‹ Guillaume Tell, ou La Suisse libreChapitre 51 sur 52 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

cède, tout fuit, tout meurt. Sarnem, occupé de résister à Tell, entend les cris des fuyards, distingue ceux des vainqueurs. Il veut courir au-devant d'eux, il se retourne, et Melctal parait ; Melctal, rapide comme la foudre, lui porte un coup de sa hache, partage en deux son front odieux, et, s'avançant aux créneaux, tend les mains et crie victoire. Guillaume le joint aussitôt ; le drapeau d'Uri flotte et brille au-dessus du fort redoutable. Guillaume, Melctal et Verner, debout sur un monceau de morts, adressent à Dieu des actions de grâces, et répondent aux acclamations du peuple qu'ils ont délivré.

Bientôt le fort est débarrassé des cadavres dont il est rempli ; les troupes des trois Cantons environnent, pressent leurs chefs, les portent au milieu des habitans d'AltorfT, qui, rassemblés sur la place, accourent de toutes parts pour voir leurs libérateurs, pour confier à leur génie, à leur courage, à leurs talens, la défense de la liberté. Mais Guillaume leur demande silence, Guillaume leur adresse ce discours :

Citoyens, vous êtes libres ; mais cette liberté précieuse est peut-être plus difficile à conserver qu'à conquérir. Pour l'un le cou- 11 *

rage suffit, pour l'autre il faut des vertus austères, constantes, inébranlables. Gardez-vous de l'ivresse de la victoire, gardez-vous surtout de l'idolâtrie pour ceux qui la remportèrent avec vous. Vous parlez déjà de nous faire vos chefs, tandis que la récompense que je prétends de mes travaux, la seule que mon cœur envie, c'est de devenir soldat, c'est de rentrer dans cette égalité, charme pur et doux des cœurs républicains. Dans une république, amis, nous sommes tous utiles. Malheur à l'homme qui se croit nécessaire ! malheur au peuple qui ne le punit pas de cette seule pensée !

Assemblez-vous pour peser, dans la méditation de la sagesse, et vos intérêts et vos nouveaux desseins ; que chacun puisse, selon les lois, penser, exprimer, conseiller tout ce qu'il croit utile à la patrie ; que cette liberté soit donnée à tout citoyen âgé de vingt ans. Aussitôt qu'on aime son pays, on a le droit de s'occuper de lui, de lui donner le tribut de sa force et de ses lumières. Nommez un landamme ; que ce nom antique, respecté de nos aïeux, le soit davantage par nous ; que le conseil le dirige, et qu'il contienne le conseil.

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