LIVRE II
Elle lui dispute cette douce charge, que Gemmi ne veut point céder. Enfin ils se la partagent ; et tous deux, réunissant leurs mains sur l'anse de la corbeille, ils gravissent ainsi les sentiers, en se parlant, en se regardant avec douleur, avec tendresse, en s'arrêtant quelquefois sous prétexte de reprendre haleine, mais en effet pour se parler, pour se regarder de plus près.
La lune a déjà disparu. Déjà l'aurore, si tardive dans cette froide saison,, vient dorer la cime des neiges, lorsque les jeunesvoyageurs arrivent au pied du Faigel. Ils montent, ils cherchent des yeux s'ils ne découvriront point quelque chevrier, quelque pâtre qui puisse leur indiquer la solitaire caverne où Melctal s'est allé cacher. Rien ne paraît dans ces rocs déserts. C'est en vain que les deux enfans promènent au loin leur vue ; ils ne découvrent que des glaces, ils n'aperçoivent que des chamois suspendus sur les précipices, et fuyant avec la rapidité de l'oiseau des airs aussitôt qu'ils sont regardés.
Enfin, vers la huitième heure, une légère fumée sortant du milieu des rocs fixe les yeux de Gemmi, qui la fait remarquer à Claire :
tous deux volent vers cette fumée, franchissent des torrens glacés, traversent un bois de sapins, et parviennent à une caverne, où, dès l'entrée, ils aperçoivent au fond une flamme pétillante. Un homme était assis devant ce foyer, qu'il ranimait par des branches sèches. Au premier bruit qu'il entend, cet homme retourne la tête, se lève, saisit sa hache, et vient, en la tenant levée, au-devant des jeunes voyageurs. Que demandez vous ? leur dit-il avec un accent de colère. Nous sommes vos enfans, mon père, répond Claire en courant à lui ; c'est Gemmi, c'est votre fille, qui viennent vous porter des vivres, et vous serrer dans leurs bras.
Elle dit, s'élance au cou de Melctal, qui, jetant loin de lui sa hache, pousse un cri de joie, reçoit sa fille, la presse contre son cœur, la couvre de ses baisers. Aussitôt, courant à Gemmi, qui le regardait en silence, il l'embrasse, le baigne de larmes, le confond avec Claire dans ses bras, prononce le nom de son père, celui de Tell, son ami, précipite ses questions, et les interrompt par les tendres caresses qu'il partage aux deux enfans. Enfin, les ramenant près du foyer, il les fait asseoir