LIVRE IV
Faites des lois : sans lois, que deviendrezvous ? La liberté n'est que l'esclavage des lois sages. Gardez vos mœurs ; qu'elles deviennent même plus austères : sans vertus, point de liberté. Le républicain s'est placé, par ce nom, entre les anges et les hommes ; qu'il soit donc meilleur, qu'il soit donc plus grand que tous les hommes dont il est entouré. Pour moi, citoyens, je ne veux, je ne demande, je n'accepte de vous que le nom de votre frère, que le droit de combattre dans vos rangs. Attendez-vous à de nouveaux combats ; attendez-vous que l'empereur voudra reprendre le sceptre que nous venons de briser. Préparez-vous à soutenir ses efforts ; préparezvous aux batailles ; ne comptez que sur Dieu et sur vos bras : appelez pourtant à la liberté les autres cantons de la Suisse. Ou je me trompe, ou leurs cœurs répondront à votre voix : alors, à force de travaux, de vertus et de courage, vous fonderez une république qui deviendra l'admiration et F effroi de l'Europe entière. Alors les rois brigueront le nom de vos alliés, et se croiront invincibles lorsqu'ils auront des Suisses pour les défendre. Alors, en jouissant de la gloire et des armes et de la
sagesse, vous lui préférerez pourtant la gloire d'être libres et heureux.
Il dit, tout le peuple applaudit : le peuple sur-le-champ procède à l'élection de ses magistrats. Tell, Verner, Melctal, redevenus simples citoyens, reçoivent pour leur récompense une couronne de chêne. Ils rentrent, se confondent au milieu du peuple, qui résista pendant deux cents ans à tous les efforts de l'Empire, et fonda sa liberté sur ses victoires.9