LIVRE IV
laume avec des yeux sombres. Il veut, il n'ose pas encore le faire charger de liens. Ses soldats et ses matelots reconnaissent bientôt où ils sont, en instruisent le gouverneur, qui, «'avançant vers Tell avec colère, lui demande d'une voix terrible pourquoi la barque qu il * guidée a repris le chemin d'Altorf. Guillaume , sans lui répondre , pousse la barque droit à un i-ocher peu éloigné de la rive, saisit d'une maiu prompte l'arc et la flèche qu'un archer tenait à la main , et , rapide comme l'éclair, s élance de la barque sur le rocher. Là, sans s'arrêter, il bondit comme le chamois des montagnes , saute sur un autre roc , qui le fait voler au rivnge, gravit aussitôt la roche escarpée,et se montre sur le sommet, semblable à 1 aigle des Alpes cpiand il se repose auprès des nuages , et qu'il promène ses yeux perçans sur les troupeaux des vallons.
Le gouverneur , étonné , pousse un cri de fureur, de rage. Il commande aussitôt qu'on débarque, et que ses soldats dispersés environnent de toutes parts le roc où il voit le héros. On obéit; les archers descendent et préparent déjà leurs arc-s. Gésier, qui marche au milieu d'eux, veut que leurs flèches réunies s'abreuvent toutes du sang de Guillaume. Guillaume aussi a ses desseins. Il ne ^arrête, il ne
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se montre que pour attirer l'ennemi. II laisse approcher cette troupe armée jusqu'à la juste ilistance où le trait qu'il tient peut donner la mort. Il regai'de , fixe Gésier , pose sa flèche sur sa corde, et, l'adressant au cœur du t^ran,. il la fait voler dans les airs. La flèche vole , silïle , frappe au milieu du cœur de Gésier. Le tvran tombe, vomit un sang noir, bégaie sa fureur, sa raso: et son âme atroce s'exhale au milieu des imprécations. Guillaume a déjà disparu ; Guillaume , plus léger que le faon , s'est précipité du sommet du roc; il court, il vole sur la glace; il gagne, traverse des sentiers déserts , et pi-end le chemin d'Altorf.
Bientôt il trouve dans la neige les traces récentes des nombreux amis que Verncr, dans cette nuit même , a fait partir avec lui de Scliwitz. Guillaume les suit, il court, il approche , et le tumulte , les cris , le bruit éclatant des armes, viennent de loin frapper son oreille : il vole, arrive sur la place; elle est pleine, elle est occupée par trois bataillons de héros. Verner, à la tète des guerriers de Sclnvitz, veut que l'on s'assure des portes avant de commencer l'attaque du fort; Furst, avec les braves d'Uri, sollicite le poste le plus dangereux; Meletal, suivi des troupes d'Undnrwald, agite dans l'air sa pesante hache, et