‹ Guillaume Tell, ou La Suisse libreChapitre 42 sur 52 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ce qui leur est arrivé avec le cruel Gésier ; comment ils furent tirés de prison pour être conduits devant Guillaume, et l'horrible épreuve à laquelle furent soumis le père et l'enfant. Elle ignore tout le reste : mais Guillaume est dans les fers ; Gemmi, pour délivrer son père, est allé chercher jlelctal ; Tell est menacé de la mort ; le gouverneur l'a jurée.

A ce récit, Edmée, accablée, retombe presque mourante sur le siège qu'elle avait quitté ; le vieillard aveugle, hors de lui-même, se met à pousser des cris lamentables. Il veut qu'on le mène à son fils, il veut aller combattre avec lui, périr pour délivrer Guillaume. La jeune Claire contient le vieillard, secourt Edmée évanouie, ne peut suffire aux tendres soins nécessaires aux deux infortunés.

Enfin, après les premiers instans d'une douleur si profonde et si vive, le vieux Henri, rappelant sa raison, son courage et sa prudence, saisit les deux mains d'Edmée, et les serrant contre son cœur : Ne pleure pas, lui dit-il, ô ma vertueuse amie ! ne perdons pas dans les larmes un temps précieux qu'il faut employer. Gemmi est en Underwald, peu d'heures doivent lui suffire pour se rendre auprès de mon

fils. Je connais Melctal ; dès cette nuit même, Melctal, suivi de tous ses amis, va prendre la route d'Altorff. Il arrivera demain au matin, il tentera tout pour sauver Guillaume. Mais le peu d'amis qu'il doit amener ne peut suffire a ce grand projet. J'en ai quelques-uns dans la ville ; je vais réveiller leur courage, les exciter, les encourager. Ils me conduiront sur la place ; ils me conduiront au milieu du peuple aux premiers rayons du soleil. Là, je parlerai ; là, je montrerai les blessures encore récentes que j'ai reçues de Gésier ; je montrerai la place de mes yeux arrachés par ses mains féroces. Mon grand âge, mes cheveux blancs, mon visage défiguré, mon sang qui souille encore mes habits, les pleurs de cette faible enfant, tout aidera mon éloquence : je l'espère, j'en suis certain, le peuple ému voudra me venger ; le peuple grossira la foule des amis que j'aurai rassemblés. Mon fils et le vôtre viendront ; ils trouveront une troupe prête à se réunir à eux. Nous attaquerons le fort. Je resterai au milieu des coups pour animer nos braves soldats ; je leur crierai : Vengeance ! Je ferai retentir sans cesse les noms de patrie et de liberté. Ils me porteront, si je ne puis

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