‹ Guillaume Tell; ou, La Suisse libre (volume 2)Chapitre 41 sur 57 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

vaste lumière, et se distingue au loiu dans les airs. Veiner l'aperçoit dans Schwitz; le bouillant Melctal , que Gemmi n'avait encore pu rejoindre, tressaille de joie à cette vue; et Furst , au milieu d'Ursereu , ne doute point que Guillaume, à la tête des braves d'Altorf , ne l'appelle à son secours. Ces trois chefs, dans le même instant , s'arment , sortent de leurs demeures, vont chercher leurs amis fidèles , les appellent à la liberté. Leurs amis s'éveillent, saisissent leurs armes, se rassemblent dans le silence , se forment en bataillons ; et , des trois côtés , pi-esque au même instant , les trois chefs marchent vers Altort', suivis d'une troupe faible par le nombre , mais forte par le courage, mais résolue à périr ou à délivrer son pays.

Tous précipitent leurs pas; tous, retardés dans leur marche par les neiges , par les torreus , par les chemins non frayés , tremblent d'arriver trop tard à ce fort, ce fort redoutable qu il faut attaquer à la fois, qu'il faut prendre avec le tyian. Mais le tyran, inquiet, alarmé des mouvemens qu'il a vus dans le peuple ^ craignant pour sou prisonnier, tremblant pour sa propre vie, avait déjà pris de nouvelles mesures, dont une seule rendait vaines toutes celles, des trois conjurés. Gésier, au

déclin de ce m-îme jour, léfléchissant que sa forteresse , remplie de nouveaux soldats , n avait pas assez de vivres pour soutenir un long siège, craignant, non pas de se voir forcé dans cet asile imprenable, mais de ne pouvoir communiquer avec le reste de son armée répandue autour de Lucerne; Gésier avait fait appeler Sarnem pour lui donner cet ordre nouveau :

Ami, lui dit-il, je quitte ces lieux, où tu commanderas en mon absence. Je te laisse mes braves soldats, qui n'obéiront (ju'à ta voix. Ce vil peuple , que je dois punir de son insolent murmure , sera bientôt écrasé par les renforts que je vais clicrclier. Fais-moi préparer une grande barque, où cinquante liommes, choisis dans ma garde , puissent partir ce soir avec moi. Dès que la nuit voilera la terre , tu feras conduire dans cette barque ce téméraire Guillaume qui n'a pas craint de me braver; surtout qu'il soit chargé de fers , qu'il soit au milieu de ma garde. Je veux le conduire moimême dans le tort château de Kusnack , à l'extrémité du lac de Lucerne. Là, mieux gardé rme dans ces lieux, il attendra dans les cachots que, de retour avec mes troupes, je puisse, par SCS longs tourmens , apprendre aux habitans d'.Mtoif ce que l'on gagne à m'outrager.

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