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Guillaume Tell, ou La Suisse libre

Amis de la liberté, cœurs magnanimes, âmes tendres, vous qui savez mourir pour votre indépendance, et qui ne voulez vivre que- pour vos frères, prêtez l'oreille à mes accens. Venez entendre comment un seul homme, né dans un pays sauvage, au milieu d'un peuple courbé sous la verge d'un oppresseur, parvint par son courage à relever ce peuple abattu, à lui donner un nouvel être, à l'instruire enfin de ses droits ; droits sacrés, inaliénables, que la nature avait révélés, mais dont l'ignorance et le despotisme firent si longtemps un secret. Cet homme, fils de la nature, proclama les lois de sa mère, s'arma pour les soutenir, réveilla ses compatriotes

endormis sous le poids des fers, mit dans leurs mains le soc des charrues changé par lui en glaive des héros, vainquit, dispersa les cohortes que lui opposaient les tyrans, et, dans un siècle barbare, dans des rochers presque inhabitables, sut fonder une retraite à ces deux filles du ciel, consolatrices de la terre, à la raison, à la vertu. Je ne t'invoque point aujourd'hui, ô divine poésie, toi que j'adorai dès l'enfance, toi dont les mensonges brillans firent ma félicité. Garde tes pinceaux enchanteurs pour les héros dont les images ont besoin d'être embellies. Tes ornemens dépareraient celui que je veux célébrer, tes guirlandes ne conviendraient point à son visage sévère ; son regard serein, mais terrible, s'adoucirait trop devant toi. Crains de toucher à sa pompe agreste, laisse-lui son habit de bure, laisse-lui son arc de cormier ; qu'il marche seul à travers les rocs, sur le bord des torrens bleuâtres. Suis-le de loin en le regrettant, et jette, d'une main timide, dans les sentiers qu'il a parcourus, les fleurs sauvages de l'églantier.

Au milieu de l'antique Helvétie,1 dans ce pays si renommé par la valeur de ses habitans,

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