , au milieu des

cardes , reconnaît sur la rive gauche les rochers déserts de Gitittv, et cette caverne où, la veille encore , il méditait avec ses amis la liberté de sa patrie. Cette vue, ce souvenir, font chanceler son courage. Guillaume sentit venir dans ses yeux des larmes dont il eût rougi. Les dévorant aussitôt, Guillaume détourne la tète, Guillaume regarde le ciel qui semble l'abandonner. Dans ce moment , du côté d'Altorf , il découvre une lueur rougeàtre. Bientôt cette lueur s'augmente , et Tell aperçoit une lonsçue flamme qui s'élève audessus d'Uri. Son cœur tressaille à cette vue; il ne peut comprendre d'où vient oe signal , dont il n'a confié le secret à personne. Il doute, examine , s'assure que cette flamme semble partir de la montagne où est sa maison. Il en remercie le ciel, sans savoir encore si c'est un bienfait : il n'espère point , il ne pense pas que cet événement peut sauver ses jours; mais il peut sauver sa patrie : celte idée lui fait oublier son propre péril.

Gésier et ses satellites ont comme lui aperçu cette flamme. Ils se la montrent avec surprise; ils l'attribuent à quelque incendie , «t s'embarrassent peu d'un mallieur qui n'intéresàe qne leurs ennemis. Gésier presse ses rameurs; Gcslcr, impatient d arriver, ordonne qu on

Page 1